ACCULTURATION VOLONTAIRE

ACCULTURATION VOLONTAIRE
Ou lorsque l’université rend «colon»

«L’esclave fait son orgueil de la braise du maître»
Saint-Exupéry

étant un «ancien» de l’Université bilingue (enfin elle l’était, l’est-elle
toujours?)
d’Ottawa, j’ai toujours profondément déploré qu’un bon nombre de francophones
s’exprimât prioritairement et/ou exclusivement en anglais dans la revue desdits
anciens, le magazine «Tabaret». Or il faut constater que loin de s’améliorer, le
phénomène prend de plus en plus d’ampleur. La livraison du printemps 2000 se
révèle à cet égard singulièrement, je dirais, dramatique.

Je ne fais pas référence à l’équipe de rédaction, laquelle s’acquitte correctement
de
son travail; eu égard notamment au caractère pleinement bilingue du périodique. Je
m’attarde plus spécifiquement ici à la section "Personalia" ­ rubrique où à
la faveur
d’événements spéciaux (mariage, naissance, publication, promotion
professionnelle, etc.) les étudiants d’antan ont l’opportunité, dans la langue de leur
choix bien sûr, d’informer la communauté universitaire des petites joies de leur
existence.

Or on y rencontre de plus en plus de francophones (dans une proportion
supérieure à un pour trois, et essentiellement des Québécois! fussent-ils en
"exil")
qui visiblement estiment que leur propre idiome est devenu tout à fait superflu et,
en tous les cas, à leurs propres yeux, subalterne et en définitive méprisable.

On alterne de la tristesse à la colère, via de longues pérégrinations dans les
sentiers de la désespérance, en lisant ces new anglaisés heureux du nom de
Potvin, Camirand, Paquette, Forgues, Dugal, Thibault, Nadeau, Bouchard, Fortin,
Dubé, Jean-Venne, Desroches, Marchand, Herbert, Bouffard, et autres couples
Paul et Michelle. Décidément, il n’y manque que Jean Charest et Stéphane Dion.
Faut-il avoir une très haute opinion de soi pour discourir de pareille manière de sa
personne, ou si au contraire ce comportement révélerait une vision extrêmement
moche et plutôt répugnante de ce que l’on est..?

Liberté d’expression! diront d’aucuns. Euthanasie culturelle en pleine force de
l’âge, rétorqueront les interlocuteurs interloqués. Mais enfin, bien entre nous, où se

loge la liberté dans un acte pathologique d’auto-aliénation?

Il y a quelque chose de profondément pathétique et tout à la fois ridicule ­ et
pour
tout dire: lamentable ­ dans cette attitude qui consiste à renier spontanément sa
propre langue. Comme si la chose allait de soi, naturellement. Ma langue, mes
origines, ma dignité. Au vestiaire! que ces dimensions fondamentales de la
personalia, individuelle aussi bien que collective.

Ah… ce qu’elle est chaude, douce et paisible. Leur braise.

Jean-Luc Gouin
Sec.ours@vif.com
5 avril ’00

PS: Dommage que Tabaret ne soit pas disposée à publier la présente. Serait-ce
que les universitaires abhorreraient la réflexion critique aussitôt sortis d’école..?