Allons plus loin, construisons la francophonie

« Les « experts » gouvernementaux ont saboté l’enseignement. Trouvons nos experts. Dictons au gouvernement comment réformer l’enseignement. Les enseignants vous appuieront parce qu’ils n’en peuvent plus d’enseigner dans de telles conditions. Ils vous le diront que l’enseignement a été saboté. »

Je viens de prendre connaissance d’Impératif français et j’en suis bien heureux. Bravo pour le rayonnement de cet organisme. Je vous prie d’excuser la longueur de cette lettre et veuillez voir dans cette lettre un appel à l’aide.

Depuis maintenant quelques années je me questionne sur les raisons fondamentales qui font que le français au Québec perd du terrain. En fait, sur quoi je m’interroge est comment remonter le statut du français au Québec et au Canada. Honnêtement, tout comme Lyse Daniels-Cesaratto, j’en ai plus que marre de subir les affronts des anglophones arrogants qui tenteront de ne parler qu’anglais en toute occasion. Lorsque je me suis adressé à une personne pour un renseignement et qu’elle répond à ma question en anglais, je vois bien qu’elle comprend le français mais qu’elle ne désire pas parler en français. Lorsque je me fais recevoir en anglais seulement dans un resto-rapide Wendy’s, au Québec ainsi que d’un comptoir postal, à Montréal, dans la province du Canada peuplée par une majorité de francophones et dont la langue officielle est le français, je comprends que pour ces gens le français n’est qu’un mal temporaire et qu’ils n’ont aucune intention de s’intégrer. L’attente sera courte ou longue, mais ils ont l’intention de parler qu’anglais où qu’ils soient.

Tout aussi honnêtement, j’en suis rendu au point où je crains pour la francophonie à Montréal tant le centre-ville devient anglophonisé. Et si la francophonie se perd à Montréal, le reste du Québec tombera. Il ne faut pas se faire d’illusion, si les francophones sont de nature tolérante et conciliante, les anglos sont en guerre tous les jours de leur vie. Les anglophones sont bilingues seulement lorsqu’ils sont obligés de parler français et la plupart ne manquent aucune occasion pour faire sentir que les francophones sont minoritaires.

Malgré tout, le problème de fond n’est pas leur attitude mais la nôtre. Si la majorité des francophones adoptaient la même attitude de respect de leur identité française et de la langue, les anglos n’auraient de choix que de parler en français ou de déménager. Mais pour cela, on doit se battre contre notre instinct de colonisé. Et en plus, vous le savez, nos dirigeants au Québec ont autant de courage face aux Anglais qu’une brebis en a face à un tigre. Et puis, le parti Libéral du Québec jamais ne favorisera la francophonie puisque le parti Libéral est avant tout un parti national (canadien). Les ficelles sont tirées à partir d’Ottawa.

Bon, alors qu’est-ce qu’on fait? Comment aborde-t-on cette situation? Vous devez savoir que j’ai enseigné le français à des classes d’adultes en Ontario. J’ai aussi fait 5 ans de tutorat ici à Montréal. Et mon constat est que l’enseignement du français a été saboté au point qu’il n’est plus possible de l’apprendre correctement à l’école. Et c’est le premier fondement qui devrait être abordé. On pourra revendiquer les droits à la francophonie qu’on voudra, mais cette langue est à ce point peu maitrisée qu’elle est estimée comme un sous-produit (puisqu’il est impossible de la maitriser) et que tous les francophones amputés du réel usage de leur langue ne verront pas la vertu à protéger un moyen de communication qui a si peu de valeur en comparaison de l’anglais. Et pourtant, je peux vous assurer que la prémisse selon laquelle le français est impossible à apprendre correctement est fausse. Plus que ça, il n’est pas même si difficile à apprendre. La foi des Québécois dans leur langue et dans la francophonie sera alors forte à nouveau une fois l’enseignement du français rétabli. Restera à gagner notre vocabulaire incroyablement déficient.

