L’ACTION NATIONALE EST EN DEUIL

L’ACTION NATIONALE EST EN DEUIL

L’HOMME DES FIDéLITéS

L’Action nationale est en deuil. Monsieur Rosaire Morin est décédé. Notre revue, le
Québec tout entier, viennent de perdre un grand bâtisseur. Il aura connu le destin des
grands précurseurs: il est mort aux portes de ce "pays à portée de main" pour
lequel il avait un amour si ardent et qu’il aura servi avec une droiture exemplaire. Homme
d’action véritable, il savait le pouvoir des idées. Intellectuel rigoureux, il
connaissait les impératifs de l’action et pratiquait avec le génie du virtuose l’art de
l’organisation, celui qui peut donner forme et puissance aux idéaux. Il a consacré sa
vie au service d’un très grand rêve, celui de voir un jour son peuple libre,
indépendant et fier d’offrir au monde entier sa contribution, sa part d’humanité.

Ceux et celles qui l’auront côtoyé savent jusqu’à quel point, dans la vie comme dans
ses textes, monsieur Morin brûlait d’une authentique révolte contre l’injustice. Il
haïssait tous les visages de la domination. La pauvreté lui était intolérable et il
n’avait de cesse d’en pourchasser les causes et les complicités. Le Québec pour lequel
il se battait ne pactise pas avec l’indigence. Il avait l’intime conviction que le pays
naîtrait de la plus grande fraternité, d’une solidarité sans faille et sans détour.

Il aura été un très farouche combattant, un redoutable adversaire, mais il ne s’est
jamais grisé du combat. Ce qui l’animait, ce qui lui donnait sa fougue lui venait autant
de ce qu’il puisait à l’héritage de ceux et celles qui ont persévéré dans notre
aventure que de ce qu’il partageait dans la condition commune. Monsieur Morin était
l’homme des fidélités. Il savait d’où il venait. Et il n’a jamais failli à la lourde
tâche de porter plus loin les espérances qui avaient fait naître son village.

Du Témiscouata à l’Abitibi, des quartiers populaires de Montréal aux grands
chantiers d’Hydro-Québec, des poèmes de Pierre Perrault aux toiles de Marcelle Ferron et
à la prose de Marie Laberge, tout ce qui cherchait à naître et à faire grandir la vie
le rejoignait profondément. S’il avait tant soif d’avenir, c’est qu’il avait la mémoire
vive. Il savait se renouveler, se remettre en question sans jamais perdre de vue
l’essentiel. C’était sa plus grande force.

L’Action nationale a connu sous sa direction l’une des périodes les plus dynamiques et
les plus fécondes de son histoire. Il a, par son ardeur au travail, par son enthousiasme
et sa générosité donné un souffle nouveau à la revue. à son invitation et à son
exemple, des dizaines de nouveaux collaborateurs se sont mis à la tâche , chaque mois,
d’élargir l’horizon, de faire grandir le cercle de la nation. Les lecteurs de partout au
Québec ont bien accueilli ses initiatives et c’est par milliers qu’ils ont répondu à
ses appels, non seulement pour souscrire des abonnements, mais encore et surtout, pour
faire bouger les idées qui feront un jour du Québec, un pays libre.

à sa famille et à ses proches, la Ligue d’Action nationale offre ses plus sincères
condoléances. Nous sommes tous grandis par son ?uvre. Ceux et celles qui ont eu l’insigne
privilège de partager son amitié savent à quel point il témoignait de ce qu’il y avait
de plus beau et de plus noble dans l’aventure humaine. Il enrichira notre mémoire et
inspirera nos actions. Parce que nous partageons ses idéaux, nous continuerons, nous
franchirons les derniers obstacles. Un jour, le Québec dira oui à sa naissance.

Robert Laplante
Président
Ligue d’Action nationale