L’ANGLAIS À CHARLES-DE-GAULE. NON !

L’ANGLAIS à CHARLES-DE-GAULE. NON !
Nous continuerons à parler français

Quelle horreur ! Les pilotes d’Air France doivent s’exprimer en anglais à
Charles-de-Gaulle. Veuillez donc annuler vos réservations avec cette compagnie qui ne
respecte même plus sa propre culture et faire parvenir vos commentaires à l’adresse
suivante: http://www.airfrance.net/
et aussi http://www.airfrance.fr

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http://www.liberation.fr/quotidien/semaine/20000324venzc.html

A Roissy, l’anglais brouille l’écoute d’Air France
Les pilotes s’opposent à cette langue imposée par la direction.
Par ONDINE MILLOT le vendredi 24 mars 2000

<Les pilotes commençaient leurs phrases en français, puis se rappelaient qu’ils
devaient parler anglais, et finalement s’emmêlaient les pinceaux.> Un aiguilleur du
ciel L’Anglais à Charles de Gaulle: Non! > Le slogan barre la une du bulletin
hebdomadaire d’Alter (ancien SNPL d’Air Inter), syndicat qui dit représenter 15 % des
pilotes d’Air France. <Nous continuerons à parler français>, clame-t-on comme un
défi dans les locaux du Syndicat des pilotes d’Air France (Spaf), autre organisme
minoritaire. A l’origine de ces protestations francophiles: une décision de la direction
d’Air France d’imposer l’anglais comme unique langue de communication entre les pilotes et
les aiguilleurs du ciel de Roissy-Charles-de-Gaulle (1). <Il est temps de mettre Roissy
au même niveau que les autres grandes plates-formes aériennes internationales, ou toutes
les communications de contrôle se font en anglais>, explique Bertrand de Courville,
responsable sécurité d’Air France.

Chauvinisme.

D’après les syndicats, plusieurs compagnies étrangères se seraient plaintes d’un
certain chauvinisme des pilotes et contrôleurs français. <Lorsqu’on approche les
aéroports d’Amsterdam, Copenhague, Oslo ou Francfort, tout le monde parle anglais>,
explique Bertrand de Courville. <Il n’y a pas de raison que Roissy fasse exception.>
Le passage au tout anglais devrait aussi améliorer les conditions de sécurité. <A
Roissy, les avions atterrissent sur des pistes courtes situées à l’extérieur de
l’aéroport, et croisent ensuite la piste centrale pour rejoindre l’aérogare>,
explique Etienne Lichtenberger, secrétaire général du Syndicat des pilotes de
l’aviation civile (Spac), qui ne s’oppose pas à la réforme. <C’est vrai que si tout
le monde parle anglais, cela réduira le facteur risque lié à ce croisement de
piste.> En clair, tous les équipages présents au sol pourront entendre et comprendre
qu’un avion s’apprête à traverser. <Mais ça ne sert à rien, un pilote n’a ni le
temps ni la possibilité d’écouter toutes les conversations échangées>, proteste
Marcel Thibault, délégué syndical d’Alter. Si certains pilotes s’insurgent ainsi contre
le changement de langue, ce n’est pas seulement par amour du français. Certains affirment
que parler anglais <augmente la charge de travail> et <complique les
communications>. A en juger par ce qui s’est passé hier, premier jour d’entrée en
application de la réforme, dans le ciel de Roissy, ils n’ont pas complètement tort.
<C’était un peu comique, raconte un aiguilleur du ciel, les pilotes commençaient
leurs phrases en français, puis se rappelaient qu’ils devaient parler anglais, et
finalement s’emmêlaient les pinceaux.> <Escroquerie intellectuelle>. Le
syndicat national des contrôleurs aériens (SNCTA) se dit <partagé> face à cette
décision <unilatérale> d’Air France. <Pour ce qui est du croisement de pistes
c’est peut-être plus sûr, explique Alain Serre, délégué syndical. Mais en ce qui
concerne l’approche et l’atterrissage, le changement de langue entraîne plus de lenteurs
dans les réactions.> Francois Leherissel, contrôleur du ciel à Roissy, est plus
virulent. Il a même décidé de créer en réaction une Association des contrôleurs de
la navigation aérienne francophone (Acnaf). <Les arguments avancés par Air France ne
sont pas défendables techniquement>, assure-t-il, citant les conclusions favorables au
bilinguisme d’une commission d’enquête instaurée au Québec en… 1979. <Cette
décision d’Air France, c’est une escroquerie intellectuelle destinée à faire plaisir
aux compagnies non francophones.> Francois Leherissel rappelle l’existence d’un
arrêté de 1984 qui prévoit que <la langue française doit, sauf cas particulier,
être utilisée entre les personnels navigants français et les stations au sol
françaises>. Contactée, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) explique
qu’elle a autorisé Air France à considérer Roissy comme un <cas particulier>. Et
précise que, de toute façon, cet arrêté imposant le français devrait disparaître du
droit lors d’une refonte de la loi prévue cet été. (1) L’Oaci (Organisation de
l’aviation civile internationale) reconnaît six langues officielles pour les échanges
aériens: l’anglais, le français, l’espagnol, le russe, l’arabe et le chinois.

(Texte transmis par notre correspondant Daniel Duclos)

(Le 28 mars 2000)