APPRENTISSAGE HÂTIF DE L’ANGLAIS !

APPRENTISSAGE HâTIF DE L’ANGLAIS !

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais il me semble qu’il y a
quelque chose de malsain dans l’empressement avec lequel tous les francophones voudraient
que leurs enfants apprennent l’anglais. Ainsi mes voisins apprennent-ils à leurs bambins
d’âge préscolaire des éléments d’anglais grâce à des logiciels et des jouets qu’ils
ont d’ailleurs, animés d’un zèle de néophyte et de prosélytisme, voulu passer à nos
enfants. Nous avons — bien sûr — refusé.

Dès la 3e année, à partir de l’année prochaine, on l’enseignera à
nos bambins !

Je suis d’accord avec « Gilles Bibeau, professeur titulaire au
département de didactique de l’Université de Montréal, [qui] estime que «le discours
actuel sur l’apprentissage des langues secondes est capoté ».

à son avis, les études des 20 dernières années contredisent
l’affirmation voulant que plus on apprenne une langue tôt, plus l’apprentissage est
efficace. M. Bibeau rappelle plutôt que plus l’enfant maîtrise sa langue maternelle,
mieux il apprendra la langue seconde. (…)

« Le gouvernement est sensible à l’opinion publique. Mais on fait
perdre du temps aux enfants.»

Gilles Bibeau, qui suit la question de la langue depuis 20 ans, se
désole de l’engouement pour l’anglais. « Quand on en est rendu là, à souhaiter être
bon en anglais, c’est qu’on est prêt à plier l’échine et à parler la langue de l’autre
», dit-il.

http://www.ledevoir.com/REDaction/SOCiete/SOC_edu210597/angl170499.html

A-t-on vraiment besoin de mieux connaître l’anglais au Québec ? Ou
s’agirait-il de :

  1. mieux connaître les langues (espagnols, portugais, etc.)

  2. augmenter la pertinence du français dans les emplois de haute
    technologie, ce qui n’est pas ***du tout*** le cas.

On voit partout les effets délétères de cette nouvelle vulgate
globalisation = plus d’anglais au Québec:

  1. dans les universités francophones où des cours se donnent de plus
    en plus en anglais, les travaux sont demandés dans cette langue, les ouvrages de
    référence sont disponibles uniquement en anglais (même quand il en existe des
    traductions), les chercheurs invités (et subventionnés) n’apprennent même plus le
    français, les logiciels les plus banaux sont en anglais (du type Word ou NT 4.01, j’en
    sais quelque chose !); tout cela pour mieux préparer l’étudiant au monde du travail !
    Pourquoi l’étudiant fréquente-t-il encore alors une université francophone ?

  2. dans les demandes intempestives de bilinguisme généralisé. En
    fait, je ne connais que deux types de boulots (relativement bien payés) au Québec : ceux
    pour lesquels il faut être bilingue et ceux où l’anglais suffit (dans toutes les boîtes
    où j’ai travaillé par exemple). L’effet est catastrophique sur la valeur sociale du
    français. Dans mon industrie, l’informatique — celle qui crée tous les nouveaux emplois
    avec la biotechnologie (tout aussi anglophone) et qui nous sauvera du marasme — les
    allophones ne parlent le plus souvent qu’en anglais même s’ils ont appris le français
    (loi 101 oblige…). L’exemple d’un des mes amis péruviens me revient toujours à
    l’esprit : commis comptable au Pérou il est venu ici; jumelé à notre famille, il apprit
    le français; il a alors commencé à chercher un emploi : tous ceux auxquels il
    s’adressait lui demandaient de connaître l’anglais (même le fisc québécois !)…

Pas plus d’anglais plus tôt, mais plus de français ! Et
parallèlement, exigeons plus de français au travail, là où ça compte et paie !

Patrick Andries

(Le 18 avril 1999)