Le deuxième point d’importance, selon moi, est que les Québécois ont besoin de s’affranchir des chaînes du colonialisme et ont besoin de s’autodéterminer. Les Québécois n’ont pas encore la maturité des peuples qui se sont autodéterminés. Si nous l’étions, nous aurons à tout jamais une identité propre que personne (canadiens anglais) ne pourra remettre en question lorsque nous serons un peuple. Notre économie ne s’en portera que mieux sans les bâtons dans les roues que nous met le fédéral. Nous pourrons d’ailleurs exercer un plein contrôle sur l’immigration et l’intégration.

Le troisième point est de faire la promotion de cette identité québécoise et de notre histoire et patrimoine à cor et à cri, sans porter des gants blancs et sans faire de courbettes. Couillard est si humiliant. Les gens se rallient naturellement et spontanément à ce qui est synonyme de force. Seulement avec cette attitude gagnerons-nous le respect des anglos. Seulement à ce moment les Anglais du Québec cesseront leur refus systématique et se ligueront-ils graduellement aux Québécois. En ce moment, ce sont les Québécois qui se rangent du côté de la classe dominante et des vainqueurs.

Le point deux et trois ne se produiront jamais si nous continuons la création d’une génération d’ignorants et d’incapables. Si la fierté dans ce qui est au coeur de notre identité est sabordée. Une génération qui ne peut pas formuler des phrases correctement, parce qu’elle n’a pas la connaissance de base de la grammaire et qu’elle n’a pas le vocabulaire nécessaire pour faire face aux circonstances de la vie et simplement, parce que leur médium de communication les atrophie plus qu’ils ne les aident. Il faut entendre parler les Africains et les Haïtiens qui ont grandi dans leur pays pour comprendre qu’il est possible de bien apprendre le français à l’école. Je pourrais élaborer sur la façon de l’enseigner mais là n’est pas le but de cette lettre.

Je crois sincèrement que le problème de l’enseignement du français, et ensuite de l’enseignement en générale dans nos écoles est si pressant qu’on pourrait le qualifier de problème de sécurité nationale. Notre nation périt sous nos yeux. Les mathématiques sont également sabotées. Les finances usuelles pour tous ont été oblitérées de nos écoles il y a longtemps. Mais de toutes, c’est le français qui presse le plus car il permet l’apprentissage des autres matières et parce qu’il est le coeur de notre identité.

L’interrogation qui s’en suit est, pourquoi de tous les organismes de protection du français et de la francophonie, aucune ne presse le gouvernement d’intervenir et de leur indiquer la voie au sujet de l’éducation et de l’apprentissage du français. Leurs « experts » ont saboté l’enseignement. Trouvons nos experts. Dictons au gouvernement comment réformer l’enseignement. Les enseignants vous appuieront parce qu’ils n’en peuvent plus d’enseigner dans de telles conditions. Ils vous le diront que l’enseignement a été saboté. Mais donc pourquoi personne n’ose exiger à hauts cris le retour aux bonnes façons d’enseigner le français? Est-ce parce que tous maintenant ont accepté la fausse idée qu’il est impossible d’enseigner le français?

Si personne ne le fait, la bataille est perdue d’avance. On ne peut pas produire une nation de sous-instruits sans éventuellement ne vivre que de miettes et être obligé de céder la place aux instruits.

Alors, l’appel que je vous fais est, pourquoi est-ce que Impératif français ne ferait pas front commun avec l’Association pour le soutien et l’usage du français (ASULF), le Mouvement estrien pour le français (MEF), le Mouvement Montréal en français (MMF) de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM) pour faire intervenir le gouvernement et exiger des résultats; des notes à la hausse, un français maitrisé?

Défendre le français et la francophonie est noble. Mais allons plus loin, construisons la francophonie. Qu’en pensez-vous?

Sylvain Brosseau