DES BÉBÉS POUR SAUVER LES RETRAITÉS

DES BéBéS POUR SAUVER LES RETRAITéS

Je me permets de transcrire de grands extraits d’un article paru dans le numéro du 25
janvier de Marianne (Paris).

Nous avions parlé, il y a quelque temps, du nombre comme facteur important pour la
survie du fait français en Amérique du Nord et de la nécessité de se pencher sur notre
démographie catastrophique. Voici donc une perspective européenne de plus à porter au
dossier. Il est bon de garder à l’esprit la diminution draconienne des allocations
familiales au Québec et la mise en place d’une seule mesure : les garderies à bon
marché qui ne satisfont pas les besoins de toutes les familles et plus particulièrement
celles de la classe moyenne (dépourvues d’allocations) et dont un des parents reste à la
maison pour éduquer les enfants en bas âge ou travaille en dehors des heures d’ouverture
de ces garderies. Rappelons également que cette mesure tend à forcer les femmes à
retourner sur le marché du travail pendant les années où elles peuvent et veulent des
enfants (cf. infra), or on sait que le travail des femmes est une des raisons principales
invoquées par celles-ci dans la prorogation de leur(s) maternité(s).

Patrick Andries
pandries@cafi.org

Des bébés pour sauver les retraités

C’est la conjonction du mamy-boum et du baby-krach qui va provoquer la faillite de
notre système de retraite. La seule réponse est d’ordre démographique.

Par Michel Godet
Professeur au Conservatoire national des arts et métiers (France)

La faillite du système de retraites par répartition est annoncée. Aujourd’hui, une
part de 12,5% du produit national brut (PIB) lui est consacrée. En raison de l’arrivée
à l’âge de la retraite des bébé-boumeurs et de l’espérance de vie, cette part
atteindra 20% en 2010. Il y aura alors presque un retraité pour deux actifs, contre un
sur trois aujourd’hui. Vers 2040, la proportion pourrait être proche de un pour un !

Dans un système de répartition, les actifs d’aujourd’hui paient pour les retraités
d’aujourd’hui. Les cotisations retraites ne sont pas placées; elles sont dépensées pour
rembourser la dette d’éducation que l’on doit aux générations précédentes.

Tout allait bien jusqu’ici : le nombre des actifs augmentait, alors que les départs à
la retraite concernaient des classes creuses. Le renversement de la pyramide des âges
commencera à partir de 2005. C’est cette conjonction du mamy-boum et du bébé-krach qui
pose problème. La cause de la faillite du système des retraites par répartition est
essentiellement démographique. Or aucune des solutions avancées n’est de même nature.

Pourtant dans une société responsable de son avenir, il est injuste de récompenser
les couples DINKS (revenu double sans enfant). Non seulement ces derniers ne supportent
pas les charges de l’éducation des jeunes enfants, mais ils peuvent travailler à deux,
à plein temps, et prétendre ainsi obtenir pour leurs retraites des droits de tirage plus
élevés sur les cotisations des enfants des autres.

Dans cette société vieillissante marqué par le bébé-krach, les jeunes,
minoritaires, seront de moins en moins nombreux à devoir payer toujours plus, pour
recevoir moins ! La guerre des âges est annoncée comment l’éviter ?

[…]

Le relèvement de l’âge de la retraite s’imposera aussi pour des motifs d’intégration
: à 60 ans, une femme a vingt-cinq ans d’espérance de vie et un homme dix-neuf ans.

La capitalisation [comme nos RéER] est une autre solution avancée. C’est ainsi que
l’on justifie la création des fonds de pension, de l’épargne salariale ou de fonds de
réserve. Remarquons que la capitalisation est une ruse pour augmenter les prélèvements
obligatoires sous la forme d’un impôt déguisé, puisque volontaire. En outre, elle
présente des risques inégalitaires : les riches sont les mieux placés pour faire des
placements. Enfin, la capitalisation est une illusion. Elle est une détention d’actifs
qui donne des droits de tirages sur la production des générations futures. En raison du
vieillissement des pays riches, il y aura dans vingt ans beaucoup plus de vendeurs que
d’acheteurs; et les cours de Bourse pourraient s’effondrer comme ceux de l’immobilier.

La capitalisation ne résout donc rien. Les solutions ne peuvent être que de nature
démographique, par relance de la natalité et ouverture des frontières. Les deux
solutions ne sont pas alternatives, mais complémentaires : il faudra un maximum d’enfants
«nés au pays» pour permettre l’intégration dans les écoles [et linguistique ici]. Que
peuvent les politiques ? Permettre aux femmes qui le souhaitent de combler leur désir
d’enfant : en moyenne une Française sur deux aimerait avoir un enfant de plus ! Mais on
ne relancera pas la politique familiale sans se heurter aux intérêts des «panthères
grises», de plus en plus majoritaires. Verra-t-on les retraités s’opposer aux bébés ?
Ou finira-t-on par comprendre que les bébés d’aujourd’hui feront aussi les retraités de
demain ? Les politiques de l’autruche n’auront d’autre issue que de finir par verser aussi
les retraites sous conditions de ressources !

Mariane (Paris)

25 janvier 1999