« LA LANGUE FRANÇAISE : ATOUT OU OBSTACLE ? »

LA GUERRE DE VELOURS :
« LA LANGUE FRANçAISE : ATOUT OU OBSTACLE ? »

Je viens de rentrer d’une tournée de deux semaines aux états-Unis où j’avais été
invité pour parler de mon livre "La langue française: atout ou obstacle ?"
(Sous-titre: Réalisme économique, communication et francophonie au XXIe siècle), qui
avait été publié en juin 97 aux Presses universitaires du Mirail. La fédération des
Alliances françaises parrainait cette tournée de conférences qui m’a permis de
rencontrer de nombreuses personnalités américaines et françaises qui se sentent
concernées par le déclin de l’usage de notre langue dans un contexte international et
qui se demandent comment y remédier.

Il n’est pas étonnant en définitive que la première invitation que j’ai reçue pour
parler de mon bouquin ait émané d’un pays non francophone. En effet, aux états-Unis,
comme dans d’autres parties du monde, les francophones se sentent véritablement "sur
la ligne de front". Que ces francophones soient québécois, américains, français
ou gabonais, ils se rendent compte que leur réussite dépend bien évidemment du statut
international du français. Du côté américain, les intéressés sont les professeurs de
français, les responsables des sections locales des Alliances mais aussi et surtout ceux
qui s’occupent des chambres de commerce franco-américaines. Du côté de ceux dont la
langue maternelle est le français et dont la fonction est de faire la promotion des
exportations des pays francophones, on constate (enfin !) que la réussite commerciale est
également liée au statut dont notre langue jouit dans les pays ciblés. Beaucoup de
responsables de succursales américaines de sociétés industrielles, les françaises plus
particulièrement, redécouvrent cette évidence.

Vendre à des gens qui connaissent ou s’intéressent à notre langue ou notre culture
est évidemment beaucoup plus facile. Si notre langue est inconnue, nous ne bénéficions
d’aucune faveur, d’aucun privilège. Dans le cas contraire, avant même tout effort
commercial, nous avons déjà un pied dans la porte et nos interlocuteurs sont
favorablement disposés à notre égard. Le travail en est grandement facilité. La
différence se mesure en argent sonnant et trébuchant !!

Aux Etats-Unis, à l’exception du corps enseignant, les gens qui connaissent le
français sont en général assez riches et influents. Nous avons également des appuis
dans l’intelligentsia de la communauté hispanique du sud du pays. à l’issue de mes
présentations, qui avaient été spécialement préparées pour un public américain, je
fus quelquefois assailli de questions comme si je disposais d’une recette magique pour
attirer davantage d’Américains vers l’étude du français. Or, cela ne dépend pas
tellement du travail fait par des gens basés localement mais du statut international de
notre langue qui dépend aussi pour l’essentiel de son statut dans les pays francophones
eux-mêmes (surtout ceux "du nord", les plus prestigieux, c’est-à-dire Québec,
Suisse romande, Wallonie et France bien sûr. Il a été très facile d’identifier les
causes qui discréditent l’étude du français dans les pays anglo-saxons comme ailleurs:
informations essentielles disponibles en anglais (et quelquefois aussi d’autres langues)
dans les pays francophones "du nord" comme c’est souvent le cas en France même,
abandon par les francophones de leur langue dans un contexte international, adoption
généralisée des modèles américains, anglomanie… Ce dernier facteur n’est pas
négligeable. Toute personne qui a fait l’apprentissage de notre langue en tant que langue
seconde y a investi un temps non négligeable. Comme j’ai pu m’en rendre compte, la
découverte que le français devient de plus en plus un "pidgin" leur donne le
sentiment qu’ils ont perdu leur temps, ce qui entraîne de plus un certain mépris à
notre égard puisqu’ils pensent que les francophones gaspillent ainsi un patrimoine
précieux.

En plus d’éléments tirés de mon livre, j’ai développé certains autres thèmes
comme celui de la "guerre de velours" (…) et les caractéristiques coloniales
de la diffusion de certaines langues (surtout l’anglais en cette fin de XXe siècle). à
Birmingham, en Alabama, ma présentation a eu l’effet d’un véritable électro-choc sur
une grosse partie de l’audience. à l’aide de démonstrations de bas niveau et en ayant
recours à des exemples tirés d’un contexte que tout le monde connaît, les gens qui
m’écoutaient ont brusquement pris conscience de l’intensité actuelle de cette guerre de
velours dont le but est une colonisation douce qui a troqué la canonnière pour la
propagande plus ou moins subtile appuyée par la vente des produits dits
"culturels".

Il est évident que l’un des meilleurs moyens pour combattre cette guerre de velours
est tout d’abord de prendre conscience de son existence. La langue fait partie des armes
utilisées dans cette guerre. Beaucoup de Français installés aux états-Unis semblent en
être enfin convaincus mais, pour nous, ce n’est pas sur la scène américaine que la
bataille se déroule. Elle se déroule en France, au Québec, en Suisse romande et en
Belgique. Quand, au centre de recherche de la compagnie ELF, à Pau, on parle anglais aux
Italiens, Allemands et Américains qui s’y trouvent en stage, les dégâts sont
importants. Quand Claude Allegre, le ministre de l’éducation français, dit que l’anglais
n’est plus une langue étrangère, les dégâts sont encore plus importants ! Durant mon
séjour aux états-Unis, j’ai d’ailleurs trouvé dans les librairies universitaires des
bouquins écrits par des sociologues américains qui confortent parfaitement les
observations que j’avais faites par ailleurs. De vrais bijoux pour entreprendre la
conversion de ceux qui souffrent d’américanotropisme…

Enfin, j’ai trouvé, lors de ma tournée, de nombreux échos à mes appels pour
maintenir une forte diversité. J’ai pu démontrer que cette lutte est vitale également
pour les Américains. Reste donc maintenant à en convaincre les francophones !!


Charles Durand, E.C.C.
Génie Informatique
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