CESSER DE S’AGITER

CESSER DE S’AGITER

Ottawa accélère. En politique, tout est affaire de conjoncture. Jean Chrétien veut
prendre le Québec de vitesse. En présentant à la toute veille des Fêtes le Clarity
Bill, le gouvernement canadien entendait procéder en surchargeant le calendrier
politique. En plaçant le sujet bien au centre d’un véritable bouquet de fleurs
empoisonnées, Ottawa compte provoquer la banalisation de son initiative en la juxtaposant
avec les débats sur les crises du système de santé, les débats pré-budgétaires et la
mise en branle de l’Union sociale canadienne.

Le recours à une procédure exceptionnelle d’examen du projet de loi C-20 vise à
empêcher la mobilisation de la société civile québécoise. N’ayant rien à craindre du
côté des provinces anglaises – plutôt ravies de voir enfin déployer la méthode forte
– et n’affrontant aux Communes qu’une opposition québécoise, les libéraux fédéraux
vont traiter l’affaire comme un problème domestique dans la bourgade française. Une fois
la Loi adoptée, l’Assemblée nationale ne sera plus qu’une chambre des lamentations. Les
protestations de la population se briseront sur le fait accompli.

Dès lors la position des libéraux provinciaux n’en deviendra que plus confortable.
Ils pourront poser aux pragmatiques et laisser entendre qu’il faut tourner la page et voir
comment les choses peuvent être corrigées. Bref l’hypocrisie inhérente à leur posture
politique leur redeviendra plus facile. On peut imaginer que les éditoriaux de La Presse
ne tarderont guère à reprendre les litanies sur l’engorgement des urgences et les
nécessaires baisses d’impôts.

Lucien Bouchard, qui vient, encore une fois, de se faire servir une fin de non recevoir
en ce qui a trait aux revendications des provinces en matière de santé doit se rendre à
l’évidence : gérer la province en jouant le fair play canadian ne le mènera nulle part.
Il n’a d’autres choix que de poser les dilemmes et les enjeux du maintien des acquis du
système de santé dans le cadre d’une discussion large sur la question nationale. Il n’a
d’autre choix que de traiter dans une seule et même approche les "dossiers"
qu’Ottawa lui assène en prenant bien soin de les séparer. Traités à la pièce, les
enjeux sont faciles à embrouiller. Et cela conforte les adversaires du Québec qui crient
partout que le débat constitutionnel est déconnecté des "vrais problèmes".

Pendant que le comité spécial préparera l’enfermement du Québec et la
neutralisation de l’Assemblée nationale, le gouvernement provincial se débattra dans un
marécage de pseudo-négociations avec des provinces qui finiront bien par prendre
l’argent d’Ottawa en échange d’une quelconque commission nationale sur la santé ou sur
la mise en ouvre de l’Union sociale. Le premier ministre du Québec gagnerait à cesser de
s’agiter sur les dossiers fédéraux et à déjouer le calcul du tandem Dion-Chrétien en
s’adressant directement à la population pour lui expliquer que ce qui se joue derrière
tout cela tient d’un seul et même ensemble de causes dont les conséquences se
répèteront dans tous les secteurs – après la santé, ce sera tel ou tel autre domaine
de juridiction provinciale jusqu’à ce que le seul état de la minorité française
d’Amérique soit réduit à l’insignifiance.

Jean Chrétien veut prendre le peuple québécois de vitesse. La seule riposte efficace
consisterait à le prendre de court en présentant les choses dans leur cohérence. Il
faut unir les points de vue qu’il cherche à séparer. C’est cela qu’on attend du
gouvernement du Québec. Parce que c’est la seule manière de défendre nos intérêts
nationaux sans se faire enfermer dans une province anémiée.

Robert Laplante
Directeur
L’Action nationale
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