LA FONCTION PUBLIQUE CANADIENNE : UNE MACHINE ASSIMILATRICE

LA FONCTION PUBLIQUE CANADIENNE : UNE MACHINE ASSIMILATRICE

Jean-Paul Perreault
Président
Impératif français

C’est très discrètement cette année que le Président du Conseil du Trésor
a déposé en octobre dernier son Rapport annuel sur les langues officielles 1997-1998
au Parlement canadien.

Oeuvre de manipulation politicienne, ce rapport annuel cherche à dresser un tableau
positif de la situation linguistique au Canada : dès le début de l’introduction, il
vante les progrès du bilinguisme au Canada! Sauf qu"il ne dit pas que le nombre de
Canadiens ne connaissant qu’une langue officielle, l’anglais, a augmenté de 1 027 490
entre 1991 et 1996 passant de 18 106 760 à 19 134 250; que 91 % des Canadiens anglais
pratiquent toujours un unilinguisme sans regret alors que 41% des francophones sont
bilingues; que l’importance relative des francophones au Canada a diminué de 18,9 % entre
1951 et 1996; que la proportion des francophones et des Québécois est tombée, en 1996,
sous la barre psychologique des 25 %; que le taux d’assimilation des francophones est de
36,25 % au Canada hors Québec; que, de son côté, la langue anglaise fait des progrès
au Québec grâce à l’assimilation des francophones et des allophones; que la langue
officielle majoritaire enregistre au Canada des gains encore inégalés de 2 222 401, soit
l’équivalent du tiers de toute la population francophone, à cause des transferts
linguistiques, contre des pertes pour le français; que la langue anglaise est de plus en
plus majoritaire; que la langue française est de plus en plus minoritaire… Bref, il
passe sous silence que la langue officielle minoritaire, le français, recule au Canada !

Toutefois, le rapport ne réussit pas à tout cacher. Certains tableaux laissent
transpirer des vérités troublantes : le nombre total de postes dans la fonction publique
canadienne exigeant la connaissance de la langue française est en chute libre; le nombre
de titulaires satisfaisant les exigences linguistiques des postes bilingues est en baisse;
le nombre d’employés « exemptés » des exigences linguistiques des postes bilingues est
à la hausse; la catégorie professionnelle où l’on retrouve proportionnellement plus de
francophones demeure le « soutien administratif »…

Deux poids, deux mesures : en Ontario, sans la région de la capitale fédérale (RCF),
9 % des postes de la fonction publique canadienne exigent le bilinguisme pour une
population de 500 000 Franco-Ontariens alors qu’au Québec, sans la RCF, ce sont plus de
54 % des postes qui exigent la maîtrise de la langue anglaise pour à peine 600 000
Anglo-Québécois. Le Canada anglicise inexorablement!

Dans l’ensemble canadien, incluant le Québec, 11 803 postes de la fonction publique
canadienne sont désignés unilingues français pour 104 539 postes unilingues anglais.
Pour le gouvernement fédéral, les francophones seraient des citoyens canadiens de
seconde classe puisque pour desservir une population canadienne à 59,84 % anglophone,
selon la langue maternelle, le gouvernement canadien impose que 90 % des postes de sa
fonction publique exigent la connaissance d’une seule langue, l’anglais; en retour, il ne
désigne que 10 % de ses postes unilingues français pour desservir une population
pourtant à 23,53 % francophone. Bref, le gouvernement canadien utilise sa fonction
publique pour assimiler les francophones en imposant l’anglais comme langue de travail.

Faute de beaucoup mieux, le rapport du Conseil du Trésor présente comme
grande réalisation la distribution de l’affiche « symbole » sur la
disponibilité du service dans les deux langues officielles. Sans le savoir, le rapport
utilise la bonne expression puisqu’il ne s’agit, après tout, que d’un symbole

à maintes reprises, les politiciens canadiens ont proclamé que le Canada a deux
langues officielles jouissant d’une égalité de statut, de droits et de privilèges. Un
constat émerge : la langue anglaise serait plus officielle et plus égale; elle aurait
plus de statut, plus de droits et beaucoup plus de privilèges!

Dans son message, le président du Conseil du Trésor écrit : « Je suis
heureux de constater que nos institutions fédérales respectent plus et mieux que
jamais
les droits linguistiques de nos concitoyens ». Il voulait sûrement dire
« de nos concitoyens… de langue anglaise » ! Et, il ajoute :

« Le respect des langues officielles du Canada constitue un élément
fondamental
de la cohésion et de l’unité de notre pays ». Pas étonnant dès
lors que, sur ces deux derniers points, la fédération se porte si mal !

(Le 8 novembre 1998)