Message aux Français anglomaniaques

La pensée unique

Ce texte se veut provocateur et il l’est, je le concède. Sa raison d’être découle d’une situation qui a trop souvent cours en France ou ailleurs. On entend les Français ridiculiser l’accent québécois avec un mépris, une attitude paternaliste et condescendante rarement égalés.

Pourtant, si ces Français avaient autant de culture qu’ils le croient, ils sauraient que le Québec parle français avec l’accent de la cour de Versailles du XVIIIe siècle. C’est donc parfaitement français et pas du tout « campagnard » comme l’évoquent avec mépris quelques suffisants de service. J’ajouterai que si nous ne parlons pas avec le même accent qu’eux, c’est justement parce qu’au moment de la réforme linguistique ayant lieu en France sous Louis XVe, le Québec était totalement enclavé, isolé du vieux continent (donc coupé de la réforme linguistique mise en place en France) parce que le roi nous a abandonnés aux mains des Anglais.

Cela dit, il n’en demeure pas moins que les Québécois ont aussi de graves lacunes en français et ils sont bien plus en danger de disparaître pour les raisons que nous connaissons tous très bien et que j’évoque dans cet article-ci que j’ai adressé aux Québécois : https://www.facebook.com/notes/eud%C3%A9monix-pol%C3%A9miste/le-joual-ou-le-mirage-identitaire/1604968326394488

Maintenant, chers cousins, la lettre ci-dessous vous semblera un peu vache et provocatrice,

Maintenant, chers cousins, la lettre ci-dessous vous semblera un peu vache et provocatrice, mais elle a au moins le mérite de dire la stricte vérité et de mettre le doigt sur une réalité que vous refusez de reconnaitre, par orgueil!

Alors, allons-y dans les règles. D’abord, bonjour à vous, cousins d’outreflaque.

J’observe vos us et coutumes linguistiques au sein de l’hexagone et je suis complètement atterré de constater à quel point votre peuple, déjà si fier, se méprise désormais au point de se suicider linguistiquement. Je vous lis, vous parle, j’écoute vos radios-télé. Et je constate l’énorme ravage qui découle d’un complexe d’éternels perdants qui semble vous coller à la peau.

Un exemple (parmi une infinité d’autres) pour illustrer mon propos :
Je lis une pub sur les bienfaits de l’alimentation végétarienne. Sur l’affiche, on peut y lire le terme « Comptoir vegan. »

Vegan? Abasourdi, j’accuse le coup et je me questionne: Pourquoi « vegan » (un mot anglais) au lieu de végétarien ou végétalien, des mots parfaitement français et compris de tous?

Des exemples comme celui-là, il y en a trop pour en faire une liste exhaustive. Pourquoi perpétuellement troquer des mots français parfaitement adaptés et bien connus de tous, pour des termes anglais ou, du moins, qui donnent l’impression d’être anglais?

Vous êtes devenus un peuple obsédé par tout ce qui est anglophone. Vous semblez obsédés par l’idée de trouver toujours plus de nouvelles occasions d’insérer, toujours de manière ridicule et maladroite et sans aucune raison valable linguistiquement, des tas de mots anglais dans vos communications dans la langue de Molière alors que leur équivalent bien français existe déjà.

Vu d’ici, on pourrait presque croire qu’à chaque fois que vous réussissez à insérer un mot anglais dans vos propos, ça vous procure un fulgurant orgasme à répéter à l’infini. Un genre de réflexe de Pavlov linguistique. :p !

Et lorsque je vous questionne sur cette obsession qui est la vôtre, après quelques maladroites pirouettes de déni, de justification ou de diversion, vous finissez par m’avouer bien candidement qu’en France, faire ainsi en jette un max en société, que ça vous donne l’illusion d’avoir du panache, de la personnalité et de la crédibilité.

Dites… vous n’avez pas envie de bien maîtriser votre langue pour « en jeter » socialement? Parce que les anglicismes, le verlan et les autres dégradations chroniques du français, ça fait l’effet contraire! Désolé!

