AIR FRANCE : LE TOUT-ANGLAIS OBLIGATOIRE

AIR FRANCE : LE TOUT-ANGLAIS OBLIGATOIRE
Lettre de M. Marc Favre d’Echallens.

L’affaire de la langue pratiquée entre les pilotes et la tour de
contrôle de Roissy exige une attention soutenue des militants
francologues. Nous rappelons que la direction technique d’Air-France
voulait interdire les dialogues en français en se basant sur une
argumentation sécuritaire qui a été rapidement battue en brèche par
les spécialistes (pilotes et contrôleurs) ainsi que par la production
d’un rapport d’enquête de juges canadiens qui avaient eu à trancher
pour une même question au Québec. Il faut ajouter que la réaction
énergique du gouvernement québécois (Mme Beaudoin) a obligé notre
gouvernement a prendre rapidement position sur cette affaire.
Heureusement, cette décision a été prise en faveur du maintien du
français.

Alors que nous pensions que le soufflet était retombé, un article paru
dans les Echos du 17 mai relançait l’idée du "tout-anglais"
obligatoire.

Marc Favre d’Echallens, administrateur de notre association, a donc
immédiatement réagi auprès de la rédaction des Echos. Accordons à ce
journal une grande honnêteté journalistique puisque l’article de M.
Favre d’Echallens est paru dans le numéro du 20 juin, pratiquement
sans retouche. Nous l’en remercions.

C’est le texte de la lettre et le texte de l’article que je vous
propose en pièce jointe, avec l’accord de Marc Favre d’Echallens.

Bonne lecture et cordialement vôtre

Marceau Déchamps
vice-président de l’association
Défense de la langue française
dlf78@club-internet.fr


DéFENSE DE LA LANGUE FRANçAISE

ASSOCIATION DéCLARéE ET AGRééE

8, rue Roquépine

75008 Paris

( 01 42 65 08 87

4 01 40 06 04 46

LES ECHOS , F d’E, 26 juin 2000

Paris, le 25 Mai 2000

Marc FAVRE d’éCHALLENS

Administrateur

Nos réf. :
DLF/MFE/646/2000

Nicolas BEYTOUT
Les échos
46, rue de La Boétie
75381 Paris cedex 08

Monsieur le Directeur de
la Rédaction,

Nous prenons la liberté de vous écrire pour vous faire connaître
notre étonnement à la lecture d’un article intitulé « L’anglais doit-il être la seule
langue officielle ? » signé par Serge Brosselin dans le numéro du 17 mai 2000 des
échos, article du dossier concernant la sécurité dans les transports aériens.

L’association Défense de la langue française considère que cet
article est contraire à la vérité et a pour but la disparition de la langue française
en tant que langue de communication internationale mais également en tant que langue de
travail en France.

C’est pourquoi, l’association Défense de la langue française vous
demande de bien vouloir avoir l’obligeance de publier sa position relative à l’emploi de
la langue française dans les transports aériens et ses conséquences.

Pour ce faire vous trouverez en annexe un article intitulé «Terreur
dans le ciel de Roissy … des pilotes parlent français !»

Veuillez agréer, Monsieur le Directeur de la R
édaction, l’assurance de notre considération distinguée.

Marc FAVRE
d’éCHALLENS

P.J. : document annoncé

Terreur dans le ciel de
Roissy… des pilotes parlent français !

Ce titre résume, l’article « L’anglais doit-il être la seule langue
officielle ? » signé par Serge Brosselin dans les échos du 17 mai 2000.

Le 17 mai 2000 Les échos ont consacré un dossier de 4 pages au
transport aérien intitulé «Transport aérien face au défi de la sécurité», dossier
sérieux, clair et argumenté à l’exception notable de cet article. Serge Brosselin fait
l’apologie de l’utilisation dans le transport aérien de l’anglais comme seule langue
officielle de communication des liaisons radiophoniques au motif que le bilinguisme est
nuisible à la sécurité des vols.

L’argumentation est médiocre et la démonstration inexistante. Aucun
argument, l’allégation d’un risque théorique non quantifié de collision est présentée
comme une évidence, alors que les études, recherches, statistiques n’ont jamais fait
état d’un facteur linguistique dans les accidents ou incidents constatés.

