FÉDÉRALISME PRÉDATEUR

FéDéRALISME PRéDATEUR

« Je continuerai tant qu’il me restera un souffle de vie de combattre au nom de
tous les miens… » (Yves Michaud)

Je suis ici comme le troupier qui répond à l’appel aux armes. à
un moment de notre histoire où le fédéralisme canadien n’a jamais été à ce
point aussi impérial, totalitaire, prédateur, envahisseur, rageur, naufrageur, tricheur,
niveleur. Nous sommes à l’heure du fédéralisme extrême, dont la logique
interne commune à ce type d’organisation politique, est de nier les peuples et les
nations pour les fondre dans un tout unitaire, dépossédés des attributs de leur
souveraineté, dociles et soumis à la suprématie du pouvoir central.

Ne nous y trompons pas. C’est là le but ultime que les bruyants
ténors du fédéralisme outaouais poursuivent, en dignes héritiers de Lord Durham qui
voyait le salut des pauvres Canadiens-Français dans leur assimilation à la race
supérieure anglaise. Foin des états fédérés! Entendez-les éructer le mot PROVINCE,
appellation réductrice à des entités administratives sous la coupe réglée d’un
gouvernement supérieur, dominateur et sûr de lui. Ils n’auront de cesse que
lorsque nous aurons déposé les armes. Leur but ultime est l’occupation du
territoire québécois dans tous les champs de notre vie nationale. Regardez-les déployer
leur grossière et lourde infanterie sur les plages de débarquement de la santé, de
l’éducation, et imposer leurs normes dites « nationales» en violant leur
constitution de leur plus beau pays du monde… Sans compter leur mépris
ostentatoire du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, sans entrave et sans
tutelle, sans loi d’obscure clarté pour déposséder notre Assemblée nationale de
ses pouvoirs souverains.

Alors que le fédéralisme canadien tout le long de son histoire
n’a jamais été aussi envahissant et destructeur, aussi arrogant et frondeur, aussi
peu disposé à négocier dans l’honneur et la dignité, un statut honorable
au peuple québécois, des chants de sirènes s’élèvent pour nous inviter à ramper
sous une porte étroite et à supplier nos maîtres de nous accorder des miettes de
pouvoirs. Hier encore, un scribe fédéraliste nous invitait à jeter notre passé aux
orties pour mieux entrer dans l’avenir. « Lorsque le passé n’éclaire plus
l’avenir, l’esprit marche dans les ténèbres »,
écrivait Tocqueville. Et
que dire de ce lucide et prémonitoire constat de Léon Dion : « Depuis 1763, nous
n’avons plus d’Histoire, sinon celle, à réfraction, que nos conquérants
veulent bien nous laisser vivre, pour nous calmer. Cette tâche leur est d’autant
plus facile que nous sécrétons nos propres bourreaux.»
(1)

Pour tout vous dire, je sens monter la colère lorsque l’on me
repasse les plats réchauffés du fédéralisme renouvelé, de la société distincte, du
statut particulier, de la souveraineté à rabais, dont cinquante ans d’observation
de notre pré carré ont révélé l’insignifiance et l’inadéquation aux
valeurs de notre peuple et de notre société.

Dans l’histoire du monde, les troisièmes voies ont toujours
servies de fourrier à la victoire du plus puissant,
écrit Guillebeaud dans la
Refondation du monde. Une barricade n’a que deux côtés : celui d’un pouvoir
central qui se proclame et se veut le référent absolu de la sphère politique et
de l’autre côté un peuple qui aspire à posséder tous les outils de son
développement.

J’ai choisi ce dernier côté, et j’emploie à dessein le
beau mot de partisan souverainiste dont la niaiserie du discours politiquement
correct ne retient que l’acception négative. Dans mon pays les gens se taisent un
peu trop, font des rêves au creux de leurs lits douillets, et une partie d’entre eux
a préféré jusqu’ici le confort de la soumission au risque de la liberté. à ceux
et celles qui sont fatiguées d’entreprendre, qui sont tentés de disqualifier
l’espérance et de rendre les armes, d’accepter une reddition sans condition
devant un adversaire qui nous paraît grand parce que nous sommes à genoux, il faut dire,
redire et répéter, pour la suite du monde et l’honneur de nos gens qu’un
peuple n’entre jamais dans l’histoire à la dérobade par des portes de secours.

C’est pour éviter cela que je continuerai tant qu’il me
restera un souffle de vie de combattre au nom de tous les miens, de durer, de rester, de
tenir, de garder le cap quel que soit le brassage de l’écume des jours et la
volatilité des opinions. Afin que se réalise la promesse de mon ami Gaston Miron : celle
d’un peuple qui dira enfin oui à sa naissance.

Yves Michaud

(1) Cité par Doris Lussier dans Vérités et sourires
de la politique. éditions Stanké.

(20 février 2000)