LA RELIGION DE L’ANGLAIS

La religion de l’anglais

Récemment, dans La Tribune de Sherbrooke, l’éditorialiste Jean-Guy Dubuc soulevait
plusieurs questions intéressantes quant à l’apprentissage des langues. Quand doit-on
commencer à apprendre l’anglais? Quels sont les impacts de la communication électronique
sur le français? Combien de langues faut-il apprendre? Quel est le taux de bilinguisme au
Québec et au Canada? Est-ce que l’anglais est une menace pour le français? Le Mouvement
estrien pour le français le remercie d’avoir pris le temps de réfléchir à ces
questions. Le français fait des sept millions de Québécois une société distincte en
Amérique du Nord puisque le Québec est la seule entité majoritairement francophone
ayant comme langue officielle le français.

Tout comme monsieur Dubuc, nous croyons à l’utilité, voire à la nécessité, très
souvent, de connaître l’anglais et/ou une autre langue, principalement l’espagnol.

Quand l’éditorialiste affirme «que l’usage d’une seule langue est un sérieux
handicap», il doit plaindre le milliard et demi de Chinois, les étatsuniens, les
Japonais, les Allemands et les Français qui sont massivement unilingues. En décrétant
que «l’anglais est la langue officielle du commerce mondial», il se substitue à la CEE,
à l’ONU et à la Francophonie où, aux dernières nouvelles, le français était toujours
langue officielle. La communication électronique, la traduction instantanée envahissent
(heureusement) l’univers. Ces développements spectaculaires permettent à TOUTES les
langues d’exister, d’être comprises et cela, de plus en plus. L’hégémonie d’une seule
langue écrasant les autres langues est de moins en moins perçue comme inéluctable.

Selon nous «le patois des Québécois» a ses bons côtés et se mauvais côtés.
Faut-il bannir les «bancs de neige», «pleuvoir à boire debout», «poudrerie», «la
tête à Papineau», etc., etc.? Nous ne le croyons pas. Quant aux vices de structures,
emplois fautifs des mots et anglicismes, c’est une autre paire de manches. Oui, il faut
améliorer la qualité du français au Québec. Le moyen : le rendre payant. Grâce à la
FTQ et à la loi 101 surtout, le français est devenu la langue d’usage dans des secteurs
de pointe. Quand ça paye, on apprend vite et bien…

«à partir de quelle année et pendant combien d’heures par semaine faut-il enseigner
l’anglais à l’école?» Voilà la question! Vous dites : «La réponse appartient aux
pédagogues.» D’accord. Il serait donc temps, selon le Mouvement estrien pour le
français : 1) que le Gouvernement déclare un moratoire sur les programmes
d’anglicisation qui pullulent dans nos écoles primaires, 2) qu’il mandate un organisme
crédible tel le Conseil supérieur de l’éducation ou le Conseil de la langue française
pour étudier la question. Jamais au Québec, contrairement à la Grande-Bretagne ou à la
Suisse, n’a-t-on pris le temps et les moyens d’étudier de façon rigoureuse cette
question. Si c’est bon pour les Anglais et les Suisses, c’est bon pour nous.

M. Dubuc semble croire que les anglophones des Maritimes et de Toronto sont bilingues;
la lecture du dernier rapport du Commissaire aux langues officielle d’Ottawa, ou un petit
voyage dans les autres provinces lui permettrait peut-être de refaire ses
perceptions…

Lorsque monsieur Dubuc utilise des mots tels que «fanatiques» pour animer la
discussion, nous doutons que cela aide à une réflexion sereine. Le débat mérite
d’être mené poliment. Ceux qui possèdent la vérité absolue dans ce domaine n’existent
pas. Bâtir des consensus éclairés sur le sujet est pour nous plus important et plus
utile que l’insulte ou le mépris.

Pour un Québec français

Jacques Poisson
Président du Mouvement estrien pour le français

1920, rue Grime téléphone : (819) 565 – 1076
Sherbrooke (Québec) télécopie : (819) 565 – 8071

courriel : mef-pq@interlinx.qc.ca
site internet : www.mef.qc.ca

(Le 25 mai 1999)

Notre langue française, un trésor collectif incalculable