Après chaque accident ou incident, les directions de l’aviation civile
des différents pays, les diverses commissions techniques et judiciaires s’affairent pour
déterminer la ou les causes de l’accident ou de l’incident, pas une fois le bilinguisme
ou le plurilinguisme est en cause. Une étude canadienne menée par 3 magistrats
indépendants à la demande de certains anglophones canadiens, voulant là aussi imposer
l’anglais, a conclu que l’utilisation de 2 langues, le français et l’anglais, par les
centres de contrôle aérien n’avait aucune influence sur la sécurité.

à l’appui de sa thèse, Serge Brosselin nous donne comme exemple un
incident, longuement relaté dans l’article, qui serait survenu «au début des années
70» dans le ciel italien entre un appareil américain et un avion italien, incident lié
à l’utilisation de l’italien (petite remarque incidente la faute est due à l’utilisation
de l’italien dans le ciel de Rome… pas de l’anglais, ils sont fous ces
Romains de vouloir parler italien à Rome !).

Toutefois, cet exemple incertain, vieux de 30 ans, n’est en aucun cas
probant car d’une part depuis les années 70, de nombreuses procédures de sécurité ont
été mises en place sans mettre en cause le plurilinguisme et d’autre part de nombreux
accidents, eux bien réels, ont eu lieu, ainsi les collisions de Nantes ou Ténériffe où
la langue utilisée à savoir l’anglais n’a pas évité les catastrophes, sans retenir ici
les rase-mottes meurtriers de l’aviation militaire américaine dans le ciel des Alpes
italiennes.

L’argument de la sécurité à travers une langue unique montre
également une méconnaissance surprenante du travail spécifique des contrôleurs
aériens (Frank Niedercorn dans votre dossier en fait pourtant une bonne étude). Le
contrôle aérien n’a pas pour tâche d’observer, d’inspecter mais de diriger, d’avoir la
maîtrise des appareils en vol.

Non, les liaisons aériennes radiophoniques ne constituent pas un
espace de convivialité où des cibistes aériens participeraient à une improvisation
hésitante, les pilotes doivent suivre les instructions des contrôleurs qui possèdent
l’ensemble des données de la sécurité aérienne des avions sous leur responsabilité.
Le vrai danger serait que les pilotes décident d’agir en fonction d’informations ne les
concernant pas («les pilotes sont aux ordres des contrôleurs» précise Frank
Niedercorn).

La cause de cette confusion dans certains esprits vient de la
différence de définition en français et en anglais des mots apparemment proches
«contrôle» et «control» et c’est le sens anglais du mot «control» (diriger) qui,
pour des raisons historiques liées au développement de l’aviation commerciale d’abord
aux Etats-Unis, définit la tâche des contrôleurs aériens (le terme «directeur
aérien» serait plus adapté).

Ainsi, il apparaît nettement que la volonté de lier la sécurité au
tout anglais a pour but d’imposer l’anglais, ici et maintenant, avec des arguments fondés
sur l’effroi et l’épouvante que causent les catastrophes aériennes. Mais, pour les
tenants du tout anglais tous les arguments sont apparemment bons à employer, après
l’efficacité, la simplification, la réduction des coûts, voilà l’argument de la
sécurité !

Ce n’est plus «747 en péril» mais « horreur, le pilote parle
français » !

C’est pourquoi, les Français et les associations de défense et de
promotion de la langue française peuvent remercier le gouvernement québécois qui a fait
part en mars 2000 de son inquiétude et de son émotion aux Autorités françaises à
l’annonce de la décision d’Air France de contraindre ses pilotes à communiquer en
anglais avec l’aéroport de Roissy-Charles
deGaulle. Cette décision contraire au bon sens mais aussi à
la loi du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française a été retirée par
la direction d’Air France.

L’avenir est dans la pluralité de l’emploi des langues et du français
en premier lieu en France. Non, le français, n’a pas à être cantonné dans la culture,
dans la grande cuisine ou dans la haute couture avec de grands «C» condescendants, le
français doit être parlé, écrit et utilisé dans tous les domaines de l’activité
humaine.

Dans le monde du travail, une récente enquête des échos du 17 mars
2000 intitulée «L’anglais, sans états d’âme – Les firmes sous-estiment le risque
culturel» montre bien que les dangers de dysfonctionnements et de démotivation des
salariés
contraints d’utiliser systématiquement l’anglais comme langue de travail sont
pourtant une réalité
. Dans un domaine, comme le transport aérien, où la sécurité
prime ces dangers ne doivent pas être sous-estimés.

Marc FAVRE d’éCHALLENS
est administrateur de l’association
DéFENSE DE LA LANGUE FRANçAISE
8, rue Roquépine 75008 Paris

( 01 42 65 08 87