COLONISATION MENTALE DES FRANÇAIS ?

COLONISATION MENTALE DES FRANçAIS ?

à la fin du mois de septembre, M. Lionel Jospin, notre Premier ministre, se rendait en
visite officielle en Chine ; vous étonnerai-je si je vous dis que l’anglais fut du voyage
? Face aux dirigeants, décideurs et intellectuels chinois et face à la communauté
internationale, force a été de constater que le chef du gouvernement français confirma,
en parlant anglais à qui voulait l’entendre, la déroute du français en tant que langue
diplomatique.

Cette capitulation en terre chinoise est d’autant plus triste qu’en novembre 1997 à
Hanoï, au Viêt Nam, les 50 chefs d’état et de gouvernement des pays ayant le français
en partage avaient adopté un plan d’action qui disait, entre autres choses, qu’il fallait
à tout prix conserver au français sa place de langue diplomatique et de relations
internationales. Pour ce faire, les partenaires de l’Ensemble francophone s’étaient tous
mis d’accord pour montrer partout le bon exemple en utilisant le français.

Moins d’un an après l’adoption de ces bonnes résolutions, M. Jospin nous montre donc,
en parlant anglais à l’étranger, qu’il ne respecte pas les engagements que la France a
pris avec ses partenaires; M. Jospin est en faute.

Est-ce que M. Chirac a fait quelque chose pour le rappeler à l’ordre, alors que, de
par ses fonctions, le Président de la République est le garant de la parole de la France
dans les accords et dans les décisions qu’elle prend ? Non, il n’a rien dit à son
Premier ministre. M. Chirac est donc fautif lui aussi.

Qu’en est-il du Secrétaire général de la Francophonie, M. Boutros Boutros Ghali ?
A-t-il protesté publiquement, a-t-il remis sa démission suite à cet affront ? Non,
rassurez-vous, M. Ghali est toujours à son poste. Ce monsieur aurait eu pourtant là une
excellente occasion de taper sur la table et de faire voir ainsi au monde entier que la
francophonie existe et que les francophones en ont assez qu’on leur marche sur la langue.
à se demander si M. Ghali ne serait pas trop diplomate pour cette tâche.

En fait, à trop vouloir caresser dans le sens du poil, n’est-il pas en train
d’endormir la cause qu’il est censé défendre ?

Forcément, comme aucun reproche n’a été adressé à M. Jospin sur son anglomanie, au
début du mois d’octobre, il récidive en accordant une entrevue en anglais sur la chaîne
américaine CNN. "Mister Djospine" doit jubiler de se sentir ainsi à égalité
avec "the President Chirac" qui avait fait de même le 24 octobre 1995. Bonnet
blanc et blanc bonnet, qui verra désormais la différence entre ces deux lascars ?

Pour en revenir à cette entrevue, le comble du paroxysme fut atteint lorsqu’un
Suédois posa une question à notre "Prime Minister". Nous vîmes alors
s’instaurer une conversation en anglais entre ces deux Européens non anglophones
d’origine, rappelons-le, et chantres, je le suppose, de cette Europe-là : une Europe qui
parle anglais et qui aurait son siège social aux états-Unis d’Amérique?

Reconnaissons-le, l’état de colonisation mentale des Français, à l’image de leurs
dirigeants, est tel qu’ils aiment parler anglais. Cette année, 89 % des élèves de
l’académie de Montpellier ont pris l’anglais comme première langue vivante contre
seulement 6 % pour l’espagnol ; les classes de maternelles d’immersion à l’anglais se
développent au grand galop et les méthodes sur cédérom d’apprentissage de cette langue
se vendent comme des petits pains.

Va-t-on vers une France bilingue français – anglais ? Finira-t-on comme les
Scandinaves qui ne font guère plus de différence entre leur langue et celle des
Américains ? Allons-nous mépriser encore longtemps les autres langues et cultures du
monde en ne nous intéressant qu’à l’anglais ? Peut-on parler anglais dans son travail,
ses loisirs, ses relations internationales et considérer que le français n’est pas en
danger de mort ? à cette dernière interrogation, permettez que nous, les Méridionaux,
qui avons déjà perdu nos patois, vous répondions que oui.

Cela dit, notre devoir de francophones militants, n’est-il pas alors, d’oeuvrer pour
une réelle Union francophone débouchant sur un réel marché francophone structuré et
puissant. Ce marché, dans le contexte actuel de la mondialisation à l’anglo-saxonne,
donnerait de la voix en français et constituerait un écueil à l’uniformisation qui est
en train de se dessiner.

Enfin, ne faudrait-il pas cesser d’aimer la langue française comme l’on aime sa
grand-mère pour l’aimer plutôt comme une jeune femme avec qui l’on a envie de vivre et
d’échafauder de grands projets ?

Régis Ravat
Président de l’A.FR.AV.
2811, chemin de Saint-Paul
Parc Louis Riel
30129 Manduel – France

Mél : Afravfr@aol.com

( Ce texte éditorial est extrait du journal de l’Association Francophonie Avenir,
Fraterniphonie, du quatrième trimestre de 1998)

Le 2 janvier 1999