DICTIONNAIRES DES IDÉES REÇUES

DICTIONNAIRES DES IDéES REçUES

Sur le modèle du "dictionnaire des idées reçues" de
Flaubert, Marc Bonnaud nous en sert de bonnes: c’est bien écrit et assez pertinent. URL :
http://persoweb.francenet.fr/~mbonnaud/dicopens.html

Florilège:

ANGLICISMES : se retrouvent généralement dans la bouche et sous la
plume de gens ne maîtrisant ni l’anglais ni le français ; la classe sociale qui les
soutient est de plus en plus basse avec le temps: principalement présents dans les
milieux économiquement favorisés – Conseil constitutionnel, chefs d’entreprises,… –
pour les sexagénaires et au-delà, on les retrouve chez les cadres moyens quadragénaires
; pour les moins de trente ans, il n’y a plus guère que les journalistes – audiovisuels,
économiques, de l’informatique ou sportifs – et les publicitaires pour les défendre.

BAUDRY (Patrick) : spationaute en retraite officiel de la télévision
française ; a passé quelques jours dans une navette spatiale américaine ; depuis,
commence toutes ses phrases par « en général, quand je suis dans l’espace … ».

COLBERTISME : de Colbert, ministre de Louis XIV ; conception de
l’organisation politique et économique qui met l’économie au service des intérêts de
l’état ; a assuré un siècle et demi de prépondérance économique et politique à la
France, puis son redressement dans les années 60. Il convient donc de le dénoncer de la
façon la plus nette (voir Jacobinisme).

EDUCATION : depuis que cet anglicisme a remplacé l’instruction
publique, les gamins ne sont plus instruits et continuent à singulièrement manquer
d’éducation.

FEMMES : on ne peut pas comprendre pourquoi, dans un pays comme la
France où, plus que nulle part ailleurs, elles ont toujours fait preuve d’un charme et
d’une vivacité intellectuelle sans pareils, elles sont si peu présentes dans les allées
du pouvoir en comparaison des autres pays si l’on néglige de se remémorer les
événements catastrophiques suivants :

1160 : Aliénor d’Aquitaine répudiée par Louis VII épouse Henri
Plantagenêt, donnant naissance à la « première guerre de Cent ans »,
1420 : Isabeau de Bavière signe le Traité de Troyes vendant le pays à l’Anglois Henry
V,
1559-1589 : Catherine de Médicis gouverne à la place de ses fils et nous vaut trente
années de guerres de religion et la Saint-Barthélémy,
1610-1624 : Marie de Médicis gouverne avec Concini,
1643-1653 : Anne d’Autriche et la Fronde,
1685 : la veuve Scarron, par son influence sur Louis XIV, lui fait révoquer l’édit de
Nantes,
1756-1763 : sous le « gouvernement de la Pompadour » la guerre de Sept Ans nous fait
perdre l’Inde et la Canada,
1806 : pour faire plaisir à Joséphine Tascher de la Pagerie, planteuse, Napoléon
rétablit aux Antilles l’esclavage aboli en 1794,
1992 : édith Cresson étant premier ministre et élisabeth Guigou ministre des Affaires
européennes, le Traité de Maastricht est ratifié le 7 février.

IMMIGRATION : le raciste moyen d’extrême-droite s’inquiète parce
qu’un habitant modeste d’un immeuble immonde construit par un architecte criminel pose une
antenne parabolique sur son balcon pour recevoir quelques images de son pays natal ;
personne ne s’inquiète en revanche de voir qu’un Anglophone peut passer plusieurs mois,
voire plus, à Paris sans prendre la peine d’apprendre notre langue. L’ « épicier du
coin » est mille fois plus « intégré » que le diplomate aborigénocide en poste à
l’OCDE ou à l’Unesco qui ne juge pas utile de parler la langue des indigènes. Mais on ne
lutte que très difficilement contre une tradition séculaire de morgue et de mépris («
the wogs begin at Calais », « speak white ! », etc.) (voir Liberté)

MILLER (Gérard) : psychanalyste officiel de la télévision
française.

