AU-DELÀ DES VELLÉITÉS

AU-DELà DES VELLéITéS

Le Québec n’a pas de politique familiale. Il s’agit pourtant là d’une composante
centrale de toute politique de population. Du reste, cette politique elle-même est
inexistante, en dépit des incantations auxquelles elle donne lieu depuis plus de quarante
ans. L’urgence d’agir s’impose pourtant d’évidence. à l’égard de la famille tout
d’abord. Et plus particulièrement en ce qui concerne le soutien à la natalité – les
données rendues publiques cette semaine confirment une tendance extrêmement
préoccupante à l’égard de la chute du taux des naissances.

Il faut se garder des idées simples. En ces matières, même si les moyens d’agir sont
nombreux, le domaine où ils peuvent s’appliquer ne tient pas d’abord ni ultimement à
l’état mais bien aux couples eux-mêmes. Une politique de soutien à la natalité ne peut
agir que dans un espace très, très restreint: celui de l’écart entre le nombre
d’enfants souhaités par les couples qui désirent en avoir et le nombre qu’ils ont
effectivement, compte tenu des contraintes qui pèsent sur la possibilité de fonder un
foyer et d’y faire grandir une famille. Mais encore faut-il s’assurer d’avoir tout mis en
?uvre pour que ces contraintes pèsent le moins lourdement possible sur la décision
d’avoir des enfants et, en particulier, sur le sort professionnel et économique de leur
mère.

La création des centres de la petite enfance, le programme de "garderie à 5
$", a reçu un accueil très favorable. C’est un pas dans la bonne direction. Mais il
ne s’agit là pourtant que d’une petite illustration de ce qui pourrait être fait. De
nombreux projets mobilisateurs pourraient voir le jour. Il faudrait pour cela que le
gouvernement tire lui-même les conclusions de ce qui reste sa mesure la plus populaire.
La première: la population du Québec est prête à soutenir des mesures qui favorisent
la vie familiale. La seconde: le potentiel extraordinaire de l’économie sociale
n’est pas exploité de manière optimale – on peut imaginer ce qui deviendrait possible si
le même engagement à soutenir son développement était appliqué à l’ensemble des
services aux personnes (ou encore à structurer d’autres domaines de la vie collective
comme l’exploitation des ressources naturelles telles l’eau et la forêt). La troisième:
l’action en ces domaines donne des fruits lorsque les objectifs sont clairs et tangibles
pour la population.

On comprend dès lors que madame Léger peut et doit accélérer la mise en oeuvre
d’une politique familiale. Il faut certes prendre le temps de bien explorer toutes les
facettes – et la natalité n’en est qu’une – de ce que doit être une telle politique.
Mais il faut agir en priorité là où des reculs trop graves vont compromettre les
quelques gains réalisés. Il faut immédiatement agir en matière de congés parentaux.
Le Premier ministre a déjà lui-même fait des déclarations à ce sujet – mais c’était
il y aura bientôt trois ans. Il faut forcer le jeu et "tasser" Ottawa. Il est
inutile d’attendre quoi que ce soit de la part d’un Paul Martin qui pille la Caisse
d’assurance -emploi et la détourne de ses finalités. Il faut faire la bataille et doter
le Québec de sa propre Caisse et le faire en plaçant au coeur des enjeux la mise en
oeuvre d’un régime de congés parentaux digne de la politique familiale dont le Québec a
besoin.

Les lamentations sur l’inertie d’Ottawa sont stériles. Une crise politique sera
pédagogique. Devant une Caisse québécoise et un régime de congés parentaux digne de
ce nom les Québécois et les Québécoises verront clairement les avantages qu’on peut
tirer à s’occuper soi-même de ses affaires. Il faut en finir avec les velléités.

Robert Laplante
Directeur

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