LA RÉPUBLIQUE CANADIENNE

LA RéPUBLIQUE CANADIENNE

L’intervention de Pierre Grandchamp (CANADA FRANÇAIS ET CANADIEN FRANÇAIS 23 mai 1999) sur ce qu’impliquent les termes "Canada français" et "Canadien français" me laisse perplexe. Je suis Français d’Europe, et j’admets volontiers mon ignorance en ce domaine. Néanmoins, il me semble que l’abandon du vocable "canadien" pour définir le caractère de ce qui est nord-américain et qui s’exprime en français (nous laisserons l’Acadie ou la Louisiane de côté pour l’instant) me paraît aller à l’encontre de l’attitude souhaitée dans le cadre de la défense de la francophonie outre-atlantique (vu de ce côté-ci! ;-)).

Je m’explique : je crois savoir qu’aux derniers temps de la souveraineté française en Amérique, les "Canadiens" étaient TOUS d’expression française. Les autres Nord-Américains étant "Anglais" ou "Américains". Lorsque la domination Anglaise s’est intallée sans partage au nord des Grands-Lacs, la population de l’Amérique du Nord britannique était globalement divisée entre Anglais minoritaires et Canadiens majoritaires, se définissant les uns les autres comme tels, sans ambiguité (qu’on me corrige ici si je me trompe); la translation du vocable "canadien" des Francophones vers les Anglophones est le surprenant et nonobstant inévitable résultat de l’équation "au Canada britannique vivent les Canadiens (forcément anglophones, puisque Britanniques)"; Puisqu’il était de très mauvais goût que le pays conserve le nom des colonisés, il était logique que ce nom ne désigne plus que ses maîtres, les choses rentrant ainsi dans l’ordre. Le vocable "Canadien-français" s’est toutefois avéré indispensable pour décrire les anciens "Canadiens" (pas assez de place dans les bateaux du gouverneur Lawrence, probablement…) qui entretemps ne s’étaient toujours pas résolus à abdiquer leur identité, malgré les efforts constants des Durhams successifs.

Ainsi, de "Canadiens", les Francophones sont devenus "Canadiens-français" (ou "Bas-Canadiens"ou "Canadiens-inférieurs", c’est comme on veut…) lorsque le pays a été divisé en deux pour faire plus de place aux Anglophones. Puis, devant la constatation que cela pourrait encore reconnaitre trop d’importance aux "Canadiens-français", il fut décidé de ne réserver qu’un dixième du pays à ces gens-là, qu’il devenait plus opportun alors de nommer d’après la ville de Québec. De "Canadiens-français", les Francophones sont finalement devenus "Québecois" : non seulement cela correspond parfaitement aux amputations historiques de souveraineté et de territoire, mais cela a le mérite incontestable de limiter inconsciemment toute revendication au seul territoire du Québec. Et on voit maintenant se pointer tranquillement à l’horizon le vocable "Québécois-français", indice indubitable de la prochaine amputation planifiée de la "réserve" française, puisqu’à Québécois-français, il faut bien que corresponde Québécois-anglais, avec un territoire… quelle sera la suite… il faudra sans doute parler des Montréalais-orientaux-français…

Je ne sais pas si ce que j’expose plus haut correspond à quelque chose dans le coeur et la raison des Francophones d’Amérique, tant ma réflexion reste théorique en l’occurence (je ne suis jamais allé au Canada!), mais il me semble que la fierté et la rectitude historique commande que si par bonheur, le Québec décidait de prendre en main son destin au terme d’un référendum enfin couronné de succès, il devienne la "République canadienne", Etat libre des Canadiens enfin libéré de la tutelle des Anglais.

Salutations,

Pierre Gay
PGay@wanadoo.fr

(Le 25 mai 1999)