LA FRANCOPHONIE

La Francophonie

Roméo Paquette

Le VIIIe Sommet de la Francophonie à Moncton met en relief le désir des Acadiens de
reprendre graduellement place sur l’échiquier national et international, après deux
siècles et demi de dispersion forcée.

Au cours de trente années d’engagement à la cause francophone,
le modèle acadien m’a toujours inspiré. Il est fondé sur un concept de la nation
qui franchit les frontières physiques. Son évolution s’est appuyée sur
l’esprit coopératif et le développement de villages, paroisses et institutions; ce
qui a assuré l’homogénéité communautaire nécessaire non seulement à la survie
du groupe mais à son épanouissement éventuel, même en situation minoritaire.

Toutefois, il ne faut pas occulter le fait que s’ils sont encore
là, les Acadiens, bien vivants, particulièrement dans les provinces maritimes,
c’est grâce uniquement à leur volonté propre et non pas avec la collaboration de
leurs congénères anglophones. Ils ont toujours été confrontés à cette espèce de
méconnaissance, souvent teinte de mépris, mise en veilleuse périodiquement sous la
pression d’impératifs politiques ou conjoncturels, qui caractérise l’attitude
anglo-nord-américaine depuis les conquêtes impériales britanniques. à l’exception
d’une couche importante, mais très minoritaire, de l’élite anglophone du
Canada, qui voit dans la promotion des deux langues officielles l’"exception
culturelle" qui peut seule préserver la souveraineté politique à long terme du
Canada, le Canada anglais croit que l’"unité nationale" n’est
possible que si tout le monde parle la même langue: l’anglais.

Malgré les apparences, le Québec n’est pas épargné. Que les
anglophones du Québec (moins de 8% de la population) jouissent partout de services dans
leur langue, d’un réseau complet d’éducation dans leur langue et de lois
spéciales pour garantir leurs privilèges et leur pérennité, ne suffit pas. Ici, les
militants pour l’égalité de droit des anglophones du Québec établissent, sous le
couvert d’un bilinguisme qu’ils n’auraient pas à assumer, un climat
ségrégationniste destiné à garantir l’hégémonie éventuelle de l’anglais.
Il serait temps, selon eux, d’amender les restants de la Charte de la langue
française pour légaliser l’unilinguisme anglais dans l’affichage, et
probablement la fusion des deux réseaux scolaires, afin d’assurer à tous les
citoyens, "sans discrimination", la maîtrise de la langue "commune":
devinez laquelle!

Les manifestations qui ont marqué cette année de la Francophonie devraient être
l’occasion de réaliser l’importance des défis à relever. Le développement
d’une francophonie viable en Amérique doit s’appuyer sur une volonté
collective d’inventer une nouvelle forme d’encadrement politique, — et de le
faire ensemble — Cela est possible grâce notamment aux progrès des technologies
modernes.