LA LANGUE DE L’IMPOSTURE

LA LANGUE DE L’IMPOSTURE

Victor Goldbloom ne se lamentera plus sur la place publique à propos de la
détérioration du bilinguisme au Canada. Il quitte son poste de Commissaire aux langues
officielles au mois d’août prochain. Triste, comme sa fonction l’exige. Le rapport qu’il
a déposé cette semaine s’inscrit dans la continuité: dénonciation de la mollesse
d’Ottawa dans l’application de sa loi, progression effroyable de l’assimilation des
francophones, mépris de l’administration publique pour l’offre de services en français,
etc.

La Loi sur les langues officielles au Canada n’a jamais été autre chose qu’une
manoeuvre pour contrer la reconnaissance du français et de ceux qui le parlent.

La loi s’est construite sur un refus radical: celui de reconnaître le Canada comme un
état bi-national. Elle est apparue en réaction au rapport de la Commission sur le
bilinguisme et le biculturalisme au Canada ( dite commission Laurendeau-Dunton). C’est une
autre façon qu’ a trouvée Ottawa pour tuer l’idée de la reconnaissance de la nation
française d’Amérique comme peuple fondateur.

Au lieu d’aménager les structures politiques pour refléter la réalité de la
coexistence de deux majorités, Ottawa a proclamé une loi qui permet d’aménager les
apparences. Dans les faits, la loi ne s’applique qu’aux services relevant de
l’administration publique fédérale. Tous les rapports du Commissaire aux langues
officielles le redisent, l’un après l’autre, la fonction publique subit la chose de
façon plus ou moins récalcitrante selon les secteurs et les périodes.

à l’approche bureaucratique de l’aménagement linguistique s’est ajouté le
multiculturalisme comme idéologie et comme mode de gestion des réalités sociales et
culturelles de la présence française au Canada. La banalisation a été complétée: la
"mosaïque canadienne" met sur un même pied les francophones du Canada avec
tous les autres groupes d’immigrants qui ont gardé des particularismes culturels tout en
s’intégrant dans la communauté ssance officielle, la province du Nouveau-Brunswick
pouvait devenir un modèle utile. Utile pour donner aux francophones du Québec l’illusion
qu’une reconnaissance est possible dans le Canada. Utile enfin pour contrer le Québec sur
la scène internationale comme en témoigne le Sommet sur la francophonie de Moncton ou
les récentes déclarations du Premier ministre Thériault à l’occasion du Printemps du
Québec à Paris.

Le français reconnu par Ottawa est ainsi devenu la langue de l’imposture.

Robert Laplante
Président Ligue d’Action nationale

425, boul. de Maisonneuve O. bureau 1002
Montréal H3A 3G5
Tél.: (514) 845.8533
Télécopie : (514) 845.8529
Site : http://www.action-nationale.qc.ca

(Le 13 mai 1999)