LE POIDS DÉMOGRAPHIQUE DU QUÉBEC

LE POIDS DéMOGRAPHIQUE DU QUéBEC

La question du poids démographique du Québec dans le Canada a refait surface cette
semaine, un reportage de Radio-Canada ayant présenté la chose comme inquiétante. Le
journaliste Bernard Drainville s’appuyait sur un rapport actuariel pour présenter le
ratatinement du Québec dans le Canada au terme du prochain siècle. Les projections de ce
genre, il faut les prendre pour ce qu’elles sont. Ce ne sont pas des prédictions: il peut
se passer beaucoup de choses en cent ans!

Le reportage a suscité de nombreuses réactions, dans les médias comme à
l’Assemblée nationale. Une chose en ressort clairement: la question du poids du Québec
dans le Canada n’est pas d’abord une question démographique. Nous sommes déjà
minoritaires au Canada. L’Acte d’Union a réglé la question. Pendant longtemps nous avons
pensé y être des partenaires politiquement égaux en dépit de notre nombre. Mais notre
minorisation politique a été définitivement consacrée par le rapatriement unilatéral
de la Constitution et par les échecs successifs des projets de réforme
constitutionnelle. Le Canada n’est prêt à aucun aménagement des pouvoirs pour limiter
les effets de ce statut de minoritaire.

Pis encore, ne nous reconnaissant pas comme peuple, il ne se soucie guère de
préserver un certain équilibre des pouvoirs qui permettrait au peuple québécois de se
sentir en sécurité dans un cadre constitutionnel et juridique configuré en fonction de
la pérennisation de ses acquis. Ottawa veut simplement s’accommoder des signes de notre
existence. C’est pourquoi Patrimoine Canada et la Loi des langues officielles se
préoccupent de faire paraître des manifestations du "fait français". Quelques
signes de notre présence sur le territoire suffisent au Canada pour se convaincre de sa
magnanimité à notre égard et de sa différence vis-à-vis les états-Unis.

L’inquiétude quant à notre poids relatif dans le Canada est un exemple patent de la
distorsion du raisonnement politique. Pour apaiser ces inquiétudes, ce ne sont pas des
solutions démographiques qu’il faut trouver, c’est une réponse politique qu’il faut
donner. Or elle a été formulée: take it or leave it, " le magasin général est
fermé" a dit Jean Chrétien. Toute forme d’asymétrie dans le partage des pouvoirs,
toute forme de reconnaissance du Québec est exclue et irrecevable. Aucun parti fédéral
ne propose quoi que ce soit allant dans ce sens. La réalité démographique du Québec
dans le Canada est déjà inscrite dans la carte électorale fédérale: un parti peut
désormais former le gouvernement sans appui significatif dans la province de Québec. Le
vote québécois à Ottawa est devenu accessoire. Il deviendra insignifiant.

La seule façon de contrer le déclin du poids relatif du Québec dans le Canada c’est
d’en sortir!

Une fois indépendant, le Québec possédera tous les leviers requis pour mener une
politique de population vigoureuse. Car c’est un fait, notre société, comme la majorité
des sociétés occidentale, connaît de très sérieux problèmes démographiques: crise
de la natalité, vieillissement accélérée, déséquilibre dans l’urbanisation,
dépeuplement des régions, etc. Ces problèmes n’ont rien à voir avec notre poids
relatif dans le Canada. Ce sont des difficultés qui font peser de lourds périls sur
toute société de même taille que la nôtre. Il est urgent de s’y attaquer. Pour le
faire convenablement, il faut éviter de laisser la proie pour l’ombre.

Comment le Canada qui ne veut rien savoir de ce que nous sommes pourrait-il se
préoccuper de ce que nous risquons de devenir? L’indépendance est la seule solution.

Robert Laplante
425, boul. de Maisonneuve O. bureau 1002
Montréal H3A 3G5
Tél : (514) 845.8533
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Site : http://www.action-nationale.qc.ca

(Le 8 juin 1999)