CESSONS DE JOUER À L’AUTRUCHE, ET ALLONS AU FOND DES CHOSES !

Cessons de jouer à l’autruche, et allons au fond des choses !

Roméo Paquette
rpaquet@interlinx.qc.ca

Ce qui me semble incompréhensible de la part des Québécois,
c’est d’accorder constamment des points et des privilèges à ceux-là même qui
jurent, depuis toujours, leur disparition dans le grand tout anglophone de
l’Amérique du Nord, en attendant que ce dernier réussisse à s’imposer à la
terre entière.

Pourquoi, par exemple, sommes-nous le seul état, –si l’on
excepte les anciennes possessions impériales du tiers-monde– à financer deux systèmes
scolaires concurrentiels? Celui de la majorité menacée, le nôtre, et l’autre,
celui de la minorité toute puissante, l’anglaise, avec sa langue dominante,
conquérante, qu’il voudrait exclusive, langue d’usage ou de référence du
mondialisme dominé par les états-Unis d’Amérique – le Grand-Dieu du matérialisme
capitaliste devant lequel s’écrasent même les ennemis vaincus tels l’ancien
empire soviétique, le Japon et même la Chine, sous des airs de communisme dépassé–.

Je suis de ceux qui se posent de plus en plus de questions sur une
forme de naïveté qui menace de renvoyer aux calendes grecques le seul projet de
société acceptable pour un peuple qui se prétend arrivé à l’âge adulte. Cela me
bouleverse parce que je suis non seulement au courant de la position de l’adversaire,
mais j’ai vécu dans son milieu durant assez longtemps pour deviner toutes ses
astuces.

Au moins, lorsque l’apartheid virtuel était caché sous le
couvert de la confessionalité dite protestante, il y avait une sorte de réciprocité à
l’échelle canadienne puisque les Canadiens français utilisaient l’institution
paroissiale pour scolariser leurs enfants. L’état, dans aucune des provinces
canadiennes hors Québec, ne finançait ni n’autorisait officiellement des maisons
d’éducation francophones. Toutes ces institutions devaient compter sur les parents
et sur les communautés francophones catholiques pour subsister. Et j’ajouterais
ceci: s’il existe depuis ces récentes années de rares réseaux scolaires
francophones à l’ouest du Québec, ce n’est pas par la condescendance ou
l’équité des gouvernements provinciaux, mais malgré eux, parce que la cour
Suprême les a forcé de respecter l’esprit de la loi des langues officielles,
vieille de 30 ans déjà, mais qui n’inspire certains espoirs aux francophones que
depuis une dizaine d’années.

à moins que nous n’acceptions, au Québec, le qualificatif de
butin-du-conquérant ou le jugement du Lord Durham, l’égalité que la loi du Québec
confère à deux systèmes scolaires concurrentiels ne peut aboutir qu’à
l’aliénation graduelle mais accélérée de notre langue et de notre culture. Il
n’est pas nécessaire d’être sociologue ou psychologue pour tirer cette
conclusion. Comme indice, prenons celui de l’Université Bishop’s qui ne serait
pas viable sans, d’une part, le recrutement qu’elle fait en Ontario et dans les
Maritimes aussi bien qu’au sud de la frontière, et, d’autre part, celui
qu’elle fait auprès des Québécois francophones anxieux d’apprendre
l’anglais.

Aucun pays ou peuple qui se respecte ne peut tolérer la situation que
nous connaissons au Québec. La conséquence de ce modus vivendi consistera à court terme
à compléter le processus déjà avancé de polarisation des deux groupes linguistiques.
La communauté anglophone réclamera de plus en plus une place égale dans la fonction et
les services publics et dans sa langue. Ce sera la marche vers le partitionnement social
ou l’absorption de l’une des deux communautés par l’autre, à cause de
l’ambiguïté de la situation. Mais pas par la nôtre.

Pour un début, au moins, de solution…

Non seulement faut-il que le gouvernement du Québec affirme sans
équivoque le caractère définitif du français langue commune au Québec; pour réussir,
il lui faudra d’abord dénoncer l’entêtement d’un grand nombre
d’anglophones à mépriser la majorité québécoise et à exiger le bilinguisme
institutionnel pour ne pas avoir à communiquer dans la langue de la majorité.

Personne, à l’extérieur du Québec, ne force ou même ne
s’attend à ce que la majorité anglophone apprenne une langue seconde. Les
francophones, dans leur totalité, s’entendent à devoir parler la langue de la
majorité, dans les provinces hors Québec. En somme, ils respectent le droit qu’a la
majorité linguistique à considérer que sa langue est le véhicule public de
communication. Il n’y a aucune raison pour que la réciproque ne soit pas acceptée
par tous les résidents du Québec..

Pour y arriver à moyen terme, il va falloir que l’école devienne
le principal agent de francisation. Il ne s’agit pas de priver les anglophones des
écoles dont ils ont besoin, mais de prendre les moyens pour que chacun des élèves soit
imprégné du respect de la langue commune et du drapeau qui doit unir tous les citoyens.

Il ne faut pas oublier que si l’anglais est devenu la langue
universelle hors du Québec, c’est qu’eux, ils n’ont pas hésité à
utiliser les mesures nécessaires à atteindre l’objectif d’exclusivité
recherché.

(Le 14 novembre 1999)