GROUPE AIR FRANCE

GROUPE AIR FRANCE
Air France cherche à imposer l’anglais à ses clients.

Groupe Air France,
Service de la clientèle régionale,
Direction générale,
B.P.54,
12, rue du Rhône,
67023 Strasbourg Cédex 1

Belfort, le 22 juin 2000

Objet : Vol AF 1156 PARIS Charles-de-Gaulle à
MULHOUSE-BâLE à 18h45 du 18 juin 2000

L’objet de cette lettre est de déposer une plainte officielle à
propos des directives que votre groupe a donné au personnel naviguant de l’appareil
qui a effectué le vol référencé ci-dessus.

Le vol AF 1156 du 18 juin 2000 a été effectué par un pilote suédois
assisté par du personnel également suédois qui était dans l’incapacité de
s’exprimer en français. C’est ainsi que les consignes de sécurité ont été
données en anglais uniquement, ainsi que toutes les annonces faites par le pilote. Durant
leur service, les hôtesses suédoises semblent avoir totalement ignoré le français. De
plus, aucune annonce ne fut faite en allemand alors que la moitié des voyageurs à
destination de Mulhouse-Bâle sont généralement allemands ou suisses germanophones.

De telles omissions ne relèvent évidemment pas de la simple négligence
mais trouvent certainement leurs origines dans les directives données par la compagnie
Air France au personnel naviguant qui, faut-il le rappeler, est censé assurer un
service public en territoire français
(l’aéroport de Mulhouse-Bâle est en
effet situé en territoire français tout près de la commune de St Louis). Les peuples
scandinaves, les Suédois en particulier, ont une attitude très pragmatique vis-à- vis
des langues et ils sont toujours disposés à apprendre celles dont ils ont réellement
besoin. Cela me porte à croire que, si le français et l’allemand ont été ignorés
sur le vol AF 1156, ce n’est certainement pas par choix délib éré du personnel
naviguant. Il s’agit certainement, au contraire, d’une des conséquence des
consignes données par la compagnie Air France au personnel naviguant suédois qui avait
été choisi pour assurer ce vol. En effet, il est impossible d’imaginer une hôtesse
suédoise, assurant un service sur une ligne intérieure française, qui ne soit pas
disposée à apprendre la phrase interrogative simple : " Que désirez-vous boire ?
" ou des mots et expressions tels que " Merci " ou " S’il vous
plaît ".

Il y a quelques temps, la direction technique d’Air France avait
cherché à imposer l’usage exclusif de l’anglais dans l’espace aérien de
Roissy. Cette décision avait entraîné un tel tollé chez vos pilotes français et dans
les milieux gouvernementaux de divers pays francophones que, peu de temps après, Air
France dû se rétracter. Il semblerait donc que, désormais, insatisfaits du fait que
vous n’ayez pu imposer l’usage de l’anglais à vos pilotes, vous cherchiez,
cette fois-ci, à l’imposer à vos clients.

Cela est d’autant plus inquiétant que cette pratique n’a fait,
en apparence, l’objet d’aucune protestation durant le vol. Dans les anciennes
colonies, en effet, personne ne protestait contre l’usage exclusif de la langue du
colonisateur dans des circonstances officielles. Dans le contexte colonial, le bilinguisme
était et est toujours nécessaire. Il est la condition de toute communication, de toute
culture et de tout progrès. L’outrance dans la soumission à l’anglais, que ce
soit à Air France ou chez votre clientèle, est révélatrice. A bord du vol AF 1156,
personne n’aurait toléré des annonces en chinois, en italien ou même uniquement en
allemand sans demander leur traduction en français. Faut-il rappeler que, dans le conflit
linguistique qui habite le colonisé, sa langue maternelle est perçue comme inférieure.
Ce mépris semble être devenu l’une des caractéristiques de votre compagnie, alors
que vous voulez, d’autre part, afficher des ambitions commerciales à l’échelle
mondiale, parfaitement incompatibles avec votre état d’esprit général sur le
fondement de votre propre identité et raison d ’être. Vous donnez un spectacle
affligeant aux autres francophones du monde en ridiculisant les efforts qu’ils ont
fait pour apprendre et maîtriser notre langue.

Je pense que, dans ces conditions, il est peu probable qu’Air France
puisse conserver la clientèle qui devrait pourtant être la cible privilégiée de ses
services.

<Formule de politesse délibérément omise>

Charles X. Durand, Professeur d’informatique,
Département de Génie informatique,
Université de technologie de Belfort-Montbéliard,
4, rue du Château,
Sévenans,
90010 BELFORT Cédex

M.él : Charles.Durand@utbm.fr