ALLIANCE FRANÇAISE

ALLIANCE FRANçAISE
Le grand patron de l’Alliance voudrait saborder son organisation qu’il ne s’y
prendrait pas autrement !!

>Bonjour à tous,
>
> Quelques anecdotes pour illustrer le texte ci-dessous, en
>particulier le passage sur la fascination de l’anglais et du monde
>anglo-saxon.
>
> Dans le bureau du délégué général de l’Alliance Française de Caracas
>au Vénézuéla, il y a au mur depuis trois ans deux immenses cartes qu’il
>a fait mettre et qui font face à tout interlocuteur en rendez-vous : la
>première a pour titre «South America» et la seconde «The world from
>above».
> Le jour de la francophonie, une grande fête-exposition est organisée
>au lycée français. La bibliothèque de l’Alliance Française a des livres
>exposés sur plusieurs tables, et au-dessus on peut lire sur une affiche
>concoctée par les bibliothécaires, «Think different, speak French».
> évidemment, ni le délégué général ni les deux bibliothécaires ne
>parlent anglais (et pas plus espagnol à l’époque, d’ailleurs).
> Cette même Alliance voulait aussi ouvrir son propre site internet
>avec une page d’accueil en trois langues : français, espagnol et…
>anglais ! Par la suite le site n’aurait été qu’en français, langue de
>l’institut, et en espagnol, langue du pays. Cette idée de la bienvenue
>en trois langues n’a été abandonnée qu’à regret par ces braves gens,
>sous les pressions de Vénézuéliens !
>
> Je sais bien que le Vzla n’est pas un grand pays, il n’est pas très
>peuplé, il n’est pas très riche, il n’a presque pas d’image, bref… et
>il est fort probable que l’Alliance de Paris ne choisisse pas ses
>candidats à ce poste avec autant de soin qu’elle les choisirait pour
>l’Argentine ou le Mexique, pays où le français est bien implanté. Il
>n’empêche que ces petites anecdotes m’ont semblé assez symptomatiques de
>ces personnes travaillant dans un institut qui normalement devrait être
>le premier à promouvoir la défense et l’enseignement de la langue
>française au Vénézuéla face à une «miamisation» d’envergure. Mais tout
>au contraire, ces gens sont les premiers à dynamiter leur fonds de
>commerce en le diluant.
>
> En espagnol cette attitude qui rappelle le cheval de Troie a un nom,
>celui de «malinchismo», du nom de la Malinche, la maîtresse-interprète
>du conquérant du Mexique Cortés. Il s’agit d’une fascination pour
>l’étranger aboutissant à une trahison et à un rejet de sa propre
>culture. Je suppose qu’en français la traduction «malinchisme» ne
>poserait pas de problème. Octavio Paz parle abondamment de ce problème
>dans son livre sur l’identité du Mexique et de l’Amérique Latine en
>général Le labyrinthe de la solitude, mais je n’ai pas de traduction
>française et je ne sais donc pas quel est l’équivalent exact utilisé. En
>tous cas l’attitude est exactement la même que celle que l’on retrouve
>chez certains cadres ou pseudo-cadres français.
>
> Bonne journée (ou soirée)
>
> Pierre Declercq
> Lima, Pérou
>
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L’Alliance française a été créée pour promouvoir la langue française dans
les pays non francophones. Il est normal que l’Alliance fasse une grande
partie de sa publicité dans des langues autres que le français dans les
pays où elle est présente mais, en aucun cas, l’anglais ne devrait être
utilisé en dehors des pays anglophones. Faire de la publicité en anglais
dans l’espoir de récupérer des hispaniques, des lusophones, des Japonais ou
des Chinois détruit totalement la crédibilité d’une organisation telle que
l’Alliance. En effet, le français est étudié parce qu’il s’agit d’une
langue internationale et non pas parce qu’il est la langue d’un pays
d’Europe occidentale. On devient membre ou étudiant de l’Alliance parce que
le français a une dimension internationale, pas pour faire plaisir aux
Français.

Faire de la publicité en anglais auprès de non-anglophones est
implicitement concéder à l’anglais le rôle que le français doit tenir pour
les gens qui seraient éventuellement intéressés à devenir membres de
l’Alliance. Faire de la publicité en anglais en Australie, au Ghana, ou aux
Indes, c’est normal. Essayer d’informer en anglais un Argentin, un
Brésilien, un Mexicain ou un Japonais en anglais sur les activités de
l’Alliance est suicidaire. L’Alliance française passe pour une organisation
de petits colonisés. Comment gagner des clients en faisant la promotion
indirecte de son principal produit concurrent ? Les responsables de
l’Alliance rêvent dangereusement !! Le grand patron de l’Alliance voudrait
saborder son organisation qu’il ne s’y prendrait pas autrement !!

De toute façon, ce n’est pas dans les pays anglo-saxons que le potentiel de
l’Alliance est le plus élevé mais dans les pays hispaniques, lusophones, au
Japon, etc…

On aurait presque tendance à croire qu’il existe une volonté de saborder
l’Alliance au sein de son administration ! Autant mettre tout de suite la
clef sous la porte et déposer le bilan… Ces messieurs de l’Alliance
seraient davantage à leur place au "British Council". De grâce, qu’ils
laissent tomber ! Il ne manque pas de francophones travailleurs et
compétents sur la planète pour prendre leurs places et faire de l’Alliance
ce qu’elle devrait être vraiment ! Si les responsables de l’Alliance sont
mentalement colonisés par les Anglo-saxons, leur place n’est plus à
l’Alliance. Ils y font trop de dégâts !!

Il y a un an et demi, j’ai fait une tournée de conférences pour le compte
de l’Alliance aux Etats-Unis. Heureusement, tous les responsables des
sections locales de l’Alliance dans ce pays sont, contrairement à ceux du
Venezuela, parfaitement conscients du rôle qu’ils doivent jouer par rapport
à l’anglais.

Charles Durand

Charles.Durand@utbm.fr

(Le 14 mars 2000)