BISHOP’S FRANÇAIS

BISHOP’S FRANçAIS

Extrait du Franc-Parler,
avril 1997

Jacques Poisson

Dans la Tribune du lundi 31 mars 1997, les
porte-parole de Bishop’s University se plaignent de la
discrimination dont ils sont victimes de la part de Québec.
S’agit-il de discrimination positive ou négative?

Imaginons-nous un instant en Ontario dans
un monde futuriste et utopique. Le gouvernement décide
qu’à Toronto la principale université sera francophone et
qu’en plus une deuxième université francophone
d’importance y sera installée.

L’équivalent de McGill et de
Concordia. Bien plus, dans un élan de générosité
incommensurable, le bon Mike Harris décide d’ériger une
troisième université francophone, comparable à Bishop’s,
cette fois-ci à Windsor près de la frontière
Ontario—états-Unis. Cette dernière uni- versité
francisante servira essentiellement à accueillir les Ontariens
anglophones et les Québécois francophones. Pour célébrer
l’événement, Mme Sheila Copps commande immédiatement 100
000 grands drapeaux canadiens et des costumes de parade. Le
célèbre sénateur boute-en-train Jacques Hébert ose déranger
le Sénat et le convie aux festivités. Pour agrémenter le tout,
quelques figures historiques vivantes ont accepté de prendre
place dans les chars allégoriques: Pierre Elliott Trudeau,
Jean-Louis Roux, Michel Dupuy, Claude Ryan, Diane Marleau et
plusieurs autres. C’est la fête quoi!

évidemment, cette absurdité ne risque pas
de se produire en Ontario. Inspirée du colonialisme, elle est
réservée au Québec. Depuis longtemps, à grands frais, nous la
subissons… sans qu’aucun défilé l’ait souligné.

Et Bishop’s de se plaindre de
« l’illogisme de nos dirigeants» qui ont décidé
qu’à la rentrée 1997, les Ontariens fréquentant nos
universités québécoises paieraient des frais de scolarité
comparables à ce qu’ils paient en Ontario! De plus,
Bishop’s s’insurge quand le Québec conclut des échanges
d’étudiants avec la Belgique, la France et d’autres
pays francophones. Un peu surprenant pour une université qui
prône « I’ouverture sur le monde » et les
«échanges culturels». Quand les porte-parole de
Bishop’s nous disent que « I’anglais est LA langue que
l’on retrouve partout lorsque l’on sort du Québec» et
que « I’anglais est LA langue des affaires »,
pourraient-ils deviner quelle langue utilisent les Caisses
populaires et l’Hydro-Québec, par exemple? Pourraient-ils
profiter de leurs nombreux voyages au Mexique pour découvrir
quelle langue est la SEULE langue officielle dans ce pays? Le
gouvernement mexicain entretient-il une seule université
anglophone aux frais des contribuables hispanophones? à tout
prendre, l’intégration de Bishop’s dans un Québec
français est fort bien commencée: plus de 26 % de sa clientèle
est francophone. On voit bien que le melting pot social et
culturel style USA est une réussite. Sauf qu’aux
états-Unis, pays non-colonisé, le creuset fonctionne dans la
langue de la majorité.

Bishop’s accuse le gouvernement
«d’intimider et de décourager les étudiants qui habitent dans
le reste du Canada ». Est-ce que l’on craint que les
étudiants canadiens soient intimidés et découragés par notre
générosité unique et masochiste ou bien par nos efforts pour
atteindre la normalité de tout pays non colonisé? Au lieu de
crier à l’injustice, que les défenseurs de Bishop’s
s’essaient à faire adopter une portion du système
d’ici par l’Ontario; qu’ils se battent pour que
les francophones là-bas aient au moins une université
francophone et conserve leur seul hôpital. En passant, les
Franco-Ontariens aimeraient bien avoir des Royal Vic, des
Montreal General, des Montreal Children, des Douglas Memorial,
etc., etc.

Les sommes délirantes que le Québec
consacre chaque année à gaver les universités anglophones sont
en effet une preuve flagrante de l’illogisme ou de
l’esprit colonisé de nos dirigeants. Quand cesseront enfin
ces détournements de fonds de l’Université de Sherbrooke
vers Bishop’s University, de la majorité francophone vers
la minorité anglophone?

Au Mouvement estrien pour le français,
nous préconisons à nouveau un pacte de réciprocité TOTALE
entre le Québec et l’Ontario pour le traitement de leurs
minorités francophone et anglophone semblables en nombre. Le
jour où il y aura un McGill français à Toronto, nous goberons
toutes les jérémiades des étudiants de Bishop’s. En
attendant ce jour hypothétique, à l’exemple du bilinguisme
à sens unique anglais pratiqué par l’Université
d’Ottawa, nous n’aurions aucune objection à ce que
Bishop’s emprunte la voie du bilinguisme à sens unique…
français il va sans dire. En terminant, est-ce que Bishop’s
privilégie un Québec français ou un Québec anglais?

Jacques Poisson