LA COMMUNAUTÉ ARTISTIQUE FRANCO-ONTARIENNE DANS TOUS SES ÉTATS

LA COMMUNAUTé ARTISTIQUE FRANCO-ONTARIENNE DANS TOUS SES éTATS

Stefan Psenack
Rédacteur en chef
Revue Liaison

Je ne me rétracterai pas sur ce que j’ai écrit dernièrement dans
cette même page; je demeure, aujourd’hui comme hier, un ardent défenseur des intérêts
de ceux qui font de la francophonie — québécoise, acadienne, canadienne et
internationale — un lieu d’effervescence et de création. Je continue de croire que
nos artistes ont de quoi être fiers de leur ténacité et de leur ardeur au travail. Car
n’en doutons pas, le travail des artistes est bel et bien un travail et non une forme
déguisé de bien-être social, comme nous le disent avec de moins en moins de subtilité
certains fonctionnaires qui se réclament nos alliés. L’art sous toutes ses formes (dans
ses réussites aussi bien que dans ses échecs, là n’est pas la question), n’est pas un
passe-temps mais bien une forme d’expression privilégiée de la culture de tout peuple
qui se respecte.

Mais sur cela, sur cette profonde conviction qui m’anime, j’ai déjà
écrit et je ne vous ferai pas le coup de la redondance (ou si peu); je préfère laisser
cela aux politiciens et autres personnages en mal d’eux-mêmes. La question dont je veux
vous entretenir est tout autre.

Mon boulot de rédacteur en chef de Liaison m’amène, sur une base
quotidienne, à dépouiller une quantité industrielle de courrier, de télécopies et de
courriels de tout acabit. Je ne vous apprendrais rien en vous disant que je contribue à
moi seul au recyclage d’une bonne partie de nos forêts. Alors trêve de digressions…

Si le contenu de cette mer de papier m’instruit somme toute assez
régulièrement, il déclenche aussi à l’occasion en moi une indignation qui me rassure
et me fait me sentir bien vivant. Ainsi, un certain nombre de communiqués de presse et de
bulletins émis à la veille du Sommet de la Francophonie (qui se tenait à Moncton du 1er
au 5 septembre) m’ont fait comprendre que je n’avais pas encore le pied dans la tombe.
Quelques exemples parmi tant d’autres?

«La production artistique de l’Ontario français est si riche et si
diversifiée qu’on aurait besoin de dix pavillons de plus pour la faire valoir. Je suis
fière (sic) que le Conseil des arts de l’Ontario ait pu coordonner la présence
d’artistes franco-ontariens à cet important sommet international», déclarait M. Henry
N. R. Jackman, président du Conseil des arts de l’Ontario, dans un communiqué émis le
19 août dernier, et qui faisait référence au Pavillon de l’Ontario situé dans le
Village de la Francophonie à Dieppe. Dommage que ce débordement d’enthousiasme du
président ne puisse se traduire par le rétablissement du budget du CAO!

Et encore : «Je suis ravie que mon ministère ait pu aider à mettre
en évidence au Sommet de la Francophonie l’œuvre exceptionnelle des artistes
franco-ontariens», lançait dans le même communiqué Mme Helen Johns, nouvelle ministre
des Affaires civiques, de la Culture et des Loisirs de l’Ontario (MACCL). «Les
Franco-Ontariens ont contribué à la culture particulière et diversifiée de notre
province tout au long de son histoire», concluait-elle. Qu’est-ce qui justifie cette
admiration subite et béate de l’œuvre de nos artistes? étrange affirmation, me
semble-t-il, de la part d’une représentante d’un gouvernement qui prévoit couper
allègrement dans son budget de subventions aux organismes de service aux arts qui
bénéficient du double soutien du MACCL et du CAO.

Comme si ce n’était pas assez, le CAO, toujours dans le même
communiqué, souligne son partenariat avec Réseau Ontario pour l’organisation de neuf
mini-spectacles d’artistes franco-ontariens, alors que les membres de Réseau soutiennent
que le Conseil ne reconnaît même pas, dans l’octroi de ses subventions, la pertinence de
cette initiative.

«Le CAO constitue une ressource importante pour les artistes, et je
tiens à ce qu’ils sachent que nous sommes là pour les aider», déclarait Mme Donna
Scott, directrice générale du CAO, dans la livraison d’août 1999 du bulletin Le Point.
«Notre nouvelle structure et le regroupement du personnel sur un seul étage recèlent de
nouvelles et meilleures possibilités de collaboration», ajoutait-elle. Collaboration
entre qui et qui?

La communauté artistique franco-ontarienne n’est pas dupe et en a
soupé des vœux pieux et des intentions creuses. Les artistes méritent mieux que de
jouer les faire-valoir d’instances qui ont au fond peu à faire des préoccupations de
ceux-là en dehors des grands événements qui permettent à celles-ci de se donner bonne
conscience à la face du monde.

Après tout, chacun sait très bien que les résolutions du Jour de
l’An prennent fin avec le lever du soleil, le matin suivant. Alors à quand la
résurrection d’une voix collective forte? à quand la résurgence d’une solidarité
véritable?

Ne tardons pas. Car à force d’être couchés face contre terre, nous
finirons par nous faire marcher sur la tête.

(Liaison, numéro 103, 21 septembre 1999, p. 5)

(Le 12 octobre 1999)