MINC (Alain) : ce chaud partisan de la langue anglaise se trouve
parfois soudain muet lorsque la journaliste québécoise Denise Bombardier lui pose à
brûle-pourpoint une question dans un anglais parfait ; a soutenu sur LCI que le chômage
allemand était à 6% le jour déjà lointain de décembre 1995 où celui-ci dépassait
les 8,5% ; a dit d’autres énormités du même ordre, ce qui n’a pas plu à M. de
Benedetti qui l’a renvoyé à ses livres de gare ; fait pousser des pruneaux ; n’a pas
fait l’X et s’est rabattu sur l’inspection des finances.

MISE EN EXAMEN : doux euphémisme inventé pour effacer le caractère
infâmant de l’ « inculpation » ; le Tout-Paris – anciens ministres, députés, chefs
d’entreprises – qui se retrouve à la prison de la Santé a apprécié cette touchante
marque d’attention.

MOULINEX : depuis le départ de Jean Mantelet, cette société a
entrepris de se moderniser en rebaptisant tous ses produits de noms anglais : fer à
repasser "ultimate", robot ménager "genius", four à micro-ondes
"optiquick", etc. Apparemment, les étrangers n’ont pas été séduits. En
revanche, les consommateurs français n’ont plus fait la différence avec les produits
coréens et ont acheté ce qu’il y avait de moins cher. Aujourd’hui, ils licencient. Ils
n’ont vraiment pas le sens de l’essentiel.

NOIRES (boîtes) : toujours rappeler qu’elles sont en réalité orange.
C’est là l’essentiel.

NOSTRADAMUS : plus prudent que l’Insee, Bercy ou l’OCDE, il ne s’est
pas hasardé à faire des prévisions chiffrées ; et voilà pourquoi on le lit encore
après quatre siècles.

REEVES (Hubert) : astronome officiel de la télévision française ; a
réussi une synthèse très télégénique entre l’apparence physique de Léonard de Vinci
et la voix d’Albert Simon.

VERSION ORIGINALE : on la réservera aux armées impérialistes ; dire
l’U.S. Army, la Royal Navy, la Wehrmacht, mais dire : l’armée tchèque.

VIA DOLOROSA : J.C. y a beaucoup souffert. Jacques Chirac bien sûr,
malmené par les centurions hébreux.

VIEUX : dire seniors ; dans le catalogue de la Redoute ou dans les
publicités des croque-morts de l’assurance, ils ont des cheveux blancs en brushing, une
chemise à larges rayures, de larges bretelles et un noeud papillon ; bref, le père de
Gatsby a remplacé l’honorable vieillard de l’accordée de village de Greuze. La
décrépitude n’est pas mercatiquement correcte. On ne l’exhibe qu’avec d’infinies
précautions lors de records de longévité.

VINCENT (David) : il sait que les envahisseurs sont là et que le
cauchemar a déjà commencé. On les reconnaissait jusqu’à une époque récente à leurs
phares blancs. On les reconnaît toujours à leur très fort accent : « Jeye perdiou mon
berrhaye don l’otobious » ou « Ché berdü mhone pérai dhanne l’ottobüsse » (source :
Pilote, 9 novembre 1972).

ZONE : qu’elle soit franche, d’éducation prioritaire, d’aménagement
concerté, d’urbanisme prioritaire ou d’activités, elle a remplacé la commune, le canton
et l’arrondissement. Dans le cas de la zone mark, il s’agit en revanche du nouveau nom du
Saint Empire. En mieux.

Texte remis par :

Pierre Gay – PGay@wanadoo.fr
Paris, France
http://pro.wanadoo.fr/pierre.gay/
http://perso.wanadoo.fr/pierre.gay/

(Le 25 mai 1999)