Affaire Yves Michaud – une question d’honneur et de justice

Lettre au Premier ministre Philippe Couillard

Yves Michaud

Lawrenceville, le 19 février 2018

M.Philippe Couillard
Premier ministre
Gouvernement du Québec
Conseil exécutif
Édifice Honoré-Mercier
835, boulevard René-Lévesque Est
3e étage
Québec (Québec)  G1A 1B4

Objet : Affaire Yves Michaud – une question d’honneur et de justice

Monsieur le Premier ministre,

Le 14 février 2018, le député de Bourget, M. Maka Kotto, a déposé devant l’Assemblée nationale une pétition signée par 4693 citoyennes et citoyens en faveur de M.Yves Michaud, qui se lit comme suit :

CONSIDÉRANT QUE le 14 décembre 2000 les membres de l’Assemblée nationale ont adopté une motion de blâme, sans préavis et sans débat, contre Yves Michaud pour des propos décrits dans cette motion comme «inacceptables» à l’endroit des communautés culturelles et de la communauté juive en particulier, lors d’une séance des États généraux sur la langue française tenue le 13 décembre 2000;
CONSIDÉRANT QUE la transcription des notes sténographiques de cette séance du 13 décembre 2000 démontre de manière prépondérante, selon M. Michaud, qu’il n’a prononcé aucun propos inacceptable à l’endroit des communautés culturelles et en particulier la communauté juive qu’il a, au contraire, dit-il, louangée;
CONSIDÉRANT l’erreur alléguée par M. Michaud;
Nous, soussignés, demandons à l’Assemblée nationale de référer le dossier d’Yves Michaud, pour étude, à la commission parlementaire des institutions ou à toute autre commission que l’Assemblée nationale jugera pertinente.

La motion de blâme adoptée contre M. Michaud l’a été sans préavis, sans débat et surtout sans que les parlementaires aient eu connaissance des propos tenus par ce dernier le 13 décembre 2000, lors d’une séance de la Commission sur les États généraux de la langue française.

Or, la transcription des notes sténographiques de cette séance du 13 décembre 2000, que nous joignons à la présente, démontre de manière prépondérante, que non seulement Yves Michaud n’a prononcé aucun propos « inacceptable » envers les communautés ethniques, mais qu’il les a, au contraire, louangées, comme le démontrent, entre autres, les passages suivants :

Sur les communautés ethniques

Certes, certains néo Québécois,dont le nombre est insuffisant, hélas, ont opté pour le Québec d’abord et enrichissent de manière brillante et exemplaire la patrie qu’ils ont adoptée. Au titre de leur contribution au patrimoine commun, ils mettent parfois, voire souvent, plus de générosité et plus d’ardeur et de ferveur que beaucoup de nos concitoyens dits de souche, mais de souche déracinée, indifférents ou étrangers au devenir de leur propre patrie.

(Je souligne)

Sur la communauté juive

Mes propres concitoyens devraient suivre l’exemple de ce que le chanoine Groulx disait à propos du peuple juif. Le chanoine Groulx disait et nous invitait, et je le cite,« à posséder, comme les Juifs, leur âpre volonté de survivance, leur invincible esprit de solidarité, leur impérissable armature morale ». Et l’historien donnait alors l’exemple du peuple juif comme modèle à suivre pour que les Québécois affirment leur propre identité nationale et assument, et assument pleinement, l’héritage de leur histoire, ajoutant que l’antisémitisme était « une attitude antichrétienne et que les Chrétiens sont, en un sens, spirituellement des Sémites ». Fin de la citation.

(Je souligne)

Sont-ce là des propos « inacceptables » envers les communautés ethniques et en particulier la communauté juive?

Monsieur le premier ministre, nous faisons appel à votre sens de l’honneur et de la justice et au delà de toute partisanerie politique, nous vous demandons de lire attentivement les propos tenus par Yves Michaud ce 13 décembre 2000 et de tirer les conclusions qui s’imposent.

Les 4 693 signataires de la pétition en faveur d’Yves Michaud vous demandent tout simplement de prendre des dispositions pour que le dossier de ce dernier soit envoyé devant une commission parlementaire afin que justice soit rendue. Nous faisons confiance aux membres de cette commission pour qu’ils examinent le dossier avec objectivité et rigueur et qu’ils procèdent à l’audition de témoins si nécessaire afin de faire des recommandations à l’Assemblée nationale pour qu’elle répare l’erreur commise le 14 décembre 2000.

M. Michaud est âgé de 88 ans et cette affaire empoisonne sa vie depuis 17 ans en plus d’entacher la réputation de cette noble institution qu’est l’Assemblée nationale du Québec.

Je vous remercie de porter attention à cette lettre et vous prie d’agréer, monsieur le premier ministre, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Pierre Cloutier ll.m
Avocat à la retraite