L’ANGLAIS, UNE MENACE POUR LE FRANÇAIS ?

L’ANGLAIS, UNE MENACE POUR LE FRANçAIS ?

J’aime la langue française, n’en déplaise à ceux qui vont lire ces quelques notes.
Et je défendrai toujours la langue française contre ceux qui prétendent qu’elle perd de
son intégrité.

Pour ceux qui pensent qu’utiliser des mots anglais est une honte, voire une
dégradation de la langue française, je ne dirais qu’une chose, il est à mes yeux bien
plus aberrant de constater certaines expressions ou mots qui sont "traduits"
afin d’en faire du français en bonne et due forme. Dites-moi donc en quoi, par exemple,
il est choquant d’utiliser le mot E-mail, est-ce plus valorisant de dire un Mél (c’est
ainsi qu’on le nomme en France) ou bien courriel (au Québec) ? Le premier pris dans sa
plus simple expression ne veut absolument rien dire, et le second, n’est en fait qu’une
abréviation d’un terme déjà existant (au moins il correspond à quelque chose me
direz-vous !). Si vous êtes un ardent défenseur de la langue française, vous n’êtes
pas sans savoir que des centaines de mots que nous utilisons tous les jours sont d’origine
étrangère. Nos ancêtres n’ont pas toujours jugé utile de créer de nouveaux mots mais
se sont contentés de les utiliser tels quels (ou presque). C’est ce qui fait (entre
autres) la richesse de notre langue aujourd’hui. Il est à noter que de nombreuses langues
ont fait des emprunts au français, au même titre que nous employons certains mots
italiens, allemands ou autres. Nul doute, qu’il faudrait traduire tous mots d’origine
étrangère. Pensons à des graffiti, des papparazzi , une hacienda, un schtrudel, etc. La
liste est longue, pourtant ces mots " non français ", utilisés dans notre
quotidien, désignent une chose bien particulière et personne ne s’en offusque. Alors,
faudrait-il à tout prix franciser ou utiliser tels quels les mots créés par d’autres
langues? Pourquoi est-il si choquant d’utiliser le mot parking, si le concept même du
" stationnement " a été créé par une personne qui ne parlait pas le
français !

Le français vient du bas-latin. Le latin étant une langue morte, il a bien fallu
qu’elle évolue et enrichisse son vocabulaire par de nouveaux mots. Dans tous les pays du
monde, on emprunte des mots qui viennent de l’étranger, les anglophones ne parlent-ils
pas de " RENDEZ-VOUS " ? N’oublions pas que 50% du vocabulaire anglais provient
du français, (normand, picard etc…)

Exemples :

table (il est resté tel quel en anglais)
interview du français entrevue
barbecue du français barbe-a-queue (on empalait des
chèvres…)
etc…

Alors, faudrait-il retourner à la langue d’origine en supprimant tous les autres mots
implantés au cours des siècles, afin d’éviter à nos ancêtres de se retourner dans
leur tombe ? Il ne nous resterait qu’une centaine, de mots, tout au plus, pour nous
exprimer ! Dommage la langue française y perdrait !

En conclusion, je pense qu’il serait bien plus important de favoriser et d’approfondir
la connaissance de la langue auprès des populations francophones, où parfois le
français est utilisé à mauvais escient, et ce, malgré nos efforts acharnés pour
changer cet état de chose. Il est à mes yeux plus instructif de combattre la syntaxe
grammaticale parlée et écrite avant que de vouloir féminiser des mots déjà existants
(tel que directeure au lieu de directrice) ou de s’offusquer lorsque nous employons un mot
à consonance anglophone. Pourquoi ne pas diriger notre combat et nos efforts vers de
réels problèmes ? Ne serait-il pas plus logique, voire même primordial, de faire
quelques changements au niveau de l’éducation et de l’enseignement de nos jeunes enfants
? Car il faut faire la différence entre l’utilisation de mots devenus noms communs (tel
que parking) et des anglicismes que l’on emploie en les conjuguant à la française !

Où est la limite, me direz-vous ?

De vous à moi, qu’est-ce qui est le plus choquant, d’entendre quelqu’un dire " je
vais CALLER une pizza " ou " je pars pour le WEEK-END " ?

Carol Perry
graffiti@magi.com
(Le 17 avril 1999)