Depuis quand la langue d’un autre peuple « en jette » plus que l’utilisation de notre propre langue? Qui a réussi à vous mettre ça en tête? Et au nom de quoi?

Vous en connaissez beaucoup d’Anglais qui massacrent leur langue en incorporant bien maladroitement des tas de mots d’une autre langue juste pour rouler des mécaniques? Non.
Et vous savez pourquoi? Tout simplement parce que, contrairement à vous Français, les anglophones sont fiers de qui ils sont.

Les anglophones s’identifient à leur langue et à leur culture. Ils assument leur identité. Ils ne se sentent pas tout à coup survalorisés du fait d’emprunter des mots français ou d’une autre langue dans leurs échanges en anglais. Ils ne font pas d’une autre langue, un truc à la mode pour faire « chic. » Ah non.

Oh, bien sûr, leur vocabulaire contient quelques termes français tel que « Rendez-vous », « Coup d’État », « voilà » et quelques autres.
Mais ce n’est pas par snobisme qu’ils ont intégré ces mots, mais bien parce qu’aucun équivalent n’existait dans leur propre langue et le mot français servait parfaitement à imager leur propos de par un contexte culturel ou historique bien précis. Généralement, les anglophones inventent les mots dont ils ont besoin dans leur propre langue plutôt que de piquer les termes d’autres langues, par snobisme.

Par ailleurs, ces quelques exemples que j’ai énumérés plus haut sont peu souvent utilisés dans leur quotidien. Bref, c’est sans aucune mesure comparable avec l’anglomanie des Français.

Pourtant, la culture anglo-saxonne n’est pas meilleure que la vôtre malgré ce que votre inconscient collectif vous martèle à coeur de jour. Elle est riche et belle, mais la vôtre l’est tout autant, si ce n’est plus!

Alors pourquoi cet auto-dénigrement systémique devant eux? Pourquoi votre inconscient collectif vous chuchote-t-il à l’oreille que vous êtes culturellement trop minables pour être fiers de votre langue, au point de piger systématiquement dans la leur aux dépens de la vôtre pour vous exprimer?
Mais que se passe-t-il en France depuis quelques décennies pour en être arrivé là?

Au lieu de vous mettre à genou d’adoration devant les Anglais et leur langue que vous ne maîtrisez même pas, pourquoi ne pas plutôt oeuvrer à être fiers de qui vous êtes en étant vous-même et mettre en valeur votre culture et votre langue?

Comprenons-nous bien, je n’ai absolument rien contre l’ouverture aux autres. L’apprentissage de multiples langues, goûter à des cultures exotiques sont des choses formidables qui élargissent nos horizons. Je suis moi-même ethnophile et trilingue. J’ai eu des compagnes de diverses cultures et nationalités.
Bien que je sois un francophone québécois maîtrisant plutôt bien mon français, je parle et j’écris couramment l’anglais et je me débrouille en espagnol.

Pourtant, pas un seul instant je ne troque mon vocabulaire français pour des anglicismes. Si je veux communiquer avec un anglophone, je lui parle en anglais. Si je veux communiquer avec un francophone, je lui parle en bon français.

Et lorsque je vous parle de tout ça, à vous Français, vous finissez généralement par réagir d’un ton agacé en me taxant de raciste xénophobe, comme si j’avais nécessairement quelque chose contre la langue et la culture anglaises ou celles des autres peuples. :p …

Une telle remarque de votre part est non seulement navrante de mauvaise foi, mais elle démontre surtout que vous ne comprenez rien ( ou faites semblant de ne pas comprendre ) au fondement de mon argumentaire. En fait, vous confondez l’ouverture aux autres avec le reniement de soi. Comme si, pour s’ouvrir aux autres, il fallait nécessairement cesser d’être soi-même.

