DÉFENSE DE LA LANGUE FRANÇAISE

DéFENSE DE LA LANGUE FRANçAISE

Jean-Paul Perreault
Président
Impératif français

Baisse du nombre de plaintes déposées à la Commission de
protection de la langue française
(CPLF)…
La CPLF l’admet dans son
dernier rapport annuel : c’est par centaines que des «dossiers ont été fermés
pour impossibilité d’action…
»

Du 1er avril 1998 au 31 mars 1999, la CPLF a reçu 3689
plaintes déposées par 927 requérants par rapport à 4474 l’année précédente,
une baisse de 785 plaintes ou de 21,3 % en un an seulement.

Pourquoi y a-t-il si peu de plaintes ? Si peu de requérants ? à quoi
peut-on attribuer la baisse du nombre total de plaintes ? La situation de la langue
française serait-elle meilleure ?

Faut-il conclure que, dans le cadre du libre-échange nord-américain,
il y a de moins en moins de produits dont l’emballage et l’étiquetage sont
unilingues anglais ? De modes d’emploi disponibles uniquement en anglais ?

Que les raisons sociales des établissements commerciaux sont
maintenant en français ? Que l’affichage public et commercial respecte la « nette
prédominance » ?

Que, dans un monde où les technologies de l’information prennent
de plus en plus d’importance, il n’y a plus de logiciels, ludiciels, sites
Internet et messages publicitaires diffusés par courriel qui sont en anglais seulement ?

Poser les questions, c’est y répondre ! La réalité est tout
autre. C’est bien le contraire, il y a de plus en plus de cas de non-respect de la
langue française ou pour le moins autant… mais de moins en moins de plaintes et de
plaignants ! Pourquoi ?

Comment alors expliquer le peu de requérants et la baisse du nombre de
plaintes ? Examinons quelques-unes de ces raisons :

1) Dans certains cas, la législation est elle-même inopérante. Par
exemple, la loi autorise l’utilisation de marques de commerce unilingues anglaises
comme raison sociale. Le paysage linguistique du Québec est ainsi rempli de Burger King,
Canadian Tire, etc. Et le citoyen qui porte plainte se verra répondre que ce genre
d’affichage unilingue anglais est légal et acceptable aux yeux de la Charte de la «
langue française » ! Le rapport annuel 1998-1999 nous apprend que plusieurs centaines de
« 2391 dossiers ont été fermés pour impossibilité d’action»
!

2) « Impossibilité d’action » : les requérants se lassent
puisque la loi dans sa forme actuelle ne leur permet pas de faire respecter leurs droits. Ce
que les citoyens jugent inacceptable est parfois considéré parfaitement légal par la
Charte !

3) L’ambiguïté et le manque de fermeté du discours politique
n’encouragent pas le citoyen à faire respecter ses droits linguistiques. Le Premier
ministre du Québec aurait avantage à être plus clair à cet égard…

4) Trop de citoyens ignorent leurs droits et leurs recours ou ne se
sentent pas appuyés dans leur démarche. L’OLF et la CPLF n’informent pas assez
la population sur les dispositions de la Charte de la langue française et sur les
procédures de plaintes. L’accessibilité au du formulaire de plaintes aurait aussi
avantage à être davantage élargie.

5) La culpabilisation des citoyens qui portent plainte. Certains
médias vont jusqu’à les faire passer pour une « poignée d’intolérants »
plutôt que comme des gens responsables qui cherchent tout simplement à se faire
respecter, à faire respecter la loi et à défendre la langue française.

6) Le suivi sous forme de lettres de la CPLF qui informe le requérant
que l’objet de sa plainte a été corrigé alors que, dans certains cas, la situation
est demeurée inchangée. Lorsque la CPLF dans son rapport annuel affirme que 1938 des
plaintes ont mené à la correction de la contravention, il y a lieu de se demander
combien de ce nombre l’ont vraiment été…

Non ! La baisse du nombre de plaintes ne signifie pas pour autant que
la situation s’est améliorée. Elle indique plutôt que la loi est trop souvent
incomplète et inopérante, que le discours politique est mou, que les requérants perdent
confiance en la démarche et en ceux qui sont censés veiller à y donner suite, que
l’on n’informe pas suffisamment le citoyen de ses droits linguistiques et de ses
recours, etc.

Le gouvernement du Québec est l’ultime responsable du peu de
requérants et de la baisse du nombre de plaintes. S’il désire vraiment défendre la
langue française, il n’a qu’à tenir le discours en conséquence et à adopter
les mesures qui s’imposent.

Dans son rapport annuel 1998-1999, la Commission de protection de la
langue française
le dit clairement : c’est par centaines que des « dossiers
ont été fermés pour impossibilité d’action
» !

P.-S. à la lecture de ce qui précède, il ne faudrait surtout pas
croire qu’Impératif français fait sien le discours de démobilisation autour de la
nécessité de défendre la langue française et de déposer des plaintes à la CPLF.
C’est plutôt le contraire. Il faut que les citoyens lésés de leurs droits
linguistiques agissent et déposent, entre autres, plus de plaintes à la CPLF, mais
parallèlement il faut que le gouvernement dissipe les ambiguïtés de la loi et précise
son discours.

Le rapport annuel 1998-1999 de la CPLF est accessible à l’adresse
Internet suivante :http://www.cplf.gouv.qc.ca/rapports/rapport9899/rapport_98-99b.html