L’ANGLICISATION AU PRIMAIRE

éDITORIAL Jacques Poisson, Franc-Parler, vol 2, no 3, oct. 1997

L’anglicisation au primaire

état de la situation

Depuis 1958, le temps consacré à l’enseignement du français au primaire a subi une
réduction de plus de 33 %. (Conseil de la langue française.1987. Principes directeurs
pour l’amélioration du français, langue maternelle.)

Parallèlement, se multipliaient et continuent de se multiplier les classes d’immersion
ou bains linguistiques anglais. En général, 50 % de l’année se déroule en anglais, 50
% en français. L’ambiance de l’école est anglicisante et les activités parascolaires
sont axées sur l’anglais. Qu’arrive-t-il du français dans tout cela? «L’avenir est à
l’anglais, 50%, claironnent aux élèves les promoteurs (directions et comités de
parents). Conséquemment, quelle est la perception qu’ont les élèves du français?
«J’aime mieux l’anglais que le français» avouent fièrement plusieurs élèves à la
fin de leur immersion. Ce sont là des affirmations puisées dans le journal local
rapportant différentes expériences menées en Estrie.

Maintenant, le gouvernement Bouchard annonce son intention d’amputer à nouveau
l’enseignement en français, cette fois-ci, en 3e année, et d’introduire des cours
d’anglais à la place. Cours évidemment obligatoires pour tous les élèves, forts,
moyens et faibles, peu importe. «Vos bases en français sont très rudimentaires? (C’est
normal en 3e année; même en 6e année.) Pas de problème. Prenez de l’anglais et
mélangez… Vous posséderez bientôt deux langues», assurent les nouve aux pédagogues
anglophiles.

Questions au gouvernement Bouchard

  1. Quelles études objectives et crédibles a-t-on menées avant d’amputer des heures
    d’enseignement en français en 3e année du primaire?
  2. Existe-t-il des études non biaisées qui, dans le contexte anglo-américain,
    démontrent l’innocuité des classes d’immersion actuelles au primaire? Quels sont les
    impacts sur le français de ces programmes d’anglicisation précoce reconduits et
    intensifiés par le gouvernement Bouchard?
  3. Est-ce que le gouvernement Bouchard a l’intention d’étendre ces programmes
    d’anglicisation en 2e et même en 1ère année du primaire? Et éventuellement à la
    maternelle? Jusqu’où iront ces expériences faites sur le dos du français?
  4. Les échecs en français de plus ou moins 50 % des élèves du secondaire (en fin de
    parcours ou avant) n’auraient-ils pas leurs racines au primaire… où des cours intensifs
    de français – plutôt que des cours intensifs d’anglais – seraient bénéfiques à la
    majorité des élèves pour la poursuite de leurs études techniques, collégiales ou
    universitaires?
  5. Quand le gouvernement Bouchard prévoit-il abolir la sinistre loi 86 qui facilite le
    détournement des immigrants vers l’école anglaise?

Recommandations du Mouvement estrien pour le français

  1. Qu’on déclare un moratoire sur tous ces programmes d’anglicisation du primaire. Notre
    hypothèse est à l’effet que le bilinguisme précoce pour l’ensemble de la population
    franco-québécoise entourée d’une mer anglophone se fait au détriment de la qualité
    et, à longue échéance, de la survie de la langue maternelle… comme dans le cas des
    ex-francos perdus ailleurs en Amérique.
  2. Qu’une commission nationale d’enquête soit instituée afin de faire le point sur
    l’enseignement du français et de l’anglais dans les écoles primaires et secondaires du
    Québec.
  3. Que l’Assemblée nationale du Québec adopte une Charte scolaire du français pour
    enrayer les reculs de la langue française dans le quotidien (musique, informatique,
    enseignement professionnel, etc.).
  4. Que le gouvernement du Québec s’implique activement dans la Semaine internationale de
    la Francophonie afin que les conseils scolaires et toutes les écoles du Québec
    valorisent et célèbrent de façon spéciale le français durant cette semaine.

Des réponses claires attendues

Le Mouvement estrien pour le français attend avec impatience les réactions du
gouvernement Bouchard face à ces questions et à ces recommandations. Au cours de 1997,
il compte rendre publiques les réponses obtenues.

Nous nous réjouissons de l’intention du gouvernement d’augmenter dans l’ensemble les
heures d’enseignement du français. C’est un renversement de la vapeur dans ce domaine.
Espérons que cela ne sera pas neutralisé ou démoli par la nuée de programmes
d’anglicisation qui pullulent au primaire et par l’apprentissage institutionnel de plus en
plus hâtif de la langue dominante. N’y a-t-il pas là un facteur certain de démotivation
à l’égard de la langue française?

Position du Mouvement estrien pour le français sur le bilinguisme

Le Mouvement estrien pour le français encourage l’apprentissage scolaire des langues
une fois acquises les bases et la maîtrise de sa langue maternelle.

Jacques Poisson, président
Mouvement estrien pour le français