Et tous ces mots anglais que vous vous évertuez à insérer dans vos échanges en français, vous les articulez et les prononcez de manière totalement incompréhensible, ringarde et ridicule pour toute personne qui sait parler correctement l’anglais. On ne comprend rien à votre charabia! Que dalle! Ça en est devenu tellement ridicule et ringard que nous avons honte pour vous, cousins.

« En jeter socialement ». . . Pfffttt! Permettez-moi de pouffer de rire!

Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser! À moins, bien sûr, qu’en France, l’aplaventrisme et le ridicule soient devenus une manière de se faire valoir socialement? C’est comme ça que vous espérez rouler des mécaniques et avoir l’air dignes et crédibles auprès d’autrui? Vraiment?

Mais il y a pire encore que les mots empruntés à l’anglais. À défaut de trouver de vrais mots anglais à incorporer, vous allez même souvent jusqu’à les inventer de toute pièce plutôt que d’utiliser votre vocabulaire français. Et ces mots que vous inventez, peut-être qu’à vos oreilles, ils vous donnent l’impression d’être anglais, de par leur sonorité, mais les Anglais, eux-mêmes ne les ont jamais entendus ni même utilisé. Ils n’existent tout simplement pas! Même en vous écoutant, ils ne savent même pas de quoi vous parlez! C’est à mourir de rire!

Un exemple parmi d’autres: Faire de la course à pied.

Vous appelez ça faire du « footing. » Ce n’est même pas un mot, bordel! Les Anglais n’ont jamais utilisé ce terme de toute leur existence. Il n’est même pas dans leur dictionnaire. Alors d’où tirez-vous ce mot? Pour parler de course à pied, les Anglais parlent de jogging, pas de footing.

De votre propre aveu, vous n’êtes pas qualifiés pour utiliser l’anglais alors pourquoi ne parlez-vous pas simplement un bon français et utiliser le terme « course à pied » plutôt que footing?!?!? Parce que ça doit absolument « sonner » anglais à l’oreille pour être bon? C’est à hurler de rire… et de honte!

Mais bon sang cousins! Pourquoi faites-vous preuve d’autant de mépris de soi à la face du monde? Pourquoi massacrer ainsi sa propre langue? Vous n’en avez pas marre de vous couvrir de ridicule?

Vous avez pourtant déjà une superbe langue, imagée, raffinée, nuancée.. le français! Pourquoi ne pas la valoriser? Vous avez plus d’un millénaire de culture multidisciplinaire!

Pendant des siècles vous avez rayonné partout sur Terre. Vous avez été la plaque tournante mondiale en matière de culture. Et Paris continue d’être la ville touristique la plus visitée du monde. Vous devriez en être fier et perpétuer cette référence au lieu d’adorer bêtement tout ce qui est anglais au point de vous mettre à plat ventre, la gueule béante, béats d’admiration devant n’importe quelle merde… du moment que c’est anglophone!

Lorsque l’on creuse la question, votre peuple finit par reconnaitre que, globalement, vous ne vous sentez pas capable de parler l’anglais et vous ne souhaitez pas vraiment mettre l’énergie et le temps qu’il faut pour l’apprendre adéquatement. Pourquoi alors perpétuez-vous cette incompréhensible obsession pour la langue de Shakespeare?

Si vous aimez tant que ça, l’anglais, et bien apprenez-le vraiment bon sang! Mais lorsque vous parlez français, s’il vous plaît, respectez-vous et respectez vos interlocuteurs. Exprimez-vous correctement en bon français! Aimez cette langue merveilleuse et utilisez-là avec fierté, panache et dignité. Aimez-là vraiment au lieu de la massacrer de manière aussi avilissante et révoltante!

Votre maladie aplaventriste est d’autant plus pathétique vu d’ici, du Québec, que nous luttons depuis plus de quatre siècles pour faire survivre le français. Le pays envahisseur qu’est le Canada fait tout pour nous faire disparaître par assimilation et dilution démographique. Et tout indique qu’ils vont finir par réussir d’ici un siècle.

