LE RAPPORT 1995 DU COMMISSAIRE AUX LANGUES OFFICIELLES:

LE RAPPORT 1995 DU
COMMISSAIRE AUX LANGUES OFFICIELLES:
RELENTS DE COLONIALISME AUX AFFAIRES éTRANGèRES

Sitôt déposée le 30 avril, la version
1995 des certitudes radieuses du Commissaire aux langues
officielles était attaquée de plein fouet par l’Opposition
officielle et la presse francophone. Silence du côté
anglophone.

Le nouveau rapport est trompeur. Mais
heureusement que le Commissaire publie aussi des études
sectorielles, des rapports spéciaux qui permettent de comparer.
Celui sur les services bilingues à l’étranger le trahit.

Ce rapport, qu’il cite au chapitre des
enquêtes et vérifications, rendu public au début d’avril de
cette année seulement, montre qu’il enlève du rapport annuel
les données compromettantes, celles qui démontrent qu’il n’y a
non seulement pas eu de progrès, mais qu’il y a détérioration
et que l’avenir est loin d’être rose.

Il n’y a pas de quoi pavoiser quand 82%
seulement des chefs de missions à l’étranger sont bilingues.
C’est mieux que les 79% de 1989. Mais à ce pas de tortue, il
faudra attendre en 2025 pour qu’ils le soient tous. D’ici là, ce
sont ces mêmes unilingues qui continueront à superviser les
subalternes et auront le dernier mot sur l’embauche des employés
recrutés sur place. Comment un unilingue peut-il apprécier dans
l’autre langue officielle la compétence linguistique d’un
subalterne, ou d’un candidat à l’embauche, s’il ne la parle pas
lui-même?

Mais l’échéance de 2025 risque elle-même
d’être ratée. Dans son rapport annuel, M. Goldbloom est
satisfait d’un taux de bilinguisme de 60,5% des fonctionnaires
permutants. Son rapport spécial indique que la proportion était
de 64% en 1989. Ce recul de 3,5 points (5%) tout à fait à
l’opposé d’un progrès, inclut le gain de 3% au niveau des chefs
de missions. à ce rythme, les permutants bilingues seront à
peine plus de 40% en 2025. Où trouvera-t-on alors en nombre
suffisant les fonctionnaires bilingues qui seront nommés chefs
de missions?

La situation est même pire lorsqu’on ne
tient pas compte des francophones, à peu près tous bilingues,
et représentant 26,2% des effectifs, selon le rapport de 1991.
La proportion des anglophones permutants bilingues chute alors à
46,5%. Comment le Commissaire ose-t-il prétendre que le niveau
est satisfaisant, alors qu’il y a un net recul? Par ailleurs,
comment peut-on combler en permanence tous les postes bilingues
à l’étranger avec un taux de bilinguisme de 60%, voire de 65%?

Le rapport annuel passe aussi sous silence
que 37% des consuls honoraires ne parlent pas français. Pourquoi
le Commissaire ne demande-t-il pas au ministère de s’expliquer
et d’exiger le bilinguisme de tous les consuls honoraires?

Pourquoi, dans son rapport annuel, le
Commissaire cache-t-il que le ministère embauche encore des
agents du service extérieur unilingues, après avoir affirmé
dans le rapport spécial exiger le bilinguisme depuis 1987, mais
ne pas en tenir compte, en pratique?

Pourquoi, endosse-t-il bêtement, se
laisse-t-il berner par l’excuse du ministère qui invoque la
difficulté de recruter sur place des employés bilingues, alors
que la France, la Belgique, la Suisse romande et le Québec
accueillent chaque année des milliers d’étudiants venant de
tous les coins de la planète, et qu’il y a partout dans le monde
des lycées français, des sections de l’Alliance française et
des universités et des écoles qui dispensent des cours de
français, une des langues secondes les plus parlées par
l’humanité? Le Commissaire est-il naïf à ce point?

Pourquoi omet-il de mentionner que le
ministère n’a pas présenté de plan d’action concret pour
redresser la situation? Pourquoi avoir attendu au 3 avril pour
demander au Sous-ministre Gordon Smith d’en présenter un?
Pourquoi a-t-il omis de recommander au ministère de révoquer
les échappatoires par voie administrative mises en place en 1978
et en 1983, et celles de 1984 qui portent la signature de
l’honorable Marcel Massé, alors Sous-secrétaire d’état aux
Affaires extérieures? Pourquoi faire porter sur les employés
recrutés sur place le fardeau du bilinguisme, alors que la
responsabilité revient en premier lieu aux chefs de missions et
aux fonctionnaires permutants canadiens? Pourquoi s’abstient-il
de recommander au ministère de réintégrer ses fonctionnaires
bilingues qui sont obligés de recourir aux tribunaux après
avoir obtenu du Commissariat un constat d’infraction à la Loi?

Le Commissaire a-t-il peur des Affaires
étrangères? A-t-il peur d’admettre que le bilinguisme à sens
unique de ce ministère n’est que le reflet, le prolongement à
l’étranger de celui du gouvernement fédéral? Oublie-t-il que
tous les francophones du pays, y compris les Québécois, paient
des impôts, et qu’à ce titre, ils ont droit aux mêmes services
en français que les anglophones en anglais?

à perpétuer les cachotteries et à
recommander des solutions à l’eau de rose aux récalcitrants, M.
Goldbloom ne rend service à personne. Sauf à convaincre
davantage de Québécois que le gouvernement fédéral campe sur
ses positions, et qu’ils n’ont pas d’autre choix que de se faire
un pays bien à eux s’ils veulent pouvoir s’épanouir en
français.

L.-Hubert Leduc
Aylmer (Québec)