ENSEIGNEMENT DE L’ANGLAIS DANS LES ÉCOLES PRIMAIRES DU QUÉBEC

Le 6 août 1998

Monsieur Lucien Bouchard
Premier ministre du Québec

Objet : ENSEIGNEMENT DE L’ANGLAIS DANS LES éCOLES PRIMAIRES DU QUéBEC

Monsieur le Premier ministre,

Nous envoyons présentement une lettre par courrier électronique qui informe la population du nouveau programme d’anglais, langue seconde dans les écoles primaires du Québec. Ce programme fait suite à la Commission des états généraux et fait partie de la réforme de l’éducation "Prendre le virage du succès ". Il est prévu que l’anglais, langue seconde, soit enseigné à partir de la troisième année du primaire dès septembre 1999.

Suite à notre lettre, nous avons reçu des commentaires de la part de plusieurs personnes. Ces personnes se sont montrées surprises et étonnées d’apprendre l’existence de ce programme et en général ne sont pas indifférentes. Presque toutes sont d’accord pour dire que leurs enfants ne savent pas assez bien écrire le français en troisième année pour apprendre une langue seconde. Nous parlons également des bains d’immersion qui ampute le français la moitié de l’année au profit de l’anglais.

L’Association québécoise des professeurs de français avait déjà souligné en 1994 le programme des bains d’immersion et de ses conséquences sur l’apprentissage du français. Sa présidente s’inquiétait des conséquences relativement à la diminution du temps d’apprentissage du français au profit de l’augmentation du temps d’apprentissage de l’anglais sur la qualité du français.

Une conférence de presse avait été convoquée le 27 novembre 1997 par la Société St-Jean Baptiste, Impératif français et le Mouvement estrien pour le français. Des demandes d’évaluation publique des différentes expériences d’enseignement intensif de l’anglais au primaire et l’instauration d’un moratoire sur l’enseignement de cette matière avaient été formulées.

Une lettre a été envoyée le 3 avril 1998 par Monsieur Jean-Paul Perreault, président d’Impératif français, à Madame Pauline Marois lui demandant quelles mesures son ministère entendait adopter pour contrer l’anglicisation des élèves du primaire. La réponse de Madame Marois, par l’entremise de Madame Margaret Rioux-Dolan, directrice de la Direction de la formation des jeunes ne faisait aucune mention du nouveau programme d’études et parlait vaguement, sans toutefois préciser, des exigences du Ministère relativement aux bains d’immersion. Le Ministère de l’éducation avait conclu en 1993 qu’il y avait effectivement des lacunes en français écrit tant au primaire qu’au secondaire. Suite à ces conclusions, un nouveau programme de français a été instauré d’application obligatoire depuis 1995 et qui met l’accent sur un enseignement systématique de la grammaire, revendications qu’avaient formulées bien des parents et que le Conseil avait repris à son compte dans son avis de 1987.

Le Conseil de la langue française a produit un rapport en janvier 1998 " Maîtriser la langue pour assurer son avenir " à la demande de Madame Louise Beaudoin, ministre responsable de l’application de la charte de la langue française. Le Conseil croit et nous citons : " qu’en matière de qualité de la langue un redressement s’impose. Il considère que l’état doit prendre les mesures nécessaires pour que toute personne puisse s’exprimer par écrit ou verbalement dans un français correct". Toujours selon le Conseil: "plusieurs estiment, non sans raison, que la diminution du temps consacré à l’enseignement du français est l’un des facteurs qui expliquent la piètre connaissance de la langue commune". Le rapport Inchauspé rendu public en juin 1997 propose d’augmenter le temps d’enseignement du français, ce que le Conseil approuve d’ailleurs.

Afin de mesurer la portée et l’impact du nouveau programme de français, afin d’assurer la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage du français, afin que les élèves de demain puissent s’exprimer clairement et dans un français correct, d’assurer la maîtrise et la survie du français, nous vous demandons, par la présente, de reporter le programme d’études de l’anglais, langue seconde, du primaire au secondaire. Nous croyons que vous serez sensible à notre demande, la promotion du français étant l’une des trois raisons d’être du Parti Québécois.

Pour que le français soit et demeure la langue officielle et commune du Québec et pour que soient préservées notre culture et notre identité, nous vous prions de nous faire connaître les mesures concrètes que vous entendez adopter pour contrer l’anglicisation de nos écoles primaires et de nos élèves québécois(es).

Recevez, Monsieur le Premier ministre et Président du Parti québécois, l’assurance de notre plus haute considération.

Hélène Jetté et
Richard Coulombe
jetcoul@citenet.net

c.c. :
Pauline Marois, ministre de l’éducation
Louise Beaudoin, ministre de la culture et des communications
Conseil de la langue française
Office de la langue française
Tous les députés et ministres
Impératif français
Société St-Jean Baptiste
Mouvement national des québécois
Partenaires pour la souveraineté
Intellectuels pour la souveraineté
Mouvement estrien pour le français
Association québécoise des professeurs de français
Association des internautes souverainistes

Références :

Site internet " Ensemble " http://www.imperatif-francais.org/

Articles : 

.. Pétition contre l’anglicisation des écoles québécoises du 27 juillet 1998
.. Anglicisation des élèves québécois du 30 juin 1998
.. Maîtriser la langue pour assurer son avenir du 29 avril 1998
.. L’amputation du français au primaire du 4 mars 1998
.. Les programmes d’immersion anglaise au niveau primaire (archives du 24 mars 1998
.. L’enseignement de l’anglais au primaire (archives du 18 février 1998)