EST-CE LA FIN DES LIBRAIRIES INDÉPENDANTES AU QUÉBEC ?

EST-CE LA FIN DES LIBRAIRIES INDéPENDANTES AU QUéBEC ?

Louise Turgeon
Chroniqueure
Planète Québec

Voici ce que rapporte le journal LE LIBRAIRE, dans son édition
spéciale. "EST-CE LA FIN DES LIBRAIRIES INDéPENDANTES?

En avril 1998, un Sommet sur la lecture et le livre – le premier du
genre dans toute l’histoire du Québec – nous conduisait à une politique destinée à
redresser ce secteur. On apprenait: que les éditeurs publient beaucoup, mais que les
ventes, par contre, stagnent dangereusement; que les bibliothèques municipales et
scolaires souffrent d’un sous-financement chronique; qu’au cours des dernières années,
le réseau des librairies agréées s’est dramatiquement affaibli.

La majorité des pays industrialisés, il convient de le rappeler,
croient que la diversité de la production littéraire et l’accès à cette production
passent forcément par un réseau solide de distribution du livre.

La guerre des prix, menée depuis le début de la décennie par les
grandes surfaces (c’est rendu qu’on peut acheter ses livres à l’épicerie et à la
pharmacie, dans les dépanneurs et les magasins généraux…) puis par les
mégalibrairies sur les titres rentables – livres pratiques, best-sellers… -, a
cependant changé complètement les règles du jeu.

Résultat: depuis 4 ans, la marge bénéficiaire des librairies
indépendantes est en chute libre et plusieurs d’entre elles, jusqu’alors bien implantées
dans le milieu, ont fermé leurs portes. (ou ont dû fusionner ou ont été
rachetées…). (… Une librairie agréée doit avoir en tablettes de tous les genres de
lecture; de la poésie, des nouvelles, des romans plus pointus, des essais, de la
littérature philosophique, des grands maîtres du passé, en plus de tous les livres qui
sortent au fur et à mesure de leur parution. Avez-vous pensé à l’inventaire qu’elles
doivent tenir ? Essayez d’obtenir du François Mauriac, du Zola, un traité sur l’égypte
ou le dernier des pharaons, un livre de cuisine déjà paru il y a un an, dans une grande
surface….. Essayez de vous faire conseiller par une personne qui sait ce qu’elle dit
dans une grande surface ou essayez tout simplement d’avoir du service, de faire venir un
livre rare d’un éditeur…)

Pour l’instant, le consommateur se réjouit sans doute de pouvoir
trouver à bas prix les John Grisham, Patricia Cornwell, Arlette Cousture et autres…
Mais vous réjouirez-vous autant lorsque, après la disparition des librairies de fonds,
voire même les futurs best-sellers que vous lisez aussi seront introuvables? Derrière le
prix des livres se dessinent plusieurs enjeux.

Si la survie des librairies en est un, c’est peut-être aussi la
production des titres dits difficiles, à petits tirages, qui est en péril. Les éditeurs
et les auteurs sont donc également menacés." Et c’est un vrai cercle vicieux qui
s’installe ici…

Vous me direz, mais un livre c’est tellement cher…. COMBIEN D’HEURES
DE PLAISIR POUVEZ-VOUS PASSER AVEC UN BON LIVRE ? Aller au cinéma coûte 8,00$ pour 2
heures. Si vous y allez avec une autre personne 16,00$ viennent de s’envoler… Pour
25,00$ ou 30,00$ vous avez des heures de plaisir – vous pouvez prêter votre livre à
l’ami et aux membres de votre famille… Pourquoi ne pas vous regrouper pour acheter vos
livres… 4 personnes achètent chacune un livre à 30,00$ après une petite rencontre
autour d’un bon café…. on achète les 4 livres et on les fait tourner entre nous….

L’Internet a apporté une ouverture extraordinaire sur le monde, mais
il ne peut pas remplacer le bon vieux papier que l’on peut transporter avec nous dans
l’autobus, assis sur le banc de parc, au restaurant ou tout simplement bien installé dans
un bon divan moelleux…

(Le 28 juillet 1999)