EXPRIMER SA LOYAUTÉ ENVERS LA MONARCHIE !

EXPRIMER SA LOYAUTé ENVERS LA MONARCHIE !

LE « NOUVEAU » SERMENT DU TEST



Jean-Paul Perreault
Président
Impératif français

L’état coupe dans les services essentiels. Le gouvernement canadien réduit les
montants des transferts fédéraux aux provinces occasionnant ainsi des diminutions
importantes de la qualité des services de santé et sociaux et de la qualité de
l’éducation offertes aux citoyens.

Parallèlement, les institutions monarchiques continuent de coûter aux contribuables
canadiens plusieurs millions de dollars chaque année, sans rien leur rapporter. Il suffit
de penser aux dépenses faramineuses des visites de Sa Majesté la Reine
élizabeth II d’Angleterre
au Canada, aux dépenses somptuaires des bureaux du
gouverneur général et des lieutenants gouverneurs, aux légendaires frais de
représentation, aux cérémonies fastueuses et autres exigences dispendieuses du
protocole ainsi qu’aux autres extravagances « royales » de toutes sortes pour vite
comprendre la futilité du maintien d’institutions et de symboles depuis longtemps
désuets. Pourquoi, dès lors, choisit-on de les conserver ?

Le gouvernement canadien tiendrait absolument à conserver notre lien féodal à la
monarchie, comme du reste le sénat, afin d’avoir toujours sous la main un réservoir de
cadeaux et de prébendes à offrir à ses « fidèles » et « loyaux » amis et pour
pouvoir maintenir cette entrave aux libertés civiques entre toutes, le serment*
d’allégeance à la couronne.

Un communiqué diffusé récemment par le Cabinet de la ministre de la Citoyenneté et
de l’Immigration, Madame Lucienne Robillard, faisait état de l’intention du gouvernement
de « moderniser » le serment de « fidélité » et « d’allégeance » à Sa
Majesté la Reine élizabeth II…

Bien qu’il ait quelque peu changé dans son libellé depuis le début de la colonie
britannique, il poursuit toujours les mêmes objectifs :

1763 : SERMENT D’ALLéGEANCE à LA COURONNE BRITANNIQUE

Après la défaite de 1763, une proclamation royale rebaptise la Nouvelle-France « The
Province of Quebec » laquelle devient la quinzième colonie de l’Amérique du Nord
britannique. Londres exige que les Canadiens français prêtent le serment d’allégeance
à la couronne britannique et le serment du Test ( reniement du pape, de la
transsubstantiation et du culte de la Vierge ) pour être fonctionnaires de la colonie.
Les livres d’histoire rapportent que « pas un seul Canadien ne consentit à prêter ce
dernier serment ». Le serment de Ligence (allégeance) ou Fidélité se lisait
comme suit : « Je promets et jure sincèrement que je serai fidèle et garderai une
véritable ligence envers sa Majesté le Roi George. Ainsi que
Dieu me soit en aide. » Plusieurs années plus tard, le gouvernement canadien devient
l’héritier des pouvoirs coloniaux britanniques sur l’ensemble de son territoire.

1998 : SERMENT D’ALLéGEANCE à LA REINE D’ANGLETERRE
(DU CANADA ! )

Deux cent trente-cinq ans plus tard – Ottawa, par le biais de la Loi sur la
citoyenneté au Canada
« propose des modifications au serment (…) prononcé
lors des cérémonies officielles au cours desquelles les nouveaux citoyens se voient
remettre leur certificat de citoyenneté ». Madame Robillard déclare que «
conformément aux souhaits exprimés par la très grande majorité des Canadiennes et des
Canadiens », on prêtera désormais « allégeance au Canada, en plus de jurer fidélité
au chef de l’état canadien, Sa Majesté la Reine Elizabeth II » – la Reine d’Angleterre!

La ministre affirme avec un inénarrable aplomb que les
modifications au serment d’allégeance et de fidélité à Sa Majesté la Reine élizabeth
II découlent des « souhaits exprimés par la très grande majorité des
Canadiennes et des Canadiens ».
La très grande majorité ! Rien que cela ?

