ALAIN RICHARD PROMU « FOSSOYEUR » DU FRANÇAIS

Alain
Richard promu

« fossoyeur » du français

Le Figaro du 9 novembre 2000

Tanguy Berthemet

(Le texte suivant est extrait du journal Le Figaro)

Le ton est léger, mais l’affaire sérieuse. Car, entre deux sourires,
ce prix de la carpette anglaise, décerné hier, poursuit un noble et peu risible but: la
dé fense de la langue française, quotidiennement rongée par des anglicismes
sournois et des tournures anglo-saxonnes. Cette « palme d’indignité civique » est
accrochée au revers d’« un nombre des élites françaises qui s’est particulièrement
distingué par son acharnement à promouvoir la domination de la langue anglo-américaine
en France ». Et, de l’aveu même des onze jurés de l’Académie de la carpette, enragés
volontaires de la francophonie sans concession, les candidats sont nombreux et la lutte
âpre. Un déjeuner au Procope a tout juste suffi pour désigner un digne successeur à
Louis Schweitzer, premier lauréat. C’est finalement Alain Richard qui s’est vu permettre
de rehausser son costume de ministre de la Défense en guise de fourragère, cette «
serpillière du déshonneur ».

Il n’a fallu que l’invention d’un concept au ministre pour provoquer
l’ire académique. Celle de « langue opérationnelle » qui, d’après un texte officiel,
« a été introduite récemment dans la perspective d’un engagement au sein de
l‘Otan dont la première langue utilisée, l’anglais, doit être pratiquée par tous
». En d’autres termes, selon Philippe de Saint-Robert, é crivain et président du
jury, « cela revient à dire que, dans l’amée, symbole le plus fort de l’indépendance
du pays, les ordres doivent désormais être donnés et reçus en anglais,». A quand
«Attention! Come forward children of the motherland, the glory day.. » ? La distinction
reçue par ce « grand fossoyeur de la langue de Molière » n’est pas surprenante. Alain
Richard s’était en effet déjà distingué en organisant un colloque à l’école
militaire si entièrement en anglais que les cartons d’invitation eux mêmes ne
comportaient pas un mot de français. Ce gagnant, certes méritant, laisse pourtant à
certains des regrets de ne pas pouvoir honorer d’autres anglomaniaques fanatiques. Et de
citer Pascal Lamy, commissaire européen au Commerce, dont « l’amour pour
l’anglo-américain confine à la dévotion ». Autres candidats battus, Jean Cyrl
Spinetta, PDG d ’Air France, pour sa tentative d’imposer l’anglais entre les pilotes
francophones et les contrôleurs aériens à Roissy,

Jean Glavany, inventeur d’un site Internet officiel sur
l’agroalimentaire baptisé Frenchfoods, ou encore François Pinault, promoteur d’une
campagne de publicité pour le Printemps rédigée en anglais. Mais attention, pas
question dans cette croisade de vouer aux gémonies l’anglais, ni de le bouter hors de
France. Tous les membres de l’académie s’assurent d’ailleurs parfaitement
bilingues.

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Note du correspondant :

Voilà qui alimentera le dossier québécois, mais décidément vous
n’êtes guère soutenus par vos cousins de France !

A la décharge de L. Schweitzer, cité dans cet article, je me souviens
avoir participé à un colloque international Renault au Palais des Congrès à Paris où
le présentateur, (journaliste à France3) avait éprouvé le besoin de discourir en
anglais, » pour tenir compte du caractère international du congrès. »

Louis Schweitzer avait repris la parole en disant : » Nous
sommes heureux d’accueillir à Paris autant de participants anglophones, mais nous
sommes à Paris et vous me permettrez de continuer en français » (
applaudissements )

(Ce texte nous a été communiqué par nos correspondants MM. Bergeron
et Samson. )

(Le 9 novembre 2000)