LE « MELTING-POT » NORD-AMÉRICAIN

LE « MELTING-POT » NORD-AMéRICAIN

Nous reproduisons la lettre du président des états-Unis, Franklin D.
Roosevelt, au Premier ministre du Canada, Mackensie King, dans laquelle ils échangent sur
les moyens les plus efficaces pour assimiler les francophones de leur pays respectif.

Celle-ci vous aidera à mieux comprendre le sort peu enviable que les
états-Unis ont fait subir aux Franco-Américains et que le Canada continue de faire subir
à la langue française et aux francophones.

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« Dans le bureau de sa retraite de Hyde Park, dans l’état de New
York, Franklin Roosevelet consacre de longues minutes de son précieux temps à soumettre
à son "cher Mackenzie" (l’amitié n’était pas feinte, loin de là)
une ou deux idées qui, écrit-il, "peuvent avoir quelque mérite en cette ère de
planification nationale". » (1)

Cher MacKenzie,

« Lorsque j’étais enfant pendant les années 1890, je voyais
beaucoup de Canadiens français qui avaient assez récemment emménagé dans la région de
New Bedford et près de l’ancienne résidence Delano à Fair Haven. Ils
n’avaient vraiment pas l’air à leur place dans ce qui était encore une vieille
communauté de la Nouvelle-Angleterre. Ils se regroupaient d’eux-mêmes dans les
villes ouvrières et se mêlaient très peu à leurs voisins. Je me souviens que la
vieille génération secouait la tête en disant: "Voilà un nouvel élément qui ne
s’assimilera jamais. Nous assimilons les Irlandais mais ces gens du Québec ne
veulent même pas parler anglais. Leur corps sont ici mais leurs coeurs et leurs esprits
sont au Québec".

Aujourd’hui, quarante ou cinquante ans plus tard, la souche
canadienne-française du Maine, du New Hampshire, du Massachusetts et du Rhode Island
commence enfin à s’intégrer dans le melting-pot américain. Ils ne votent plus
selon les instructions de leurs églises ou de leurs clubs. Ils épousent des gens de la
souche-d’origine, l’anglo-saxonne; ce sont de bons et paisibles citoyens et la
plupart parlent l’anglais à la maison.

à vue de nez, je dirais que d’ici deux générations ils seront
complètement américanisés et commenceront à essaimer dans les états du Midwest, du
Centre et de l’Ouest.

Tout cela m’amène à me demander si le Canada et les états-Unis,
tendant ensemble vers un but commun, ne pourraient pas établir une sorte de planification
– qui n’aurait pas besoin d’être écrite, ni même rendue publique – qui nous
permettrait d’atteindre plus rapidement notre objectif d’assimiler les Canadiens
français de la Nouvelle Angleterre et les Canadiens français du Canada dans
l’ensemble de nos sociétés respectives. On peut, bien sûr, procéder de plusieurs
façons, selon les circonstances locales. On pourrait peut-être leur faire miroiter de
meilleures chances de réussites dans d’autres régions du Canada et des USA et, en
même temps, offrir plus d’occasions aux non-Canadiens français de se mêler
davantage à l’autre groupe ethnique dans ses propres communautés.

Autrement dit, après presque deux cents ans passés avec vous et
soixante-quinze ans avec nous, il n’y a, semble-t-il, aucune raison valable pour que
subsistent de grandes différences entre cette population d’origine
canadienne-française et celles des autres souches raciales. »

(1) Extrait du livre de Jean-François Lisée, Dans l’oeil de
l’aigle
, p.22

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Tout récemment, les états-Unis décidaient de n’inscrire sur le
parvis de leur nouvelle ambassade dans la Capitale canadienne, Ottawa, que leur
appellation en anglais « Embassy of the United States of America »
alors qu’auparavant, à leur ancienne ambassade, ils s’identifiaient dans les
deux langues officielles canadiennes !

Le taux d’assimilation des francophones dans l’ensemble du
Canada était, en 1996, de 3,92 % et au Canada hors Québec, de 36,25 %. L’oeuvre
assimilatrice des gouvernements du Canada et des provinces et territoires anglophones se
poursuit. Par exemple, les gouvernements canadien-anglais s’en prennent constamment
aux institutions francophones du Canada hors Québec, tel l’Hôpital Montfort, le
Collège d’Alfred, la télévision éducative de langue française de l’Ontario,
TFO, etc. Pour sa part, le gouvernement fédéral verse plus de deux millions de dollars
par année aux organismes anglophones du Québec pour promouvoir au Québec, seule terre
majoritairement francophone en Amérique du Nord, la langue qui domine au Canada et en
Amérique la langue anglaise.