ABANDON DU PROJET DE SYNCHROTON FRANÇAIS

ABANDON DU PROJET DE SYNCHROTON FRANçAIS

Lettre envoyée, au nom de Défense de la langue française, à
plusieurs scientifiques et hommes politiques (dont certains de la majorité actuelle) qui
ont fait connaître leur étonnement ou leur ferme désapprobation à la décision de M.
Claude Allègre, rendue publique vers le 5 août (la période des vacances est toujours
propice à l’éclosion de projets inavouables).

Madame,
Monsieur,

Nous venons d’apprendre, par les journaux (Le Monde et Ouest
France ), la décision de Monsieur Claude Allègre, ministre de l’éducation
nationale, de la Recherche et de la Technologie, d’abandonner le projet du
synchrotron français SOLEIL au bénéfice d’une participation à un projet anglais,
appelé Diamond, implanté en Angleterre. Nous n’avons pas compétence pour juger des
aspects techniques et économiques de cette décision mais nous notons encore une fois le
penchant de Monsieur Allègre pour tout ce qui est anglo-saxon.

Après avoir déclaré en 1997 "qu’il ne fallait plus
considérer la langue anglaise comme une langue étrangère", ses services viennent
de diffuser, dans les unités de recherche sur le génome du CNRS, un dossier dont une
partie est à remplir obligatoirement en anglais. Cette dernière disposition est
d’ailleurs en infraction avec la loi du 4 août 1994 et fait l’objet d’un
recours administratif de la part de plusieurs associations de défense de la langue
française dont la nôtre.

Cette décision d’abandonner le projet de synchrotron français,
outre les abandons nationaux qu’elle représente, confirmera le recul de la langue
française dans le domaine des sciences. Toutes les découvertes, tous les nouveaux
concepts qui naîtront de la recherche sur un synchrotron implanté en Angleterre seront
bien entendu désignés par une terminologie anglo-saxonne et rapportés en anglais, quand
bien même un Français en serait-il le découvreur. La vitalité et l’originalité
de la recherche scientifique française seront ainsi portées, aux yeux du monde, au seul
crédit de la culture anglo-saxonne.

Nous marquons donc notre vigoureuse désapprobation contre cette
décision de Monsieur Claude Allègre et nous sommes disposés à examiner favorablement
toute initiative d’action commune visant à maintenir le projet Soleil.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur ou Madame, l’expression
de nos sentiments distingués.

Marceau Déchamps
Vice-président
Défense de la langue française
dlf98@club-internet.fr

(Le 13 août 1999)