DE LA FAIM À LA FIN DE SOI. LE FRANÇAIS COMME LANGUE HONTEUSE

Refusé de publication par Mme Linda Scales, rédactrice en chef de
«Tabaret». Les idées et les débats d’ordre linguistique, vraisemblablement,
ne peuvent plus avoir cours au sein de la communauté universitaire
outaouaise elle-même. L’unilinguisme anglais de madame (sauf quelques mots
de français: ‘Bonjour’, ‘Merci’…) y serait-il pour quelque chose? Allez
savoir…

De la faim à la fin de Soi.
Le français comme langue honteuse

On est locataire
D’un sous-sol ou d’un balcon
Mais le loyer coûte trop cher
On va s’bâtir une maison.

Georges Dor, Pays et paysages

à titre d »ancien’ de l’Université d’Ottawa – y ayant acquis mes premiers diplômes
avant de poursuivre et compléter mes études à l’Université Laval de Québec -, je
reçois périodiquement le magazine bilingue: «Tabaret». Cette revue trimestrielle nous
informe de la vie universitaire sud-outaouaise. On a en outre, dans la fort bien garnie
rubrique "Personalia", l’occasion de prendre des nouvelles de nos collègues
d’autrefois et désormais, forcément, disséminés aux quatre coins (et ce eu égard au
travail, à une promotion, un mariage ou une naissance, une publication, etc.).

Or je fus toujours étonné, pour dire le moins, et ce depuis maintenant de nombreuses
années, de constater combien il est fréquent de lire des informations en anglais sous la
plume de francophones rédigeant un mot sur leur propre compte; alors que la situation
inverse (une note française de la main d’un anglophone) ne se produit jamais ou sinon de
manière exceptionnelle, à telle enseigne que j’avoue ne pas me souvenir d’un seul cas.
Ce n’est jamais sans un pincement au coeur que j’assiste, impuissant, à pareil
comportement.

Signe des temps où le Canadian Bilingualism se révèle surtout être celui des
francophones, des Québécois en particulier..? Reste que le phénomène devient de moins
en moins isolé. à lire la dernière livraison, celle de la saison qui débute en cet
aujourd’hui du 21 décembre, il faut bien se rendre à l’évidence que pour un nombre
croissant de francophones – du Québec, du Roc ou d’ailleurs, et instruits en principe
d’une conscience culturelle honorable… -, la langue maternelle semble être appelée
avec fort peu de conviction à se traduire et se perpétuer en langue filiale.

Face à un pareil déni de soi, dans son être identitaire le plus constitutif (renier
sa langue maternelle, n’est-ce pas au fond renier sa propre mère?), mon sentiment ne
s’apparente plus à un pincement au coeur.

Il se nomme désormais colère et indignation.

cc: Aluminfo@UOttawa.ca (Adrélec du Bureau des
Anciens, responsable de «Tabaret»)

Jean-Luc Gouin
Ce solstice hiver 1998