LA LANGUE AU COEUR DE L’IDENTITÉ

LA LANGUE AU COEUR DE L’IDENTITé

Bernard Cassen

LA question de la langue se pose au Québec depuis le traité de Paris (1763), qui fit
passer les possessions françaises d’Amérique sous l’autorité britannique. Le droit des
Français du Canada à faire usage de leur langue, à conserver le droit civil français
et à pratiquer la religion catholique fut consigné dans l’Acte de Québec en 1774 et
confirmé par l’Acte constitutionnel de 1791.

En fait, c’est seulement à partir de la Révolution tranquille, entamée en 1960 avec
l’arrivée au pouvoir du Parti libéral québécois (PLQ) de Jean Lesage, que la question
de la langue devient un enjeu. En 1969 est votée la loi 63, ou loi pour promouvoir la
langue française au Québec. En1974, sous le gouvernement de Robert Bourassa (PLQ), est
adoptée la loi 22, qui proclame le français comme langue officielle du Québec. Ambiguë
et difficile à appliquer, elle mécontente aussi bien les anglophones que les
francophones.

En 1977 le gouvernement " péquiste " de René Lévesque fait adopter la
fameuse loi 101 (ou Charte de la langue française), qui fait de la légitimité de
l’aménagement linguistique une question centrale de la politique du Québec et affirme
très clairement la primauté du français dans tous les domaines. La Charte va faire
l’objet, de la part des anglophones, d’une suite ininterrompue de contestations et de
recours devant les tribunaux et la Cour suprême du Canada, qui en édulcoreront plusieurs
dispositions, notamment sur l’unilinguisme français obligatoire dans l’affichage
commercial.

En 1993, sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa, est votée la loi 86, qui
permet l’affichage bilingue, extérieur comme intérieur, à condition que le français
occupe une place prépondérante. Lors du congrès du PQ de novembre 1996, M. Lucien
Bouchard impose le maintien de la loi 86 en l’état contre une base de son parti largement
hostile. Cependant le gouvernement fait voter en décembre par l’Assemblée nationale le
projet de loi 40, modifiant la Charte, qui crée une commission de protection de la langue
française chargée d’assurer le respect des textes en vigueur. Cette commission est
aussitôt dénoncée par les anglophones et les porte-parole libéraux comme une "
police de la langue ", alors qu’elle apparaît aux souverainistes comme un moyen
parfaitement justifié pour endiguer une anglicisation rampante – et illégale – qui
saperait les fondements mêmes de la nation québécoise.

BERNARD CASSEN

P.-S. Ce texte est publié avec l’autorisation du MONDE DIPLOMATIQUE

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