L’ «AVIS DE LA COUR SUPRÊME »

L’ «Avis de la Cour suprême »;
La phrase qui m’a frappé.

La Cour suprême nous apprend, entre autres, dans l’avis qu’elle émet concernant le
droit du Québec à la sécession, ce qui suit : " Depuis la Confédération, les
habitants des provinces et territoires ont noué d’étroits liens d’interdépendance
(économique, sociale, politique et culturelle) basés sur des valeurs communes qui
comprennent le fédéralisme, la démocratie, le constitutionnalisme et la primauté du
droit ainsi que le respect des minorités. "

C’est " ainsi que le respect des minorités " qui a retenu mon attention. Je
me suis dit, immédiatement, que si cette valeur avait réellement été respectée nous
n’en serions pas là, et le Québec n’aurait pas été acculé à la nécessité d’assurer
sa sécurité linguistique et culturelle.

Plusieurs lecteurs du Franc-parler savent que je l’ai vécue de façon intensive durant
plus de vingt ans cette réalité canadienne, toujours en contradiction avec la
prétention du respect de la seule minorité qui puisse se réclamer du titre de nation
fondatrice, les Canadiens français.

Les Québécois savent-ils qu’ils sont les seuls à avoir porté suffisamment de
respect pour leur minorité anglophone pour que cette dernière n’eut même pas senti
l’obligation de respecter la langue commune du Québec. Il existe une situation virtuelle
d’apartheid, au Québec, malgré le fait que moins de 10% de la population soit de langue
maternelle anglaise.

La seule autre province, le Manitoba, majoritairement francophone lors de sa naissance
en 1870, qui a réussi à se donner un statut d’état bilingue, s’est vite ravisée dès
que les politiques orangistes de déplacement des populations, à partir de l’Ontario, ont
assuré à l’assemblée législative, une majorité anglophone. Dès 1890, on adopta des
lois ouvertement conçues pour bannir la langue française des écoles, des tribunaux et
de l’administration publique. Est-ce cela que l’on appelle le respect des minorités?

En Ontario, c’est en 1912, avec le Règlement 17, que le gouvernement de cette province
a tué dans l’œuf toute velléité d’avenir à la minorité franco-ontarienne.
Quatre-vingt-six ans plus tard, c’est le seul centre hospitalier francophone, l’hôpital
Montfort, qu’on est en voie de faire disparaître.

J’étais en Nouvelle-écosse, le 15 août. Les Acadiens y célébraient l’Assomption,
leur Fête nationale. Le Chronical Herald, principal quotidien de cette province, n’en
souffla même pas un mot. Heureusement, le réseau régional de langue française de la
S.R.C. a consacré toute saprogrammation à l’événement. Imaginons que nos journaux
ignorent la Saint-Patrice, Fête des Irlandais… Quel scandale interplanétaire en
ferait la Montreal Gazette!

Il serait intéressant de savoir à quelle minorité se référaient les neuf sages de
la Cour suprême en donnant leur avis sur les prochaines étapes de la marche du Québec
vers son émancipation.

Roméo Paquette
ropaquet@microtec.net