Comment précipiter le vieillissement du nouveau gouvernement fédéral libéral?

Jean-Marc Fournier

Jean-Marc Fournier

Le texte de M. Fournier est truffé de scénarios usés. Je n’ai pu m’empêcher de penser à certains d’entre eux. (Être Québécois, notre façon d’être Canadien, Le Devoir, 5 novembre 2015)

Au sortir d’un colloque sur la dualité linguistique (1996), mon collègue Stacy Churchill s’exprimait à peu près dans ces mots : « J’ai assisté souvent à des séances qui ressemblaient aux échanges dans la taverne des anciens combattants. Chacun compte ses médailles de guerre et conte des histoires farfelues. » Fournier : « nos ancêtres ont nommé tant de lieux en Amérique ». « Le maire de Moncton parle français. » Chrétien : que serait le Québec sans la beauté des Rocheuses! Vraiment usé. Des médailles de guerre.

« Les immigrants ont intégré les écoles françaises. » Dans un effort louable, Mme Dyane Adam alors Commissaire aux langues officielles avait institué que l’immigration dans le ROC devait comprendre 4,4 % de francophones pour contrecarrer l’assimilation. Sept ans plus tard, on enregistrait le taux effarent de 0,7 %. Or, au Québec, si ce taux est inférieur à 88 %, il faut conclure que l’immigration est assimilatrice. Je vous laisse deviner la conclusion.

« Nous pourrions commencer par notre retour, comme Québécois et Québécoises, dans la famille francophone canadienne. » Autre redite, M. Benoît Pelletier alors dans le même poste que M. Fournier avait utilisé la même expression. Mais où donc était-il parti ce peuple québécois? Cette détestation mutuelle entre Canadiens français et Québécois n’est-elle par entretenue par les politiques linguistiques et culturelles du fédéral? Il serait long à le démontrer, mais le parcours des transferts et subventions fédérales avantage toujours la minorité anglophone du Québec.

« Une anglophonie s’ouvrant tranquillement à l’avantage francophone. » M. Fournier oublie les règles générales des rapports de bilinguisme. Il est normal que les minorités soient davantage bilingues que les membres de la majorité. La réalité : 84 % bilingues chez les francophones hors Québec; seulement 9 % de l’ensemble des Anglo-Canadiens (incluant les Anglo-Québécois) sont bilingues. Hors-Québec, 7 % est cette anglophonie s’ouvrant tranquillement à l’avantage francophone. Si lentement que le taux a baissé entre 2001 et 2011. Autre signification à donner à ces données : 42 % des francophones du Québec sont bilingues. Conclusion : ils le sont pour permettre aux unilingues anglophones de le demeurer. On est loin du français langue officielle du Québec.

Dernière redite : le clou! « une citoyenneté accueillant notre communauté nationale québécoise. ». En préface du Plan Dion (2003), le premier ministre Jean Chrétien écrivait : « ce texte de nature fondamentalement démocratique s’adresse au peuple canadien ». Québécois, sachez-le, vous êtes un groupe d’intérêt. Vous avez avantage que vos intérêts coïncident avec ceux du peuple canadien. Vous êtes une communauté dans un monde multiculturel, dans un « Canada building » sans précédent.

M. Fournier, vous risquez fort de voir les tendances se modifier suite à votre texte : 80 % des Québécois vont se déclarer nationalistes, 69,9 % indépendantistes! Oui ou non, sommes-nous toujours bloqués par ce seul choix fédéraliste?

Benoît Cazabon, 7 novembre 2015
http://www.benoitcazabon.ca