DU PRIMAIRE À L’ÉLÉMENTAIRE

Du primaire à l’élémentaire

Lettre ouverte à M. Steven Ambler
«Professor in the Département des sciences économiques of the Université du Québec à Montréal (UQàM)»

Objet : http://www.mef.qc.ca/autre-site-unilingue-anglais-UQAM.htm
d’où je tire l’extrait suivant :

Monsieur,

Pourquoi se limiter à Ideas ? On devrait peut-être interdire à tout professeur vivant de l’argent des contribuables québécois de gaspiller des ressources à essayer de publier des articles dans des revues scientifiques internationales, dont la plupart sont de langue anglaise. ça serait un bon coup pour le rayonnement de la science québécoise!

Steve Ambler
CREFE, Université du Québec à Montréal
C.P. 8888 Succ. Centre-Ville
Montréal, Qc, CANADA H3C 3P8
URL: http://www.er.uqam.ca/nobel/r10735/
tel: (514) 987-3000 ext.8372 fax: 987-8494

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M. Ambler, vous êtes vraiment d’une mauvaise foi (ou d’un illogisme?) extraordinaire.

Respecter la langue officielle des Québécois, ainsi que celle de l’Institution au sein de laquelle vous travaillez, ne signifie nullement qu’il soit «interdit» de publier dans une autre langue. Et vous le savez fort bien. à moins bien sûr que vous soyez un parfait imbécile. Hypothèse, rassurez-vous, que je ne retiens pas en l’occasion. Pas pour l’instant, en tout cas (vous excuserez cette faiblesse mentale de ma part compte tenu qu’un esprit fort, vous en conviendrez, ne devrait au départ exclure aucune hypothèse).

Toutefois, j’espère pour vous et pour votre crédibilité intellectuelle que vos arguments et vos raisonnements "scientifiques" dans vos travaux de spécialisation démontrent un peu plus de rigueur et de cohérence. Car le "système déductif" que vous révélez dans votre commentaire se verrait octroyé un joli «zéro» dans la copie d’un jeune Québécois fréquentant l’une de nos écoles primaires.

être ouvert à d’autres langues et en maîtriser plusieurs constitue une richesse pour tout être humain. Or, à la faveur de cette «ouverture», nier et éradiquer illico la sienne propre et/ou celle de la collectivité (et de l’Institution) au sein de laquelle on travaille, ce n’est plus de l’ouverture. C’est ou bien de la bêtise, ou du mépris de soi (ou des dites collectivité et Institution) ou, ultimement, l’statementd’un rejet clair et formel (et donc agressif sinon "guerrier", témoignant d’une puissante «fermeture» en tous les cas) de la langue et de la culture de la communauté concernée (ici en l’occurrence la langue française et la culture québécoise).

Ainsi, fustigeant par circonlocution la présumée fermeture de votre interlocuteur, vous vous présentez en parangon de vertu et de tolérance …en foulant au pied quotidiennement la langue française. Vraiment, je ne vois pas quel type de savoir scientifique pourrait admettre et cautionner en son giron une logique à ce point bancale.

Autre détail. Mineur, mais puisque j’y suis. Lequel détail révèle à nouveau, s’il en est besoin (car c’est décidément beaucoup de mollesse pour un texte de quelques mots à peine), la complaisance et l’impéritie de votre propos. Vous écrivez: «[…] revues scientifiques internationales, dont la plupart sont de langue anglaise.» Il y a ici ce qu’on appelle une pétition de principe qui, sous le couvert d’un argument, ne fait que (auto-) justifier une idée déjà reçue. Sans examen. C’est comme si une idée devenait soudainement plus solide ou crédible parce qu’elle se voyait déclamée quelques décibels plus haut ou, si l’on préfère, parce qu’elle est vociférée par un individu aux puissants biceps. C’est comme affirmer "en anglais" sur inforoute (pardon! Internet) qu’il est préférable de s’exprimer en anglais parce que la Toile (Oups! le Web) est essentiellement… anglaise. Je laisse ma propre langue au vestiaire pour mieux "conclure" que ma langue n’existe pas (ou si peu) sur inforoute. Ou pour conclure que ma langue n’existe pas (ou si peu) dans les revues dites scientifiques…

Je me nie, donc je n’existe pas. CQFD.*
(Descartes s’en cognerait certes la tête contre les murs)

Je serai bref (?) sur ce point-là, M. Ambler. Si les francophones, ou Franciens comme j’aime à les dénommer (mais également les Espagnols, les Allemands, les Russes, les Arabes ou que sais-je encore), cessaient de se renier eux-mêmes et qu’ils persistaient à penser, à imaginer, à créer et à écrire dans leur propre langue, eh bien il ne serait plus possible de tenir des sophismes et des paralogismes comme ceux que, a contrario, vous déballez comme vérités allant de soi.

