LE QUÉBEC DOIT PRÉSERVER LA SPÉCIFICITÉ DE SA TÉLÉVISION E

Le Québec doit préserver la spécificité de sa télévision
ethnique

Le Conseil des relations interculturelles du Québec, la Fédération des
professionnelles de la CSN et le Syndicat des producteurs autonomes de la télévision
ethnique du Québec invitent le CRTC à préserver la spécificité québécoise en
matière de radiodiffusion, y compris dans le domaine de la radiodiffusion ethnique, une
nécessité incontournable pour faciliter l’intégration des membres des communautés
culturelles et préserver leur vitalité dans une société francophone. C’est pourquoi
les trois organismes se questionnent sérieusement sur la pertinence de la mise sur pied
d’un réseau pan-canadien de télévision ethnique.

Dans le cadre des consultations qu’amorce aujourd’hui le CRTC pour réviser la
politique de radiodiffusion à caractère ethnique et envisager la création d’un réseau
pan-canadien de télévision ethnique, ces organismes demanderont que la politique
canadienne intègre le modèle de programmation ethnoculturelle développé au Québec
depuis 1970. Contrairement à la politique actuelle du CRTC, qui ne prévoit que 60 % de
contenu ethnoculturel, la télévision ethnique montréalaise a jusqu’à tout récemment
eu une programmation à 100 % ethnoculturelle, reflétant ainsi la réalité locale de
chacune des communautés présentes au Québec. De surcroît, la politique actuelle
permettant la diffusion de 40 % d’émissions pouvant provenir de l’étranger (en
l’occurence des états-Unis) a pour conséquence de développer un message contradictoire
pour les immigrants quant à la langue commune au Québec et leur intégration dans cette
société.

Le président du Syndicat des producteurs autonomes de la télévision ethnique du
Québec, Pedro Querido, souligne que "la télévision ethnique constitue un outil
privilégié pour garantir l’égalité des droits des personnes immigrantes à
l’information et à la participation à la vie sociale" et ce, d’autant plus que le
tiers des allophones vivant au Québec ont des capacités de lecture très limitées en
français et en anglais. Ce média joue en outre un rôle d’identification pour ces
communautés et reflète leur réalité et leur vie locale. Pour ces organismes, la
multiplication des chaînes spécialisées et l’accès de plus en plus large à la
télévision étrangère par le biais des satellites devraient inciter le CRTC à exiger
des télédiffuseurs ethniques une programmation locale.

Le président du Conseil des relations interculturelles, Arlindo Vieira, précise en
outre qu’"au Québec, le français est une des clés importantes de l’intégration.
La diversité ne peut être une richesse que dans la mesure où tous les groupes ont la
capacité de communiquer entre eux dans une langue commune". Dans un mémoire
déposé au CRTC en décembre dernier, le Conseil des relations interculturelles
s’opposait au changement des conditions de licence de la station commerciale ethnique de
Montréal, CJNT, qui demande d’accroître le contenu étranger non-ethnique et de langue
anglaise.

Dans leurs représentations, ces organismes insistent pour qu’en dehors des productions
dans la langue d’origine des communautés ethnoculturelles, l’ensemble des communications
de la station ethnique de Montréal se fasse en français afin de réfléter le caractère
particulier de leur société d’accueil. "La mise en place d’un réseau pan-canadien
de télévision ethnique pourrait aller à l’encontre du mandat confié au CRTC de
préserver la dualité linguistique du Canada en raison de l’omniprésence de l’anglais
comme langue commune dans le reste du pays" ajoute le président de la FP-CSN, Michel
Tremblay.

Selon un sondage réalisé au Québec en 1996 pour le Centre d’études sur les médias,
28 % seulement de la population immigrée résidant au Québec disaient écouter le plus
souvent les stations francophones contre 58 % pour les stations anglophones, en dépit du
fait que 70 % d’entre eux connaissent le français. Il est donc essentiel de maintenir une
télévision ethnique spécifiquement québécoise et d’accroître davantage la
représentation équitable des personnes et des points de vue des membres des communautés
ethnoculturelles à la télévision francophone, ont conclu les trois organismes.

Communiqué de presse publié sur le site de la CSN en février 1999 :

http://www.csn.qc.ca/Pageshtml/CommFev99.html#anchor190102