LA LANGUE DES AMBASSADES AU CANADA

LA LANGUE DES AMBASSADES AU CANADA

Je crois que la situation que vous dénoncez (unilinguisme anglais des sites Internet
de certains ambassades étrangères au Canada), doit être placée dans la perspective
d’une comparaison avec les sites des différentes missions diplomatiques à Berne en
Suisse. Comme vous le savez, les francophones de Suisse ne représentent que 15% de la
population totale de ce pays et environ un million de personnes. Si nous comparons la
situation démographique des francophones de Suisse et du Canada, ceux du Canada sont à
la fois plus nombreux en nombre absolu et en pourcentage de la population totale. Que ce
soit dans les pratiques commerciales, gouvernementales et dans le cas qui nous
intéressent maintenant, dans le cas de la présence française sur les site Web des
ambassades étrangères, la situation des francophones en Suisse est bien meilleure que
celle des francophones du Canada.

Comment le Gouvernement de la République Populaire de Chine (j’ai visité le site de
leur ambassade à Berne) peut-il justifier son incapacité de donner des services en
français à 7 millions de canadiens d’expression française représentant 23% de la
population du pays d’accueil alors qu’il est tout à fait capable de le faire à Berne
bien que les Suisses romands ne forment que 15% de la population et un million de
personnes? Poser la question c’est y répondre.

Dans un message que je faisais parvenir au webmestre du site de l’Ambassade de Russie
à Ottawa, je faisais remarquer que le Canada et la Russie sont deux fédérations et que
dans ces deux pays coexistent plus qu’une langue. Je faisais également remarquer qu’au
Canada et plus particulièrement dans les institutions fédérales, le français et
l’anglais ont un statut officiel égal. Le refus de prendre acte de cette état constitue
un acte politique, une prise de position dans les affaires intérieure de notre pays et
que cette prise de position était inacceptable à mes yeux.

Laissons de côté pour l’instant les ambassades. J’aimerais attirer votre attention
sur le site Web du Canada Trust ( http://www.canadatrust.com
). Il s’agit d’une institution financière canadienne qui possède des succursales au
Québec. Il y en a une à 100 mètres de l’endroit où je travaille (Métro McGill à
Montréal). Ce site est uniquement (ou presque) en anglais. à titre de comparaison, les
sites des banques suisses sont tous multilingues et le français y a toujours sa place.

Revenons maintenant au sujet premier de ce message, les ambassades et plus
particulièrement l’Ambassade de l’Etat d’Israël à Ottawa. En fait, j’aimerais vous
faire part de la situation linguistique là-bas. J’y suis allé à la fin du mois de
décembre 1998 (ou devrais-je dire au début du mois de Tevet 5759 😉 ). La langue
parlée là-bas est principalement l’Hébreu. Il s’agit d’une langue qui s’écrit avec un
alphabet spécial (ou devrais-je dire un alef-bet) et ce de droite à gauche. Bien que
l’Hébreu soit utilisé aussi pour des rites religieux partout dans le monde où il y a
des Juifs, cette langue n’est utilisée de manière quotidienne qu’en Israël et le nombre
de locuteurs dans le monde entier ne dépasse pas 10 millions de personnes.

Partout là-bas, l’affichage se fait en Hébreu. Parfois on y retrouve de l’Arabe, de
l’Anglais ou du Russe mais l’Hébreu domine très largement. Et quand je dis qu’on
retrouve de l’Hébreu partout, cela signifie que le nom embossé sur les cartes de crédit
des titulaires Israéliens et aussi écrit en Hébreu. L’affichage des téléphones
cellulaires se fait en Hébreu. Les coupons de caisse, les reçus de cartes de crédit et
les relevés d’opérations dans les guichets automatiques bancaires, tout cela se fait en
Hébreu. L’addition du restaurant ou la note de la plupart des hôtels que j’ai visités,
tout cela était rédigé presque exclusivement en Hébreu. Cela n’empêche pas les
Israéliens d’être gentils et attentionnés envers les touristes étrangers et que la
plupart des Israéliens parlent l’anglais (et beaucoup parlent le français, il est plus
facile de demander son chemin en français dans les rues de Tel Aviv que dans les rues
d’Ottawa) mais ces gens sont chez eux et ils ont décidé que chez eux leur langue,
l’Hébreu, serait la langue d’usage du quotidien.

Quand j’ai visité l’Etat d’Israël, j’ai bien sûr posé biens des questions. J’y suis
allé de bien des commentaires et des critiques, plus particulièrement sur la politique
d’occupation des territoires à l’Ouest du Jourdain (Cijordanie) et de la bande de Gaza et
sur le relations entre Israéliens et Palestiniens. Je m’intéresse à la situation au
moyen-orient depuis que j’ai l’âge de 12 ans (1973), je suis allé là-bas pour y
apprendre et les 50 ans d’existence de la proclamation de l’Etat d’Israël (le 5 Iliar
5709 – 12 mai 1948) fut pour moi l’occasion d’apprendre beaucoup. De ce voyage, j’en
ramène des souvenirs fantastiques, tout s’est passé sans anicroche et tout a très
largement dépassé mes plus folles attentes.

Je suis cependant revenu avec un regret. Celui de constater comment ma génération
(celle née en 1960) a par deux fois raté ses rendez-vous avec l’histoire. Comme un
couple stérile qui voit d’un oeil envieux grandir les enfants de leurs voisins ou de
leurs amis, j’ai vu un peuple qui, il y a une génération à peine, s’est donné un pays
à construire et qui ma fois y a pas mal réussi. Puisse proche être le jour où mon
peuple décidera enfin de se donner, lui aussi, un pays à lui et construire ici enfin un
état francophone dans notre coin d’Amérique.

Bonne journée et amitiés

Yanik Crépeau
yanikc@videotron.ca

(Le 26 septembre 1999)