DE L’OFFICE (OLF) AU CONSEIL DE LA LANGUE FRANÇAISE (CLF) DU QUÉBEC.

De l’Office (OLF) au Conseil de la Langue française (CLF) du Québec.
Et retour…

(Entre autres) objet(s) : «Le Grand Dictionnaire terminologique» (http://www.granddictionnaire.com/)

Bravo ! C’est un travail extraordinaire.

Toutefois…

Je trouve carrément invraisemblable que vous entériniez des vocables comme Web ou URL. Exemple, tout au bas de l’aire ici indiquée: «URL du site : www.olf.gouv.qc.ca». Comme si… on ne pouvait pas officiellement et formellement retenir un solide équivalent… français. «URL» est encore moins recevable, et doublement, par le fait qu’il s’agit d’abord d’un «non-mot» (pas même un acronyme! Que dis-je: pas même un phonème!!), et que d’autre part il s’agit d’un diminutif (d’un réductif???) de la locution anglaise (Universal Resource Locator). C’est comme si on se mettait tout à la fois, comme francophone, un pied dans la bouche et l’autre dans le plat… ça atteint à l’invraisemblable. N’trouvez pas…?

De grâce, laissons pareilles manières aux Européo-Français; chez qui actuellement le «bon goût» consiste à renier avec empressement et leur langue et leur culture propres (voir notamment, parmi cent et une illustrations: http://www.vigile.net/00-1/jlg-retour.html)

Incidemment, à mon sens, la situation n’est pas sans analogie avec le "jugement" rendu aujourd’hui même (le 21 sept. ’00) par le Conseil de la Langue française (CLF), lequel absout les raisons sociales anglaises en Québec (de Pizza Hut à Sobey’s, par les innombrables et arrogantes Future Shop, Home Dépôt, Harvey’s et autres Second Cup ). La confusion entretenue ici et en l’occasion entre raisons sociales et marques de commerce est digne d’un sophisme pour interlocuteurs attardés. C’est indigne d’un organisme intellectuellement crédible que de soumettre pareils arguments.

D’ailleurs, il y eut naguère l’article 63 dans la Charte de la Langue française, lequel exigeait d’emblée la francisation des noms d’entreprise en territoire québécois. Ce qui se fit dès la fin des années soixante-dix (La Générale électrique ­ c’était joli, non???). Sans traumatismes… Juqu’en 1988, alors que le gouvernement libéral de l’époque, M. Claude Ryan en tête, décida, parmi moult autres, d’éradiquer ledit article. Résultat? Derechef, réenglishement du seul territoire français d’Amérique…

On ouvre le poste radio: c’est systématiquement anglais comme choix musical. On se balade dans les rues du Québec, et aussitôt qu’on lève les yeux ce sont essentiellement, et de plus en plus, des raisons sociales anglaises qui nous rappellent que nous ne sommes pas «chez nous» dans notre propre maison. On entre dans les établissements commerciaux (quoiqu’il ne soit pas interdit d’être critique et de procéder soi-même, chacun de nous, à des choix de citoyen-consommateur éclairé…), et la plupart du temps c’est encore avec de la musique anglo-étatsunienne qu’on nous agresse (et ô combien commerciale par surcroît: à croire que le client-type "québécois" est un préadolescent de Denver ou de Milwaukee). Mais que veut donc le Conseil de la Langue française du Québec: la mort de notre langue par courtoisie et ouverture à l’égard de l’«Autre»??? Pardonnez-nous d’exister, Canadians! Don’t be afraid: Because nous nous faisons un point d’honneur de libérer les lieux dans les plus brefs délais. Dans une génération ou deux, si tout se passe bien…

Bref (oublions le CLF pour l’heure), j’apprécie grandement, j’admire même, le travail de l’Office de la Protection de la Langue française (dont la francophonie mondiale, européenne en particulier, aurait grand avantage à s’inspirer). Aussi suis-je a contrario consterné par ces choix ponctuels (Web, URL; quelques autres exemples pourraient être retenus) qui "trahissent" littéralement l’esprit de votre ­ de notre ­ organisme.

à tout hasard, je vous signale m’être déjà exprimé sur cette dimension spécifique de la langue utilisée dans l’univers cybernéen (ou… réticulé). Entre autres, permettez que je renvoie bien modestement à quelques mots hélas! pourtant déjà ‘anciens’: http://www.vigile.net/furet/TLgouinsons.html, http://www.vigile.net/pol/101jlg/nonpropre.html ou http://www.vigile.net/pol/101jlg/etasunien.html . Sinon, plus largement, http://www.vigile.net/pol/101jlg/delangagement.html ou http://www.vigile.net/pol/101jlg/delanguissement.html.

Salutations,

Jean-Luc Gouin
Citoyen québécois
Sec.ours@vif.com

(Le 21 septembre 2000)