La langue anglaise, forte et généralisée à notre époque, il est vrai, l’est moins par elle-même que par l’abdication des autres langues. Ce n’est pas tant l’anglais qui est puissant que d’abord le pouvoir d’asservissement actuel de l’Humanité [le NOUS se déliquesçant dans le IL]. Si tous les Ambler, les Zimmermann (voir ceci: http://www.imperatif-francais.org/bienvenu/articles/2000-et-moins/english-uqam-too-and-two-.html) ­ mais aussi les Gauthier, les Tremblay, les Gouin bien sûr ­ avaient suffisamment de dignité pour s’exprimer sans détour dans leur propre idiome, la communauté des hommes en prendrait acte. Si tous les Ambler s’exprimaient en français, il n’y aurait plus de Ambler pour affirmer (implicitement ou explicitement, c’est le même) que le français est une langue pour ainsi dire "ringarde" sinon superflue, voire inutile.

Même sur le site d’une Université française…

Vous agissez vous-même de manière à confirmer a priori ­ sublime oxymore s’il en est ­ ce que vous prétendez par vos discours mêmes. Vous soumettez la logique du monde à votre propre comportement.

Je m’arrêterai là. Car compte tenu de la puissance d’argumentation et de compréhension que vous avez jusqu’ici témoignée, je crains qu’il soit inutile d’approfondir plus avant. Non! M. Steven Ambler, ce n’est pas de l’arrogance. Il s’agit d’un simple constat technique.

Mes salutations, "compatriote" de pays et d’académie.

Jean-Luc Gouin,
Citoyen québécois
Sec.ours@vif.com

* Ce que d’aucuns ne manquent pas de transformer, non moins "logiquement", en vertu éthique: «Je me nie, donc je suis "ouvert" (ou mondialiste)». En d’autres mots: «Je me tue au nom du Tu». Lequel TU se déclinera dès lors en un immense ON, IL ou çA diffus, brouillon, impersonnel, anarchique (qu’est-ce que le TU en effet en absence du JE, sinon le IL de tous et surtout de personne?) ­ et par là justifiable de tout et imputable de rien (car à lui-même sa propre Loi dans son implacable indifférenciation). Le fabuleux et terrible canular de la soi-disant Mondialisation réside dans la subreptice mais combien destructrice substitution du NOUS par ce IL. Or si le NOUS se nourrit ­ et s’appuie sur ­ des personnalités (nationales, culturelles et proprement individuelles), le IL reste un strict pouvoir de décision et de domination d’où l’AUTRE se voit totalement éliminé. Le NOUS est constitué d’hommes, le IL est une machine qui se légitime d’elle-même. On lui a d’ailleurs naguère déniché un nom (pendant la grossesse?): Big Brother. Incidemment une telle «logique d’ouverture», ne vous en déplaise M. Ambler, et il faut le dire bien haut, nous mène directement au Brave new World de Huxley ou au 1984 de Orwell (on remarquera, signe plus ou moins cryptique et prémonitoire?, qu’il s’agit ici de deux auteurs anglo-saxons…). à croire que nous projetons ­ nous, Humains de notre temps ­ liquider les conflits entre les hommes en liquidant l’homme lui-même (illustration locale: détruisons le «Nous québécois» pour éliminer le "conflit" Canada-Québec…). Reste qu’il me semble fort clair que la Tyrannie du IL s’alimente et se fortifie chaque jour un peu plus dans la démission et l’autonégation des MOI. Mais je m’égare (et vous aussi très certainement, cher ami. Cent et un pardons!).

Nota : Le présent commentaire recoupe des propos tenus en d’autres temps sur le beau site de VIGILE (http://www.vigile.net/index.html). On consultera par exemple, si désiré: Les Bilinguistes (http://www.vigile.net/pol/101jlg/bilinguisme.html) et/ou Lettre à une Helvète (http://www.vigile.net/idees/polgouinhelvete.html).

(Le 10 septembre 2000)