BIEN PIRE QUE LA GROSSEUR DES LETTRES

BIEN PIRE QUE LA GROSSEUR DES LETTRES
Pourtant, ce ne sont pas des poux que je cherche
quand je vais à Hatley, mais bien juste un peu de français

Le texte suivant est de Mario Goupil, chroniqueur à La Tribune.
Vous pouvez consulter la version originale à l’adresse suivante :
http://www.latribune.qc.ca/

Sur la façade de la caserne des pompiers du village, on peut lire:

Dept des Incendie
Hatley
Fire Departement

Sur le devant de l’édifice qui abrite la bibliothèque municipale, il est écrit:

Hatley Municipal Library
Second Floor
Open

Le petit village de Hatley ne change pas. Du moins, il n’a pas changé depuis octobre
dernier. Je m’y étais rendu après qu’une juge ait décrété que la prédominance
obligatoire du français dans l’affichage commercial brimait les libertés fondamentales
des anglophones.

Libertés des anglophones brimées? Mais où ça?

A Hatley, on semble avoir réglé le problème depuis longtemps. à Hatley, ça se
passe
tout en anglais, ou presque. Il y a bien sur la caserne de pompiers qu’on a déjà fait
une
tentative de français, mais bon, depuis le temps, on n’a jamais cru bon d’ajouter un
«S»
à «Dept des Incendie». Même pas au pinceau.

Il y aussi «The Turner House», un B & B (pour bed and breakfast), qui est
toujours
«The Turner House» des deux côtés de l’écriteau, sur la rue Main. Et les églises qui
sont toutes des «Church», exclusivement des «Church».

Il s’en trouvera certainement pour m’accuser des chercher des poux encore une fois,
sur le dos d’une population vieillissante d’un magnifique petit hameau anglophone de
notre non moins magnifique région. Pourtant, ce ne sont pas des poux que je cherche
quand je vais à Hatley, mais bien juste un peu de français.

Au cours des dernières heures, un juge de la Cour supérieure a renversé le jugement
rendu en octobre dernier, décrétant que le français doit rester prédominant dans
l’affichage commercial. J’espère qu’on ne viendra pas plaider qu’une caserne de
pompiers, une bibliothèque et des églises ne sont pas des édifices commerciaux. Parce
que si c’est la défense que l’on offre, alors on ne fera que confirmer que là-bas, la
langue française est à toutefois fin pratique déjà morte et enterrée.

Les juges auront beau confirmer tant qu’ils le voudront que le français doit rester
prédominant, non seulement on ne les entendra pas, mais surtout on ne les comprendra
pas.

Et ça, c’est bien plus grave que des lettres sur une affiche qui ne sont pas de la
bonne
grosseur…

(Ce texte du quotidien La Tribune nous a été communiqué par M. Jacques Poisson,
président du MEF)