LE FRANÇAIS EST CAPABLE D’EN PRENDRE

LE FRANçAIS EST CAPABLE D’EN PRENDRE

Quelques commentaires du Mouvement estrien pour le français
(MEF) sur des déclarations récentes :

M. Charest a précisé que le PLQ ne tient pas à faire un débat
partisan de cette question comme le sera, selon lui, les états
généraux sur le français. C’est plutôt, a-t-il fait comprendre, un
projet de société que soumet le PLQ.

Si M. Charest ne veut pas faire de débat partisan sur cette
question, peut-être pourrait-il appuyer le MEF qui réclame que le
sujet soit étudié par un groupe crédible tel que le Conseil
supérieur de l’éducation ou le Conseil de la langue française.

«On peut très bien améliorer une langue seconde en ne
négligeant pas sa langue maternelle», a soutenu la présidente de
l’aile jeunesse du PLQ, Isabelle Merrizzi.

L’ajout d’une heure d’enseignement de l’anglais ou en anglais
entraîne automatiquement l’amputation d’une heure
d’enseignement en français. Il est douteux que l’on puisse
renforcer le français en l’amputant constamment.

Comme les jeunes libéraux, Jonathan Valois, le président des
jeunes du Parti québécois, a insisté pour dire que la génération
montante croit non seulement à la maîtrise d’une seconde
langue, mais aussi « à l’ouverture sur une troisième, voire une
quatrième langue ».

Le MEF favorise l’enseignement facultatif d’une langue seconde
et d’une langue tierce lorsque le français est suffisamment solide,
ce qui, selon nous, est rarement le cas avant l’ordre secondaire.

Le PLQ demeure toutefois fidèle au principe que le Québec est
«une société francophone», a dit M. Charest. Il a rappelé que
c’est un gouvernement libéral qui a proclamé le français langue
officielle et langue de travail au Québec. «L’apprentissage d’une
autre langue n’exclut pas que le français occupe sa place», a-t-il
dit.

Sans aller aussi loin que les jeunes libéraux, les péquistes
favorisent eux aussi un meilleur apprentissage de l’anglais. Ils
lient quand même cette ouverture à une meilleure protection du
français.

Depuis 1958, le temps consacré à l’enseignement du français au
primaire a subi une réduction de plus de 33 % (Conseil de la
langue française. Principes directeurs pour l’amélioration du
français, langue maternelle). L’enseignement de l’anglais, langue
seconde, n’est pas anodin, sans conséquences pour la survie du
français au Québec.

Recommandations du Mouvement estrien pour le français

1. Qu’on déclare un moratoire sur tous ces programmes
d’anglicisation. Notre hypothèse est à l’effet que le bilinguisme
précoce pour l’ensemble de la population franco-québécoise,
entourée d’une mer anglophone, se fait au détriment de la
qualité et, à longue échéance, de la survie de la langue
maternelle… comme dans le cas des ex-francos perdus ailleurs
en Amérique.

2. Qu’une commission nationale d’enquête soit instituée afin de
faire le point sur l’enseignement du français et de l’anglais dans
les écoles du Québec.

3. Que l’Assemblée nationale du Québec adopte une Charte
scolaire du français pour enrayer les reculs de la langue française
dans le quotidien (musique, informatique, enseignement
professionnel, etc.).

Le MEF partage totalement le point de vue du professeur Gilles
Bibeau, docteur en linguistique et une sommité québécoise dans
l’enseignement des langues :

«Une exposition hâtive et intense à une langue étrangère,
fut-elle surtout scolaire, peut avoir des effets non souhaitables à
la fois sur le développement en langue maternelle et
éventuellement sur la sécurité culturelle des apprenants,
c’est-à-dire sur la stabilité de leurs référents linguistiques
cognitifs, sociaux et affectifs, de même que sur leur identité, leur
sentiments d’appartenance à la communauté.»

«Personne ne doute, évidemment, de l’intérêt de la nécessité
même d’enseigner l’anglais dans les écoles québécoises et
d’essayer d’atteindre des objectifs linguistiques suffisants avant
que les élèves ne sortent de l’école secondaire. Mais il ne faut pas
tomber dans les stéréotypes sociolinguistiques faciles, surtout
lorsqu’ils sont contredits par les recherches. Comme aurait dit
Galilée, ce n’est pas parce que notre perception immédiate nous
fait penser que les plus jeunes apprennent mieux l’anglais à
l’école que cela est vrai, surtout lorsqu’on a démontré le
contraire.»

Nous avons hâte de voir quelles mesures les jeunes libéraux et
les jeunes péquistes préconiseront pour permettre au français de
vivre et de s’épanouir au Québec.

Espérons qu’ils seront alors aussi imaginatifs que dans leur
défense et leur promotion de l’anglais…

Jacques Poisson
Président du Mouvement estrien pour le français
http://www.mef.qc.ca/

(Le 20 août 2000)