IL FAUT ANGLICISER LA FRANCE

IL FAUT ANGLICISER LA FRANCE !

Défendre sa culture et sa langue est une démarche louable. Cependant, force est de
constater que le Québec s’y prend très mal car la défense du français y prend une
tournure nationaliste pour ne pas dire xénophobe qui en définitive dessert une cause au
départ légitime. Il y a 25 ans, Montréal était le centre économique du Canada. Puis
le Parti Québécois armé de sa cause linguistique est venu légiférer, faire la chasse
aux mots anglais, faire du socialisme puisqu’il fallait se distinguer des anglophones plus
libéraux et tout ceci pour un résultat désastreux sur les plans économiques et
démographiques pour le Québec. Aujourd’hui, le Québec se marginalise, perd de son
influence relative dans le Canada, désespère de voir les emplois se délocaliser
ailleurs et a le plus grand mal pour attirer des immigrants investisseurs capables de
renforcer sa position. On peut rêver à ce que serait le prestige du français au Canada
si son centre économique était demeuré dans une ville francophone…au lieu de se
déplacer à Toronto. L’usage d’une langue se répand durablement seulement si le peuple y
trouve un intérêt économique, en bref si cette langue lui permet d’améliorer son
quotidien. Le français au Québec est presque devenu une croix ou en tout cas un facteur
d’isolement et de pauvreté pour les Québécois. La solution aurait été évidemment le
bilinguisme à la scandinave par exemple. Le français aurait alors pu être un
"plus" culturel pour les canadiens français ainsi qu’un facteur identitaire
d’unité et de solidarité entre eux au détriment des anglophones…si on veut être
mesquins. Aujourd’hui, certains au Québec voudraient voir la France adopter la même
attitude radicale vis-à- vis de l’anglais langue internationale. Il faut comprendre que
pour la majorité des français, l’anglo-américain n’est pas perçu négativement. Il
représente une ouverture sur le monde et dans une certaine mesure un dépoussiérage de
certaines vieilles habitudes. Dans le langage courant, il est fait usage d’expressions
anglaises parfois complètement dénaturées et incompréhensibles pour les anglophones
eux-mêmes, ce n’est donc plus de l’anglais sans encore être du français. Ce phénomène
a toujours existé et existera toujours, il est le propre des langues vivantes et n’est
pas en soi un problème si on arrive à codifier l’usage de ces nouveaux mots.
L’américain triomphant aime aussi faire usage de mots étrangers pour colorer son
langage, il en est de même pour les allemands, les japonais etc…A Tokyo on peut par
exemple demander un "café au lait" dans un bar et le commun "aligato"
qui veut dire "merci" est du portugais "abrigado". La problématique
psychodramatique québéco-québécoise autour de l’usage de l’anglais n’a pas
d’équivalent en France et je trouve ridicule dans ce site, qu’on s’offusque que des pages
internet de villes françaises, à l’intention des touristes étrangers, soient rédigées
en anglais. Il est évident que cette démarche commerciale doit se faire dans la langue
la plus comprise de l’ensemble des internautes étrangers. Le nationalisme linguistique
mène à ce genre de réflexion extrémiste stupide qui ne saurait aider la langue
française, bien au contraire. D’ailleurs les 60 millions de visiteurs étrangers annuels
en France se sont longtemps plaints de l’incapacité des indigènes français à leur
répondre en anglais. L’existence de l’anglais en France est certainement très
bénéfique pour notre tourisme et notre commerce et sans tomber dans le mercantilisme
primaire il ne faut pas perdre de vue que sans argent point de culture…

Eric Spangenberg
Bordeaux FRANCE

N’hésitez surtout pas à faire parvenir vos commentaires à l’adresse suivante : eric.spangenberg@voila.fr

(Le 2 juin 1999)