LE JOURNAL VOIR RENIE TOUS SES PRINCIPES

LE JOURNAL VOIR RENIE TOUS SES PRINCIPES
Le journal Voir demande à ses collaborateurs pigistes de renoncer à leurs droits
d’auteur.

Le journal Voir demande à ses collaborateurs pigistes de renoncer à leurs droits
d’auteur et exige qu’ils signent une renonciation à toute possibilité de poursuite pour
faire valoir ces droits!

Comment réagiriez-vous si vous appreniez que l’éditeur de Michel Tremblay exige de
celui-ci qu’il lui signe, d’ici demain matin, un contrat par lequel il abandonne tous ses
droits sur le livre qu’il vient de terminer, mais aussi sur tous ses livres parus depuis
20 ans? Un contrat par lequel, de surcroît, votre écrivain préféré est obligé de
promettre de ne jamais protester si son éditeur a déjà édité sans l’informer et
réédite n’importe quel de ces livres sous n’importe quel format, et ce, sans lui verser
un sou? Et comment réagiriez-vous si vous appreniez qu’en plus, l’éditeur annonce à cet
écrivain que s’il refuse de signer le contrat, il sera foutu à la porte?

Evidemment, vous seriez indigné. On ne traite pas un écrivain comme ça, dans une
société libre et démocratique. Et pourtant, c’est bel et bien comme ça que le journal
Voir, publication fervente de liberté et de démocratie s’il en est, traite ses
journalistes. La renonciation déposée par l’éditeur, Pierre Paquet, et que les
collaborateurs de Voir et Hour doivent signer sous peine de ne plus recevoir d’autres
commandes, se lit comme suit :

"Je, soussigné M. X, m’engage par la présente à renoncer à toute poursuite,
recours juridique, ou réclamation de quelque nature que ce soit, présente ou passée, en
ce qui concerne tout usage ou tout traitement qui a été fait de tous les textes que j’ai
écrits et qui ont été publiés dans les journaux Voir Montréal, Voir Québec ou Hour,
ou pour les sites Internet qui sont opérés et exploités par Communications Voir Inc.ou
toute autre publication publiée par Com Voir, ainsi que toute forme d’archivage papier ou
électronique qui a pu découler de la publication de ces textes sous l’une ou l’autre
forme, et de tout usage qui a été fait à ce jour de ces mêmes textes par
Communications Voir Inc., incluant mais non limité à la consignation de ces textes
auprès de CD-ROM SNI.

Je déclare avoir été traité avec justesse et équité par Communications Voir Inc.
à ce jour, avoir été dûment payé pour tous les services que j’ai rendu, et que
Communications Voir Inc. a respecté tous les engagements verbaux ou écrits entre les
deux parties depuis le début de notre relation d’affaires.

Je fais cette déclaration en toute liberté et en connaissance de cause, et je
m’engage à ne pas invoquer l’ignorance de la loi ou de mes droits pour revenir sur mon
engagement.

Et j’ai signé en ce X jour du mois de X."

Ce type de demande de renonciation n’est pas unique à Voir. De nombreuses publications
québécoises, depuis un an, ont obligé leurs journalistes pigistes à en signer des
similaires, sous peine de ne plus obtenir de contrats. Mais la renonciation de Voir
atteint des sommets d’iniquité, en plus d’aller à l’encontre de tous les principes
sociaux défendus par cette publication.

L’Association des journalistes indépendants du Québec juge scandaleuse cette façon
de traiter des professionnels sans qui, depuis 15 ans, le journal Voir ne serait pas
devenu l’hebdomadaire de qualité qu’il est devenu. Des professionnels pigistes, ne
l’oublions pas : cela signifie que leur seul et unique gagne-pain repose sur les textes
qu’ils parviennent à faire publier, morceau par morceau, par des médias. Aujourd’hui,
ces professionnels se voient signifier, par un journal étiqueté "progressiste"
et "avant-gardiste", qu’ils ne sont rien de plus qu’interchangeables, même si
plusieurs collaborent au Voir depuis des années.

A l’heure qu’il est, au moins trois journalistes ont refusé de signer cette
renonciation. Par le passé, l’éditeur les avait bien avertis que s’ils ne signaient pas,
ils ne travailleraient plus pour Voir. Nous avons toutes les raisons de croire que ces
trois pigistes, et la dizaine d’autres qui nous ont confirmé refuser de signer un tel
document, viennent de perdre une partie de leur gagne-pain.

Communiqué émis par l’AJIQ, à la demande d’un groupe de vingt journalistes-pigistes
du Voir et de quinze journalistes-pigistes du Hour. (29-05-00)