EN ALLEMAGNE, AUSSI, ON SE PRÉOCCUPE DE LA LANGUE

EN ALLEMAGNE, AUSSI, ON SE PRéOCCUPE DE LA LANGUE
« Auf Wiedersehen, English ! »

J’ai pensé que des extraits d’un article intitulé « Auf Wiedersehen, English ! »
paru récemment dans le magazine Time (16/XI/98) pourraient vous intéresser. (Patrick
Andries) En voici quelques-uns [traduction rapide]:

«Il n’existe pas de mal plus grave pour une nation, écrivait le philosophe allemand
Emmanuel Kant voilà deux siècles, que de la priver de son caractère national, des
particularités de son esprit et de sa langue.» Un grand nombre des compatriotes de Kant
aujourd’hui sont d’accord avec cet aphorisme et ils prennent les armes contre un nombre
toujours plus grands de mots anglais qui se glissent dans leur langue. Ils voudraient que
l’on dise Kinder plutôt que kids, Spaß au lieu de fun, Unterhaltung à la place
d’entertainment. Parmi ceux qui luttent pour un «purisme» linguistique on trouve la
Société pour la protection de la langue allemande, basée à Dortmund, ou encore la
V.W.D.S (d’après ses initiales allemandes, Verein zur Wahrung der Deutschen Sprache).
Fondée il y a moins d’un an, la V.W.D.S regrouperait plus de 3.000 membres — de 11 à 93
ans — ce qui en fait la plus grande organisation de ce type au pays. «L’allemand se
dégrade de jour en jour pour devenir un sabir qui bientôt ne pourra plus être utilisé
comme langue culturelle autonome» de déclarer le président de la société Walter
Krämer (49 ans), un professeur de statistiques à l’Université de Dortmund. «Nous
luttons contre ce genre de langue de chimpanzé.»
[…] Les sociétés ou les personnalités publiques qui utilisent des slogans anglais ou de
noms de produits anglais s’exposent à recevoir chaque mois et une fois par an le «Prix
du dénatureur de la langue». Menacé de la sorte, Deutsche Telekom, qui envoyait encore
récemment ses factures téléphoniques avec les catégories tarifaires «CityCall»,
«RegioCall» ou «GermanCall», a baissé pavillon et a rapidement rajouté les
équivalents allemands[…]. C&A, une grande chaîne de pret-à-porter, cessera
d’appeler sa campagne de vêtements pour enfants «Back to School». à partir de 1999,
C&A utilisera des slogans entièrement en allemand à la place. «Nous voulons que nos
publicités mettent en valeur nos produits, pas qu’elles agressent», déclare l’attaché
de presse de C&A Thorsten Rolfes. Krämer crie victoire : «La part des termes anglais
dans les publicités placées dans les journaux ou les magazines a considérablement
diminué grâce à nos protestations.»

Mais les activistes comme le président du V.W.D.S ne sont pas les seuls à
s’inquiéter de l’importance grandissante du «Denglisch». Un récent sondage réalisé
à Mannheim pour l’Institut pour la langue allemande a révélé que plus de 25% de la
population adulte du pays est préoccupée par les changements apportées à leur langue.
Trente autres pour cent croient qu’au moins quelques développements linguistiques actuels
ont atteint des proportions critiques — plus particulièrement le déluge de mots
anglais. Parmi ceux que cette anglicisation de l’allemand exaspère se trouve Bengt
Bischof, 28 ans, un étudiant en physique à Darmstadt. «L’utilisation des anglicismes
est directement proportionnel à l’intention de camoufler la vacuité du message» de dire
Bischof.
[…] Quelles raisons sous-tendent la préférence de nombreux Allemands pour les anglicismes ?
[Ici le journaliste se fourvoie, un sondage lui a pourtant indiqué que ce ne serait pas
le cas. Se pourrait-il que cette préférence soit plutôt concentrée dans certains
milieux comme la publicité?] M. Krämer de la V.W.D.S. croit qu’il s’agit du «manque de
caractère et d’un complexe d’infériorité» qui caractérisent le comportement de
beaucoup de ses compatriotes pour «tout ce qui est allemand». Pour le professeur Krämer
et ses activistes de la lutte linguistique, l’ «imitation irraisonnée» de l’anglais est
une «pénitence publique» pour les crimes passés de l’Allemagne. Se débarrasser des
"contaminations inutiles — et non des additions valables" est un geste qui
procède d’un "plus grande dignité et d’un plus grand respect de soi".

P.-S. Ce texte a été publié dans plusieurs groupes de discussion.