ESTRIE OU CANTONS-DE-L’EST / EASTERN TOWNSHIPS ?

ESTRIE ou Cantons-de-l’Est / Eastern Townships ?

Grâce à la "collaboration" de Tourisme Québec, le Guide touristique
officiel du gouvernement du Québec 1998/1999 fait disparaître l’"Estrie" et
ressuscite Les Cantons-de-l’Est / The Eastern Townships. Avec les années, cette
désignation aux relents coloniaux est devenue désuette chez la majorité des
francophones et, jusqu’à tout récemment, dans les publications ou les médias. Dans le
document cité et Imprimé au Canada (Québec), sic à la page 1, l’on nous vante le
patrimoine légué par les Loyalistes américains, tout en occultant les racines
francophones et catholiques de 94 % de la population de l’Estrie.

Tourisme Québec nous invite à visiter 35 sites patrimoniaux remarquables des
Cantons-de-l’Est / Eastern Townships (pages 14 et 15) et, en réalité, sur la très
grande majorité de ces sites, on retrouve des bâtiments reflétant la présence anglaise
et protestante en Estrie. à Sherbrooke, par exemple, l’on nous suggère de visiter la
Plymouth Trinity Church et non la Cathédrale Saint-Michel. Si vous raffolez des vieilles
églises anglaises, vous aurez le choix entre les St. Peter’s, St. George’s, St. James,
St. Mark’s, St. Paul’s, St. Luke’s, All Saints, Eaton Congregational et autres lieux
vibrant de la foi protestante. Tourisme Québec n’a reconnu aucune église catholique
parmi les bâtiments remarquables de notre région. Mais la champêtre Abbaye de
Saint-Benoît-du-Lac, bien que moins remarquable (?), est présentée en page 20 comme
valant le détour. C’est sans doute pour cela que le gouvernement du Québec, par son
ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, subventionne lui aussi
ce joli guide touristique pour colonisés. Ces derniers pourront s’engourdir un peu plus
avec le délicieux cidre de Saint-Benoît.

Poursuivant sur sa lancée aliénante, Tourisme Québec recommande aux visiteurs
d’aller admirer Bishop’s University et ignore l’existence de l’Université de Sherbrooke.

Le Mouvement estrien pour le français s’insurge contre la complaisance colonialiste
des auteurs du Guide touristique en question et contre le fait que le gouvernement
québécois ait souscrit honteusement à un tel biais ravalant la longue et importante
présence francophone et catholique en Estrie. Par ailleurs, conformément à ses
objectifs fondamentaux, le Mouvement estrien pour le français condamne et rejette la
NOUVELLE politique officielle du gouvernement du Québec se plaisant à désigner la
région de l’Estrie par Cantons-de-l’Est / Eastern Townships. Ce bilinguisme
institutionnel promu par le gouvernement actuel, cette émasculation du mot Estrie pour
désigner notre région sera combattue par tous les moyens à notre disposition. Nous
doutons que les Townshippers et leurs alliés locaux de service, écrasant les mots
Estrie, estrien, estrienne, votent en plus grand nombre pour le Parti québécois aux
prochaines élections.

Mettant de côté notre désillusion, nous prions instamment le premier ministre du
Québec, qui a prêté serment de défendre les institutions fondamentales du Québec,
dont le français, de rejeter tout bilinguisme institutionnel, de respecter l’esprit et la
lettre de la loi 101 d’origine, de presser toutes les instances ministérielles de son
gouvernement d’utiliser non pas un calque mais un terme français de qualité, fruit
del’évolution identitaire, pour nommer notre région. à partir des années 1950, sous
l’impulsion de gens de vision tels que les abbés O’Bready et Mercier, le mot Estrie
était parvenu à s’imposer graduellement pour désigner le territoire pseudo-colonisé
sous le nom d’Eastern Townships et plus tard Cantons-de-l’Est. Voilà qu’obéissant à des
forces réactionnaires et hostiles, le gouvernement actuel élimine le vocable Estrie et
réanime officiellement Eastern Townships. Les temps changent. Pour le pire, semble-t-il.

Monsieur le Premier ministre, plutôt que d’être systématiquement à l’écoute
d’Alliance Quebec, des Townshippers et des francophones de service qui tous travaillent
constamment contre votre gouvernement et la souveraineté, peut-être pourriez-vous être
un peu plus à l’écoute de tous ceux et toutes celles qui ont toujours travaillé pour la
Cause et qui sont susceptibles de le faire à nouveau dans la perspective d’un prochain
référendum sur la souveraineté du Québec. Ce sont vos alliés naturels.

"Sans le fait français, le Québec serait une province comme les
autres.”"(Maurice Champagne) L’oublier au nom d’une nébuleuse stratégie, c’est
faire fausse route, comme le prouve la perte de capital souverainiste depuis octobre 1995.
La tiédeur gouvernementale sinon l’hostilité face à ceux et celles qui aspirent à
rétablir le français comme seule langue officielle au Québec laisse perplexe. Il est
triste de constater que le gouvernement, faisant fi des conséquences – mortelles pour le
français – du bilinguisme institutionnel, semble beaucoup plus préoccupé aujourd’hui
par le sort de l’anglais (dont il approuve la prolifération au travail, à l’école, dans
l’affichage, etc.) que par celui du français.

Jacques Poisson, président