Nous qui avons été partiellement assimilés, la langue de Molière demeure LA pierre angulaire de notre identité, de notre vision du monde, de notre moi viscéral.

La langue est le coeur de l’identité et de la culture. C’est autour d’elle que tout le reste se construit. Aussi, lorsque nous, Québécois, vous regardons creusez votre propre tombe identitaire et culturelle, par le mépris que vous avez pour ce trésor inestimable qu’est la langue française, nous avons honte de vous. Nous sommes à la fois inquiets et consternés.

11 commentaires

  1. Au Québec, les ampoules à  »diode émettrice de lumière » sont appelées DEL. Pour une
    raison mystérieuse, en France, on les nomme LED pour  »light emitting diode » (re: le site web Futura Science). La question a été posée à la direction de Futura Science, qui se veut le diffuseur français des plus récentes nouvelles scientifiques et technologiques. On m’a répondu que l’emploi de l’acronyme anglais était pour en assurer la compréhension par les lecteurs! Comprenne qui peut!!!???…

  2. je vous remercie de tout cœur, pour une fois un français de cœur défend notre langue… merci. je pensais que la rage d’entendre tous ces mots anglais j’étais la seule à y succomber. je dois dire, que je ne parle pas anglais…. j’arrive à le déchiffrer , c’est tout… merci à vous du Québec , mais je ne suis pas sûr que les journalistes aient compris .

  3. Vous parler d’un français du 17ième, celui d’Alexis Tremblay dans « Pour la suite du monde ». Le langage populaire québécois à évolué de son côté, celui la France du siens. Nous parlons la même langue mais pas avec le même langage.

  4. Bravo pour cet article ! Je suis français, mais ça ne m’empêche pas de partager en grande partie votre point de vue. Je me désole de l’attitude « anglolâtre » de tant de mes concitoyens francophones. Mais j’ai la nette impression que le français est loin d’être la seule langue à adopter massivement des anglicismes pour paraitre « dans le vent », « à la page », parce que « ça en jette »… Je suis polyglotte, je connais plus ou moins les langues suivantes : anglais, espagnol, italien, roumain, espéranto. Et je peux vous assurer que les Italiens ou les Roumains, pour ne citer que ces exemples, utilisent également une quantité énorme d’anglicismes et sont également submergés par la culture anglo-américaine ! C’est consternant, mais la fascination aveugle et béate devant la culture dominante anglo-américaine est une réalité mondiale, ou tout du moins internationale et concerne plein de pays ! (sans doute en premier lieu les pays européens)

    • Robin Giovanin, Saluton.

      Kompreneble tio aplikas ne nur al la grandaj lingvoj kiel la angla kaj la franca, sed ankaŭ al etaj indiĝenaj lingvoj kiel tiuj de Kanado kaj sud-Francujo.

      Amike,

      Martin Langevin

  5. Et que dire des films français avec des chansons anglaises!

    • Pire encore, que dire de la publicité à la télé de Radio-Canada français dont la trame sonore est majoritairement celle d’une chanson en anglais! Quel mépris!

    • Lollll

  6. Il y a maintenant longtemps, lors de la dernière émission d »Apostrophes » animée par le très cultivé Bernard Pivot, les anglophones canadiens, africains, etc.. se sont adressés à nous , les autochtones, en nous suppliant de défendre notre langue…..

  7. Je souscris à 100 % à ce que vous écrivez, tous les jours il me suffit de regarder la télévision ou d’écouter la radio pour attraper des boutons quand j’entends parler ces crétins de journalistes incultes (pléonasme !), ils ne peuvent s’empêcher de parsemer leur prose de mots anglais dont ils ignorent très souvent le sens exact, certains se croyant obligés d’ajouter « comme on dit aujourd’hui », ils sont absolument minables, j’en suis malade !

  8. J’aurais aimé avoir écrit ce texte. Merci!

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