L’actuel serment d’allégeance se lit comme suit : « Je jure
fidélité et sincère allégeance à Sa Majesté la Reine Elizabeth Deux, Reine
du Canada, à ses héritiers et successeurs et je jure d’observer fidèlement les lois du
Canada et de remplir loyalement mes obligations de citoyen canadien »;
ou, dans sa
forme de «déclaration solennelle», comme suit : « J’affirme solennellement
que je serai fidèle et porterai sincère allégeance à Sa Majesté la Reine
Elizabeth Deux,
Reine du Canada, à ses héritiers et successeurs, que
j’observerai fidèlement les lois du Canada et que je remplirai loyalement mes obligations
de citoyen canadien. »




Le nouveau serment proposé : « Dorénavant, je promets fidélité
et allégeance au Canada et à Sa Majesté Elizabeth Deux, Reine du
Canada. Je m’engage à respecter les droits et libertés de notre pays, à défendre nos
valeurs démocratiques, à observer fidèlement nos lois et à remplir mes devoirs et
obligations de citoyen(ne) canadien(ne) ».

Vous aurez remarqué que le nouveau serment qui est proposé contient au moins deux
changements manifestes. Le premier : l’expression Sa Majesté la Reine
élizabeth II
, Reine du Canada
est remplacée par Sa Majesté
élizabeth II, Reine du Canada
. Blanc bonnet! Bonnet blanc ! Dans un cas
comme dans l’autre, le citoyen canadien prête allégeance à un souverain colonial – Sa
Majesté la Reine élizabeth II
– qui, dans une société moderne et pluraliste
comme le Canada à l’aube du troisième millénaire, est un symbole de réminiscence
coloniale suranné et dispendieux.**

Le second rend encore plus perplexe puisqu’il porte sur l’engagement « à défendre
nos valeurs démocratiques » ! De tout temps, la monarchie n’a-t-elle pas été perçue
comme l’antithèse exacte de la démocratie ? Connaît-on une seule monarchie qui ait
été « élue » démocratiquement ? Et pour cause ! La monarchie et ses
institutions au Canada feraient exception ? à quand donc remonte la dernière
« élection » de « notre » souveraine, le « chef de l’état canadien » ?

Enfin, faut-il le préciser? les nouveaux citoyens, ou plutôt les futurs loyaux sujets
canadiens de Sa Majesté la Reine, auront à « défendre » la
démocratie tout en demeurant assujettis à des institutions monarchistes, c’est-à-dire,
par définition, non démocratiques ? Tout un programme ! Ne chercherait-on pas tout
simplement à royalement et souverainement bourrer les loyaux vassaux de
Sa Majesté ?

Dans ce cas, les nouveaux citoyens n’auront pas le choix : pour s’acquitter du mandat
auquel ils se seront engagés, ils devront consacrer tous leurs efforts à « défendre
les valeurs démocratiques », notamment celles de la Déclaration universelle des
Droits de l’Homme
, et, pour ce faire, refuser de promouvoir les institutions non
démocratiques et les valeurs monarchistes et, par conséquent, le pays qui les impose…

* Serment : Engagement solennel (personnel ou réciproque) prononcé en public; la
formule qui l’exprime. Serment politique : promesse de fidélité à une
autorité. Promesse ou affirmation particulièrement ferme. Faire le
serment de
: s’engager à. (Le Petit Robert)

** à sa façon, le serment d’allégeance et de fidélité
à Sa Majesté la Reine ou le Roi d’Angleterre (Canada) exige un attachement et un
dévouement inconditionnels aux grandes valeurs anglo-saxonnes. Le dernier recensement
canadien permet d’en mesurer l’efficacité : la langue anglaise a enregistré au Canada
des gains encore inégalés de 2 222 401, soit l’équivalent du tiers de toute la
population francophone, à cause de l’assimilation des allophones !

Commentaires :

Imperatif@imperatif-francais.org

Le 12 décembre 1998